Une élévation inévitable de la mer d’au moins 27 cm: quel effet sur une carte?

Une étude montre que la fonte des glaces au Groenland fera quoi qu'il arrive monter le niveau de la mer. Voici ce que cela donne sur une carte.

Glacier au Groenland
Vue d’un glacier au Groenland exposé au réchauffement climatique, le 26 août 2018 @BelgaImage

Le bilan est sans appel: même en luttant efficacement et dès maintenant contre le réchauffement climatique, il est déjà trop tard pour sauver toute une partie de la calotte glaciaire du Groenland. Quoi que l’humanité fasse, celle-ci perdra au grand minimum 3,3% de sa superficie, ce qui provoquera une hausse du niveau de la mer de 27,4 centimètres. C’est la conclusion rendue par des glaciologues dans une étude publiée ce lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change. Mais ça, c’est la prévision très optimiste de ce qui nous attend. Le plus vraisemblable est une augmentation encore plus importante du niveau de la mer. Pour mieux en concevoir les conséquences, l’organe de presse à but non lucratif Climate Central permet de visualiser sur une carte ce que ces différentes hypothèses auront comme impact à travers le monde.

Des nouvelles zones menacées mais surtout ailleurs qu’en Belgique

La carte de Climate Central incorpore toute une série de paramètres ajustables, réalisés d’après des études relues par des pairs. Il est ainsi possible de choisir des projections temporelles, selon l’augmentation des températures ou encore, plus utile dans le cas présent, selon l’augmentation précise du niveau de la mer. Avec cette dernière donnée, le site permet de choisir de 0 à 10 mètres d’élévation. Précisons tout de suite qu’il n’est pas question ici de voir les zones qui se retrouveraient constamment sous eau mais plus globalement celles qui seraient menacées. Autrement dit, les parties de la carte colorées de rouge seront exposées soit à la hausse du niveau de la mer proprement dite, soit à des inondations côtières.

Il est de ce fait déjà possible de voir toute une série de régions déjà en rouge sur la carte sans que la mer ne s’élève d’un poil. En Europe, on trouve notamment toute la bande côtière qui va de Calais à la frontière germano-danoise (qui passe donc par la Flandre), les alentours de la lagune de Venise en Italie, et quelques anciennes zones marécageuses en Angleterre (dont le Romney Marsh et dans le Kent et surtout The Fens près de Peterborough). En Belgique, sont déjà exposés une bande territoriale entre la côte proprement dite et la ville de Bruges, cet entre-deux étant bien souvent la partie la plus vulnérable. C’est plus ou moins ce qu’ont confirmé plusieurs médias belges avec des cartes imaginant les zones inondées lors d’une tempête extrêmement forte.

Maintenant, en appliquant l’élévation prévue de la mer de 27,4 cm, peu de choses changent en Belgique. Les alentours de la Nouvelle-Orléans, aux USA, ne peuvent par exemple pas en dire autant. Cette région constituée de bayous est très sensible à cette problématique et la zone menacée par l’océan pourrait rapidement s’agrandir à l’avenir. Idem pour les alentours de Bangkok, en Thaïlande, ainsi que l’extrême sud du Viêtnam. Plus proche de nous: la banlieue nord-ouest de Liverpool (Angleterre), jusqu’ici épargnée, se colorerait de rouge.

Plutôt près 80 cm en plus et une carte de plus en plus rouge

Jusque-là, on se limite donc à l’hypothèse la plus optimiste possible, qui ne sera probablement pas celle qui aura véritablement lieu. Car selon l’étude de Nature Climate Change, il suffirait que les niveaux de fonte des glaces du Groenland observés en 2012 se répètent chaque année pour que l’élévation de la mer atteigne 78 cm. Sur la côte belge, les zones déjà concernées seraient encore plus mises sous pression et tout doucement, le centre-ville de Bruges se retrouverait cette fois directement exposé. Mais c’est surtout le long de l’Escaut que la zone de danger s’agrandirait. Avec cette prévision-là, les villes entre Anvers et Gand seraient désormais véritablement menacées par les tempêtes marines.

Ailleurs, le sud de la Camargue, en France, se retrouverait de plus en plus exposée, alors qu’elle était jusque-là plutôt à l’abri. Même scénario dans le nord du delta du Nil. Une ville comme Alexandrie, complètement épargnée avec 27,4 cm, serait alors très en danger. Pour les Bahamas, déjà en danger, le rouge colore une bonne partie de la carte du pays. Des métropoles comme Bangkok et Hô Chi Minh-Ville (l’ex-Saïgon) verraient une pression de plus en plus critique reposer sur leurs épaules. Pareil dans le sud du Bengladesh et de l’Irak.

Quand est-ce que toute cela pourrait arriver? Les auteurs de l’étude publiée cette semaine se veulent prudents et n’établissent pas de date précise. Ils précisent toutefois que l’on peut raisonnablement s’attendre à ce que la majeure partie de cette hausse du niveau de la mer se produise d’ici 2100.

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