COP27 : ce genre de sommet “vert” est-il devenu le greenwashing ultime ?

La COP 27 démarre ce 6 novembre en Égypte. Peu espèrent encore qu’il en ressortira quelque chose de constructif.

cop27 en egypte
La COP 27 en Égypte? Les experts et les militants climatiques y sont pourtant muselés… © BelgaImage

Chaque année, le message s’intensifie: “c’est la COP de la dernière chance”. Cet été, l’actualité a effectivement rappelé l’impact du réchauffement climatique, causant sécheresses et catastrophes. Le monde prend conscience de l’aspect de plus en plus régulier de ces événements ­destructeurs, et il en sera probablement question lors de cette nouvelle COP. Mais nous aurions pu écrire ça l’année dernière, ou l’année d’avant, ou l’année d’encore avant… En réalité, depuis la COP 21 qui a eu lieu à Paris en 2015 et où de nombreuses personnes ont découvert le principe de cette Conférence des parties, l’espoir a cédé à la résignation. Les dirigeants avaient quitté la France avec un accord histo­rique sous le bras: 195 pays s’accordaient sur l’objectif de maintenir la hausse de température moyenne mondiale à moins de 2°, et si possible à 1,5°. Tout le monde y croyait, mais six ans plus tard, le constat est ­terrible. Selon l’ONU, les plans nationaux et internationaux actuels des pays signataires sont “très loin” de permettre de répondre aux objectifs de l’accord de Paris.

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Cela n’étonnera pas grand monde. Si la première COP a eu lieu à Berlin en 1995, le premier protocole contraignant date de 1997, avec l’accord de Kyoto. Il devait encadrer les émissions de CO2. Un protocole signé il y a 25 ans et dont aucun objectif n’a jamais été rempli. Pire, les émissions n’ont fait que grimper depuis, alors qu’il faudrait les diminuer de 40 % pour ne pas dépasser les 2°. D’où la question inévitable de l’intérêt des COP. La très médiatisée COP 21 avait relancé l’engouement de ce rassemblement ­planétaire de politiques, d’ONG et de membres de la société civile. Mais avec du recul, elle marque surtout l’incapacité des États à suivre leurs propres recommandations. Dans ce contexte, voir leurs dirigeants tout sourire, fiers de l’aboutissement de leurs discussions, a tendance à crisper. Pourtant, selon l’historienne française du climat Amy Dahan, les COP peuvent servir à mobiliser la société civile et à sensibiliser l’opinion publique. Elles ont aussi ­permis à certains pays de sortir de leur climatoscepticisme. Mais elle déplorait l’an dernier dans Le Parisien, à l’occasion de la COP 26 à Glasgow, que “lors des COP, on ne parle pas des moyens à mettre en œuvre pour faire baisser les émissions. On ne parle jamais concrètement de la finance ou de l’économie par exemple”. Bref, un concentré de bonnes intentions, mais un manque criant de volonté pour mettre en application des protocoles perdant dès lors de leur sens. Ce qui implique un désintérêt progressif pour cet événement qui devrait être le plus important de l’année vu l’urgence de la menace climatique.

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Cette COP 27 de Charm el-Cheikh souffre aussi de son timing, se déroulant juste avant l’aberration écologique qu’est la Coupe du monde au Qatar, et de sa localisation. De nombreuses associations dénoncent aussi les restrictions aux libertés fondamentales des voix dissidentes en Égypte, y compris pour les experts climatiques et militants environnementaux.

COP27 conférence pour le climat de l'ONU en Egypte

© BelgaImage

Douteux redoux

On verra quel temps il fera le dimanche 6 novembre pour l’ouverture de la COP 27, mais elle interviendra en tout cas après un mois d’octobre anormalement doux. Une douceur causée par les courants méridionaux des Açores et des régions subtropicales de l’Atlantique. Et le réchauffement clima­tique? Il est difficile de nier qu’il a un impact, selon les météorologues. En France, l’agrométéorologue Serge Zaka a relevé qu’octobre est le neuvième mois consécutif au-dessus des normes. Et que les températures qui ont atteint les 30° la semaine dernière dans le sud de l’Hexagone constituaient au moins le neuvième épisode d’anomalie depuis le début de l’année 2022.

Moins de viande, plus de trams

Le groupe de scientifiques State of Climate Action a sorti un rapport en marge de la COP égyptienne, avec des solutions concrètes pour rester sous le 1,5°. Et ces actions ne vont pas plaire à tout le monde. Le rapport invite notamment les Occidentaux à diminuer drastiquement la consommation de viande, pas plus de deux steaks par semaine. Il faudrait aussi développer les transports en commun, six fois plus vite qu’actuellement. Ou encore fermer les usines au charbon et arrêter d’investir dans les énergies fossiles. On se demande comment sera accueilli ce rapport lors de la COP.

La fin du moteur thermique actée

Jeudi dernier, la première mesure du Paquet climat européen a été entérinée. Plus aucun véhicule à moteur thermique ne pourra être produit à partir de 2035. Autrement dit, les voitures neuves dès 2035 seront électriques et donc neutres en émissions carbone. “Cet accord envoie un signal fort à l’industrie et aux consommateurs: l’Europe prend le virage de la mobilité sans émissions”, s’est enthousiasmé Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne chargé du Pacte vert de l’UE. La nouvelle inquiète les ­constructeurs, qui insistent sur le prix des voitures électriques. À noter qu’une dérogation est prévue pour les voitures de luxe.

Le chiffre

Selon les projections de l’ONU, basées sur les efforts actuels des États, la hausse de la température moyenne mondiale pourrait atteindre de 2,1 à 2,9° par rapport à l’ère préindustrielle.

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