Tollé après la vidéo d’un chasseur tirant à travers une route

La vidéo d'un chasseur posté au bord d'une route départementale crée la polémique en France, alors que le débat sur la chasse est déjà électrique.

Chasseur près de Maubeuge
Un chasseur le 5 septembre 2017, près de Maubeuge ©BelgaImage

Un chasseur tirant à travers une chaussée sans gilet orange et qui n’a pas peur de le dire. C’est la scène troublante que les internautes ont pu découvrir sur Facebook après la publication d’une vidéo du naturaliste Pierre Rigaux relatant la scène ce dimanche. Il se trouve alors sur une route départementale du département de la Drôme, dans le sud-est de la France. Le comportement ici relaté n’a pas manqué de faire parler dans les médias d’Outre-Quiévrain, et ce en plein débat sur la place de la chasse dans l’Hexagone.

"La balle va traverser la route mais n’ayez pas peur"

Installé sur le bord de la route, le chasseur entame alors la discussion avec le naturaliste qui passe par là. "Ne vous inquiétez pas. S’il y a une voiture ou un vélo, j’ai une visibilité pratiquement à 360 degrés", tente-t-il de rassurer sans convaincre. "par-dessus on risque rien. La balle va traverser la route mais n’ayez pas peur, on n’est pas des assassins et on sait ce qu’on fait quand même", ajoute-il en riant. Pourtant, il reconnaît qu’il est bel et bien au courant qu’il est interdit de tirer à travers un route "mais c’est mieux de se mettre comme ça", fait-il valoir. Et si un vélo devait arriver à vive allure? "De toute façon, tant que les chiens ne crient pas, il n’y a pas de soucis", conclut-il.

L’histoire ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque ce chasseur "novice" était accompagné d’autres postés de la même façon un peu plus loin. Avant d’être interrogés, ils avaient entendus la discussion et bien qu’ils soient mis sur le côté de la route, leur version change. L’un affirme viser sur le côté, l’autre carrément dans l’autre sens. Manifestement peu convaincu par leurs explications, Pierre Rigaux n’hésite pas à mettre en garde: "Les gars sont des dangers publics".

Une régulation de la chasse difficile à mettre en place

Cette scène, relayée par de nombreux médias français, alimente encore un peu plus le débat qui fait rage outre-Quiévrain sur la chasse. Il y a par exemple le sujet sensible de la chasse à la glu, interdit en France par le Conseil d’État en 2021 mais que le gouvernement pourrait réautoriser, d’où la mise en consultation cette année de plusieurs projets d’arrêtés sur le sujet. Citons aussi certaines déclarations polémiques, comme celle en novembre 2021 sur RMC de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs. "On prend du plaisir dans l’acte de chasse", affirmait-il en ajoutant que le plaisir de tuer "en fait partie". "J’en ai rien à foutre de réguler", concluait-il.

Mi-septembre, le Sénat français a proposé un rapport pour mieux encadrer le secteur, par exemple avec une formation théorique et pratique pour posséder une carabine et certificat médical obligatoire à refaire tous les ans. Des mesures parfois jugées timides dans les journaux et qui font pourtant grincer des dents chez les chasseurs. En atteste la proposition d’interdire l’alcool et les stupéfiants pendant la chasse. "C’est brutal et stigmatisant", a dénoncé le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, sur RTL, bien que cette proposition se calque simplement sur le modèle du code de la route. Le jour sans chasse ou la limite d’âge demandés par des associations n’ont pas été retenus par le Sénat.

La chasse a provoqué dans l’Hexagone 90 accidents dont huit mortels lors de la saison 2021-2022, selon les données officielles. Ces chiffres sont en baisse constante au fil des années. Au cours des dernières décennies, il y avait globalement chaque année entre 100 et 200 accidents totaux, dont entre 7 et 31 mortels. 428 personnes sont mortes à cause de la chasse en France entre 1999 et 2021. Des associations comme "Un jour un chasseur" relèvent cependant que la circulation d’au moins quatre millions d’armes de chasse à des effets collatéraux, à l’instar de certains féminicides. Environ la moitié des personnes en zone rurale sont opposées à la chasse, d’après un sondage Ipsos-One Voice de septembre 2021.

Un puissant lobby de la chasse aussi côté belge

En Belgique aussi, la chasse aussi fait parler, avec plusieurs dérives dénoncées. L’émission #Investigation montrait par exemple en 2021 la puissance de lobbying d’organisations comme la principale fédération de chasse, le Royal Saint-Hubert Club, auprès de décideurs politiques. La RTBF atteste de pratiques de chasseurs qui font exploser le nombre de sangliers, comme le fait d’épargner les femelles reproductrices. La traque aux animaux rapportant beaucoup d’argent aux communes (parfois plus de 200.000€ par an dans certaines localités), le souci de régulation n’est pas particulièrement fort.

Interrogé par la télévision publique, le président du Royal Saint-Hubert Club ne niait pas ses rapports avec des fonctionnaires, mais les présentait favorablement. "Nous apportons notre témoignage de terrain vers les responsables politiques. Nous le faisons avec sérieux", assurait-il, en ajoutant: "mais ce qu’on voit le plus, ce sont les vrais lobbyistes, des environnementalistes, des naturalistes". Pourtant, en parallèle, un agent du Département de la Nature et des Forêts (DNF) pointait une infiltration du lobby de la chasse "à très haut niveau" pouvant aller contre l’intérêt commun pour protéger des grandes chasses privées. "Il y a une forme d’acte mafieux là derrière", ajoutait-il. Le ministre en charge du dossier, Willy Borsus (MR), a refusé de répondre aux questions de la RTBF. "Le Royal Saint-Hubert club est allé se plaindre de votre démarche auprès du ministre", précisait son cabinet.

Sur le même sujet
Plus d'actualité