Réchauffement climatique : pourquoi les émissions de CO2 ont atteint un taux record en 2022

Avec plus 36,6 milliards de tonnes, les émissions de CO2 d'origine fossile vont battre un record en 2022. Voici pourquoi, malgré les « progrès significatifs », les émissions mondiales stagnent.

Climat : voici pourquoi les émissions de CO2 continuent de grimper
Les émissions de CO2 d’origine fossile continuent d’augmenter © Belga Image

Les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) générées par les activités humaines vont rester à un niveau record en 2022. Selon le Global Carbon Projet, qui calcule le " bilan carbone " de la Terre, les émissions de CO2 d’origine fossile devraient quant à elle augmenter de 1% par rapport à 2021 pour atteindre 36,6 milliards de tonnes.

Les émissions totales de ce gaz à effet de serre, principal responsable du réchauffement, incluant celles produites par la déforestation, vont presque retrouver le niveau de 2019 (période avant-covid), ne laissant à ce rythme qu’une chance sur deux d’éviter de dépasser un réchauffement de 1,5°C dans neuf ans, selon les scientifiques du Global Carbon Project. " Cette année, les émissions mondiales de CO2 générées par nos activités devraient atteindre 40,6 milliards de tonnes de CO2 ; ce qui nous laisse un ‘budget carbone restant’ de 380 milliards de tonnes de CO2 pour limiter le réchauffement global à 1,5 °C ", indiquent les scientifiques dans The Conversation.

Le Global Carbon Project constate toutefois des " progrès significatifs " vers la décarbonation et la réduction des émissions de certains secteurs et pays. Mais au niveau mondial, l’effort reste " largement insuffisant " : " Or, l’humanité doit réduire de toute urgence ses émissions pour être en mesure d’éviter les impacts les plus catastrophiques du changement climatique ", alertent les scientifiques.

Hausse des émissions d’origine fossile

Les émissions de dioxyde de carbone d’origine fossile devraient atteindre un nouveau record en 2022 avec une hausse de 1% par rapport aux niveaux de 2021.

Une augmentation de 1% correspond à ajouter 70 millions de voitures dans la circulation mondiale. " Ce 1 % est supérieur à la croissance annuelle moyenne de 0,5 % de la dernière décennie mais il est inférieur à la croissance annuelle moyenne de 2,9 % au cours des années 2000, qui était en grande partie due à la croissance économique rapide de la Chine ", précisent les scientifiques.

Ce 1% est également inférieur à la croissance annuelle moyenne de 2,1% des soixante dernières années : " Ainsi, en termes relatifs, on peut affirmer que la croissance mondiale des émissions de CO2 fossile est en train de ralentir ", ajoutent-ils.

 

Les causes

Les émissions de CO2 produites par la consommation d’énergies fossiles – pétrole, gaz ou charbon – vont dépasser en 2022 leur niveau record, après le trou d’air dû au Covid-19. Cette hausse est portée principalement par l’utilisation du pétrole (+2,2%), avec la reprise du trafic aérien, et du charbon (+1%).

Les émissions dues au charbon, en décroissance depuis 2014, devraient croitre de 1% et retrouver voire dépasser leur niveau record de cette année-là. Ceci s’explique par le fait que le charbon est utilisé en réponse à la hausse des prix du gaz naturel et aux pénuries d’approvisionnement qui touche cette ressource.

Une autre source d’émissions concerne le changement d’affection des terres (le flux net entre la déforestation et la reforestation) : " Nous prévoyons que 3,9 milliards de tonnes de CO2 seront rejetées au total cette année. Bien que les émissions liées au changement d’affectation des terres restent élevées, nous avons constaté une légère baisse au cours des deux dernières décennies, principalement en raison de l’augmentation du reboisement alors que les taux de déforestation restent relativement stables ".

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Ce sont les Etats-Unis (+1,5%) et l’Inde (+6%) qui sont responsables cette année des plus fortes augmentations des émissions de CO2. En Europe et en Asie, les émissions provenant de sources fossiles devraient diminuer de 0,9% et 0,8%. " L’invasion de l’Ukraine par la Russie devrait entraîner une baisse de 10 % des émissions de CO2 de l’Union européenne provenant du gaz naturel en 2022, en raison de pénuries d’approvisionnement. Cette pénurie a été partiellement remplacée par une plus grande consommation de charbon, entraînant une augmentation de 6,7 % des émissions européennes liées à cette énergie ", ajoutent les chercheurs.

Selon les données récoltées par l’équipe du GCP, les puits terrestres et océaniques éliminent environ la moitié de toutes les émissions de CO2 des activités humaines. Mais malgré ce processus, la concentration de CO2 dans l’atmosphère continue de grimper. En effet, ces puits souffrent des conséquences du changement climatiques, et l’absorption de CO2 par ceux-ci a été réduite d’environ 17% pour les puits terrestres et de 4% pour les puits océaniques au cours de la décennie 2012-21.

Si des " progrès significatifs " ont été réalisés cette année dans le déploiement des énergies renouvelables, entre autres, les scientifiques appellent à un effort plus grand encore : " Nous devons de toute urgence atteindre zéro émission nette de CO2 pour maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C durant le XXIe siècle ".

9 ans

L’équipe du GCP, qui rassemble plus de 100 scientifiques de 80 institutions, calcule chaque année les émissions de CO2, ainsi que le " budget carbone " restant, soit la limite supérieure de dioxyde de carbone émis permettant de rester sous une température mondiale donnée. Cette température est en effet liée à la concentration de ce puissant gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Concentration qui a augmenté de 51% depuis le début de l’ère industrielle, quand nous avons commencé à brûler en grande quantité les énergies fossiles, souligne l’étude.

Les scientifiques peuvent ainsi traduire en durée le " budget " restant pour respecter les objectifs de l’accord de Paris, pierre angulaire de la lutte contre le réchauffement. Au rythme actuel de " dépense " de ce budget, il ne reste qu’une chance sur deux de tenir dans neuf ans l’objectif le plus ambitieux, contenir le réchauffement à 1,5°C.

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Les émissions de gaz à effet de serre devraient en effet baisser de 45% d’ici 2030 pour avoir une chance d’y parvenir. A 30 ans, il y a une chance sur deux de tenir l’objectif moins ambitieux de +2°C, et à 18 ans pour +1,7°C. Or, avec près de +1,2°C de réchauffement déjà enregistré, les catastrophes climatiques se multiplient déjà à travers le monde, comme l’a illustré l’année en cours, avec son cortège de canicules, sécheresses, inondations ou méga-feux…

Nous avons montré que la politique climatique fonctionne. Mais seule une action concertée du niveau de celle menée face au Covid peut infléchir la courbe" , a insisté la climatologue Corinne LE Quéré, co-auteure du rapport, dans une interview accordée à l’AFP.

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