Van Gogh, Monet et maintenant Charles III : pourquoi les militants écologistes s’en prennent-ils aux œuvres d’art?

La liste des œuvres d’art prises pour cible par des activistes écologistes s’allonge. Mais pourquoi visent-ils ces œuvres en particulier?

Pourquoi les activistes s'en prennent aux œuvres d'art?
Une statue de Charles III a été entartrée par des militants au musée Madame Tussauds © Twitter

La statue de Charles III au musée Madame Tussauds a été entartrée par des militants écologistes du groupe Just Stop Oil ce lundi. " Deux militants ont jeté ce que nous pensons être un gâteau sur nos personnages de la famille royale ", a commenté le musée londonien. L’établissement est resté ouvert au public, à l’exception de l’installation touchée.

Deux militants ont en effet écrasé un gâteau au chocolat sur le visage de la statue de Charles III, fervent défenseur de l’environnement, dans le cadre d’une série d’actions pour exiger l’arrêt de l’exploration pétrolière et gazière. " La science est claire. La demande est claire : arrêtez les nouveaux projets pétroliers et gaziers. C’est de la tarte ", ont déclaré les militants dans un communiqué.

Just Stop Oil est aussi à l’origine de la soupe lancée sur les " Tournesols " de Van Gogh à la National Gallery de Londres. Et plus récemment, c’est un tableau de Monet qui a été aspergé de purée en Allemagne par des activistes du mouvement Last Generation. Mais pourquoi ces activistes s’en prennent-ils à des œuvres d’art ?

Une métaphore 

D’abord, les militants cherchent à donner de la visibilité à leur cause en attirant l’attention du public. En agissant ainsi, ils espèrent que les gouvernements prendront des décisions favorables au climat et à l’environnement.  Mais il existe aussi une dimension plus métaphorique à ces actions: " Qu’est-ce qui vaut le plus, l’art ou la vie? ",  lançait une des activistes à la National Gallery de Londres après avoir jeté de la soupe sur l’œuvre de Van Gogh.

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Par leurs actions, ils tentent de bousculer le visiteur, en comparant son incompréhension face à l’urgence climatique à celle qu’il ressent parfois face à certaines œuvres : " Je pense qu’il y a une bonne analogie entre la façon dont les gens visitent les musées – souvent d’une manière passive, rapide et superficielle – et comment ils voient la nature et la crise climatique – également d’une manière passive, rapide et superficielle ", a déclaré Michele Giuli, un membre du groupe " Ultima Generazione ", dans l’émission Tout un monde de la RTS. " Tout n’est pas un spectacle. Ça, c’est un autre grand problème de notre société. On vit le changement climatique comme si c’était un spectacle. Les gens comme moi, qui ont été ou sont des agriculteurs, savent que ce n’en est pas un ".

" Désaffection des grands rassemblements "

Sylvie Ollitrault, directrice de recherche au CNRS, souligne que les marches pour le climat ont perdu de leur force et que les mouvements écologistes cherchent désormais d’autres moyens d’exprimer leurs revendications : " Depuis quelques années, il y a une désaffection des grands rassemblements, parce qu’on ne voit pas d’effets tangibles. Pour montrer l’urgence de la situation en ce moment, on assiste à une démultiplication des actes de désobéissance civile dans des espaces variés ".

Michele Giuli admet toutefois que ces actions n’ont pas eu l’effet escompté : " Cette action a eu un grand impact médiatique, mais je crois qu’elle n’a pas d’impact réel. Ce que nous devons faire, c’est mener des actions de désobéissance civile qui créent une gêne économique plus importante. C’est la plus grande exaspération possible. C’est l’exaspération qui pousse les gouvernements à répondre. Finalement, je crois que ce type d’actions, faites trop de fois, ne constitue plus une nuisance mais devient une performance normalisée, une habitude pour les personnes. Il devient une mode ", a-t-il ajouté.

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