Peut-on manger les fruits d’automne, malgré les pesticides ?

Le rapport récent d’une ONG prévient qu’ils sont, en Europe, beaucoup plus contaminés par les pesticides qu’auparavant. Voire dangereux pour la santé ? Le constat est, pour le moins, à nuancer…

fruits remplis de pesticides ?
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Contamination plus élevée que jamais.” “Fruits d’automne hautement contaminés par les pesticides les plus dangereux.” La dernière publication de PAN Europe n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les fruits européens seraient, plus que jamais, arrosés de pesticides appartenant, qui plus est, à la catégorie, la plus nocive pour la santé. Les 47 pages du document appelé Pesticide Paradise étayent à coup de chiffres et de schémas cette thèse insistant particulièrement sur les “fruits d’automne”. Les fruits de saison. Un graphique interpelle plus. Celui de la page 44 qui décrit la contamination des poires. Qui se classe en haut du classement ? La Belgique. Avec un certain effroi, on lit que 71 % des échantillons de poires originaires de notre pays ont été contrôlés en 2020 positivement aux CfS (les pesticides les plus dangereux). Avec un certain étonnement, on lit, à la page suivante, que pour les pommes, notre pays n’apparaît pas dans le classement. Tant mieux. Mais c’est curieux. Comment les pommes échapperaient totalement à la contamination tandis que les poires seraient contaminées à plus de deux tiers ? Alors que deux fruits sont bien souvent issus des mêmes vergers ?

Du recul sur la méthode

J’ai lu ce rapport avec attention et mon avis est mitigé”, regrette le professeur Jijakli de la faculté d’Agronomie de Gembloux, directeur du centre de recherche en agriculture urbaine et créateur d’APEO, une spin-off de l’ULiège spécialisée dans le développement de bioherbicides à base d’huiles essentielles. “Pour deux raisons. La première, c’est que cette ONG a travaillé avec comme critère la “présence de pesticides”. Mais, ils n’ont pas tenu compte de la limite maximale résiduelle (LMR). Donc, dès qu’ils détectent 0,01 mg de pesticide par kilo de fruit, pour eux, c’est positif. C’est infime. Le rapport est de un pour cent millions. Dans la législation, on tolère des concentrations plus élevées.” Ce serait un premier biais dans l’analyse. Ensuite PAN Europe considère que cette situation “dramatique” est la résultante de la complicité de l’EPPO, l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes. Qu’ils décrivent comme étant un organisme “obscur” et “fantoche”.Or l’EPPO a été créé en 1951 et fait loi dans tout le domaine de la phytopathologie ; ce sont des scientifiques consciencieux… Ça, c’est le côté négatif. En revanche, je suis d’accord avec la vision globale de ce rapport : il faut diminuer le recours aux pesticides. Mais dire qu’il y en aurait de plus en plus me paraît biaisé. Voire faux. Je suis spécialiste des pommes. Il faut vous dire qu’il y a 20 ou 30 ans, lorsque j’ai fait mon doctorat, on tolérait encore six ou sept matières actives différentes, six ou sept applications de produit successives… Aujourd’hui, il n’y a plus que deux applications. De nombreux produits ont été interdits.” L’agronome s’étonne, par ailleurs, de l’absence de la Belgique au classement des pommes contaminées alors qu’elle tient la pôle position en matière de poires contaminées. “Je ne comprends pas bien…

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Pour celui qui aime les statistiques, Pesticide Paradise est un plaisir de gourmet. La section “Pommes” nous prévient que le nombre des échantillons prélevés est important : 17.767. Rapidement, on comprend que ces échantillons ont été recueillis sur neuf ans. Soit 1.974 par an. Dans combien de pays ? Ce n’est pas spécifié. Mais le classement ordonne 15 pays. Donc prenons ce chiffre. Soit en moyenne 132 échantillons par pays et par an… Pour les poires, il s’agit de 10.413 échantillons sur 9 ans mais dans 14 pays. Soit une moyenne par an et par pays de 83 échantillons. Voilà qui relativise, nous semble-t-il, la médaille d’or belge de la poire contaminée. Celle-ci nous a été décernée en 2020 parce que 68 échantillons étaient “positifs”. L’interprétation des chiffres est parfois étonnante. Ainsi passer de 17 à 34 % est une augmentation de 111 %. On tourne franchement à l’absurde. Ainsi, la Norvège détient la médaille d’or 2020 de la framboise contaminée pour… sept échantillons positifs !

Mangeons des pommes !

À l’AFSCA, on contrôle à peu près 2.000 échantillons sur les céréales, les fruits et légumes à la recherche de résidus phytosanitaires”, explique Aline Van den Broeck, la porte-parole de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. “L’étude de PAN se focalise sur les fréquences de détection (>=0,01 mg/kg en général) de ces substances (produits phytosanitaires) dans les denrées alimentaires lors des contrôles officiels mais pas sur les dépassements de LMR ni sur une exposition des consommateurs. Vu que les substances citées dans le rapport PAN sont autorisées, il n’est pas étonnant d’en détecter des résidus lors des contrôles des denrées alimentaires. Ce qui n’est pas mentionné par contre, c’est la conformité avec les limites laximales en résidus. Or, ce sont ces limites qui définissent qu’un produit peut se trouver sur le marché et dans l’assiette du consommateur. Ces limites sont établies scientifiquement et prennent des marges de sécurité de sorte que la santé du consommateur reste garantie”. La porte-parole ira rechercher des informations plus précises sur les “fruits d’automne”, les pommes et poires mises en avant par PAN Europe. Entre 2017 et 2021, 100 % des échantillons étaient conformes. C’est-à-dire qu’ils n’excédaient pas les fameuses LMR. 100 % des pommes et des poires belges sont donc consommables. Le professeur Jijakli nous l’assure. En deçà des LMR, aucun problème.

Nous avons contacté PAN Europe pour obtenir quelques explications, notamment sur la disparité de “contamination” entre pommes et poires belges. “On travaille sur des données officielles transmises par les pays. Mais, oui, effectivement, c’est bizarre. Je vois avec un collègue et je reviens vers vous.” In extremis, PAN Europe nous a fait savoir qu’en 2020 le nombre d’échantillon de pommes belges était trop faible. Raison de leur absence du classement. “Mais que les six échantillons étaient contaminés.

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