Que faut-il retenir de la COP27 de Charm el-Cheikh ?

C’est le couteau entre les dents et après d’âpres discussions que la COP27 s’est achevée ce week-end. Bilan mitigé, avancée historique, débat houleux, que faut-il retenir de ce rendez-vous mondial que certains qualifient de manqué ?

COP27
Simon Stiell lors de la cloture de la COP27 © Belga Image

La COP27 a joué les prolongations. On a même cru qu’il n’y aurait pas d’accord sur la table en fin de parcours. Que la première COP africaine n’aurait aucune conclusion. Mais non, s’il s’est fait quelque peu attendre, un accord a tout de même été trouvé. Résultat de nombreux débats (et compromis) le texte qui a vu le jour n’a pas manqué de faire réagir les associations de protection de l’environnement, ou même l’Union Européenne, qui s’est dite déçue.

Car si le texte appelle à une " réduction rapide " des émissions, aucune nouvelle ambition n’a été ajoutée à cet objectif par rapport à la COP précédente de Glasgow. Pire encore, les moyens pour y arriver sont de plus en plus flous. " Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant [mais comment?] C’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu", a regretté le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

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Mais que faut-il donc de cette COP 27 ? On a regroupé pour vous trois gros points qui ont marqué la convention.

Un accord sur les pertes et dommages qualifié d’historique

C’est l’une des plus grandes victoires de la COP27 (peut-être la seule d’ailleurs) mais l’adoption de cette résolution n’en demeure pas moins historique. Désormais, les pays riches/développés devront compenser les dégâts causés par le changement climatique encaissés par les pays plus pauvres – qui sont également les premières victimes de ce dérèglement.

C’était une des nombreuses pommes de discorde qui composait cette COP et elle a entrainé un véritable bras de fer Nord/Sud qui a bien failli ne pas aboutir. Mais les pays africains et asiatiques les plus confrontés aux effets du changement climatique avaient fait le déplacement en nombre et ont donné de la voix.

Si le texte laisse de nombreuses questions en suspens, il semble acter le principe de la création d’un fonds financier spécifique. "Les pertes et dommages dans les pays vulnérables ne peuvent désormais plus être ignorés même si certains pays développés avaient décidé d’ignorer nos souffrances ", a salué la jeune militante ougandaise Vanessa Nakate auprès de l’AFP.

Cependant, pour la WWF, au vu du manque d’ambition en matière d’élimination des émissions carbones ainsi que de limiter le réchauffement climatique en dessous des 1,5° ce fond pourrait rapidement se transformer en " fonds pour la fin du monde "…

Le 1,5°C fortement remis en question

Un autre débat n’a cessé de polluer cette COP 27, celui de la limitation du réchauffement climatique sous la barre du 1,5°. Pourtant décidé lors de la COP21 à Paris en 2015, cet objectif ambitieux s’est vu plusieurs fois contesté tout au long de ces quinze derniers jours.

Selon certains, cet objectif est devenu irréaliste, et les scientifiques ne semblent pas les contredire.

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En effet, dans son dernier rapport – qui est plus qu’alarmant – on atteint effectivement un réchauffement de 1,5°C d’ici une à deux décennies pour être par la suite un rien dépassé. Cependant, cela ne veut pas dire que ce fameux objectif du 1,5°C est irréalisable. Il implique simplement un effort soutenu et maintenu dans la durée dans la réduction des émissions pour qu’une fois la neutralité climatique atteinte, basculer dans un régime d’émissions négatives et réussir ainsi à faire baisser la température et se stabiliser autour du 1,5°C.

A l’heure actuelle, les engagements des pays signataires ne permettent pas de respecter cet objectif. Ni même de juguler le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. En suivant les mesures prises actuellement par les états, on se dirigerait plutôt vers une augmentation au mieux de +2,4°C d’ici la fin du siècle et dans le pire scénario à une augmentation catastrophique de 2,8°C. Or, les impacts du réchauffement climatiques se multiplient déjà à l’heure actuelle, avec une hausse de 1,2°C.

Par chance, l’objectif ambitieux de la COP21 de Paris a finalement été conservé et maintenu dans le texte final. Malheureusement, en ne définissant pas de réelles mesures ou lignes directrices pour limiter les émissions carbones, il semblerait que la COP28 se soit quelque peu emmêlée dans ce débat qui a pollué de très nombreuses discussions.

Les énergies fossiles grandes absentes de l’accord

Enfin, les énergies fossiles ont été peine mentionnées dans les négociations. Pourtant à l’origine du réchauffement climatique, elles ne sont quasiment pas présentes dans le texte final.

Et bien qu’un nombre croissant de pays aient signifié en Égypte leur ambition d’abandonner les énergies fossiles en ajoutant ainsi le gaz et le pétrole au charbon déjà visé par Glasgow, cette volonté ne se retrouve pas dans le texte final, se désole Greenpeace, pointant la responsabilité des Etats pétroliers et d’une armée de lobbyistes des énergies fossiles.  " C’est aberrant. Si nous n’abandonnons pas rapidement toutes les énergies fossiles, nous dépasserons le seuil critique de 1,5 degré et aucune somme d’argent ne pourra couvrir le coût des pertes et des préjudices de la crise climatique. C’est aussi simple que cela. " 

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Pour reprendre les mots de Zakia Khattabi, ministre de l’Environnement, on est " loin d’un accord ambitieux. " Mais le rendez-vous est déjà pris pour l’an prochain et c’est Dubaï qui sera le théâtre de la COP28 en 2023, affaire à suivre donc…

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