Le barbecue, un "symbole de virilité": le régime alimentaire des hommes est-il plus polluant?

En France, les propos de l’écologiste Sandrine Rousseau, pour qui le barbecue est un «symbole de virilité», ont enflammé la classe politique. Au-delà du buzz, l’affirmation selon laquelle le régime alimentaire masculin plomberait davantage le climat que celui des femmes n’est pas sans fondement.

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Le barbecue, un problème de société ? En France, le débat est parti d’une déclaration de l’écologiste Sandrine Rousseau, ancienne candidate à la primaire. Samedi, lors d’une table ronde à Grenoble, la députée EELV/Nupes a estimé qu’il fallait "changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité". Des propos qui ont mis le feu aux poudres au sein du monde politique français. À droite, le député Les Républicains Eric Ciotti s’est quasiment étranglé :  "Quand le grotesque atteint son paroxysme… Stop à ces délires !", a-t-il publié sur Twitter.

Si Sandrine Rousseau a pu compter sur le soutien du secrétaire national d’EELV Julien Bayou, Fabien Roussel, le leader des communistes s’est par contre offusqué qu’on débatte du "sexe des escalopes". "On mange de la viande en fonction de ce que l’on a dans le porte-monnaie, et pas en fonction de ce qu’on a dans sa culotte ou dans son slip", a-t-il jugé.

Du côté de la Nupes, on est visiblement divisé sur la question ; la députée France Insoumise Clémentine Autain rejoignait quant à elle sa collègue écologiste. "Les femmes mangent deux fois moins de viande rouge que les hommes, (…) donc il y a une différence des sexes dans la façon dont nous consommons de la viande. Et les personnes qui décident de devenir végétarien sont majoritairement des femmes", argumentait-elle.

Les hommes plus gros mangeurs de viande

Des propos qui ne sont pas sans fondement. Pour une étude datant de 2018, 4% des femmes déclaraient en effet ne pas consommer de produits d’origine animale, contre 2% des hommes. Et une étude de l’Anses montrait que les hommes mangeaient plus de viande rouge que les femmes. En France, les femmes seraient ainsi surreprésentées parmi les végétariens, ainsi que dans les rangs des flexitariens auto-déclarés.

En 2021, des chercheurs britanniques avaient également étudié le régime alimentaire de 212 personnes. Ils en ont conclu que l’alimentation des hommes émettait 41% de plus de gaz à effet de serre que celui des femmes, et ce, principalement en raison de leur consommation plus importante de viande.

En Belgique, la dernière enquête nationale de consommation alimentaire (pour 2014-2015) montrait également des différences genrées dans la consommation carnée. Selon ce rapport, les hommes consommaient en moyenne une plus grande quantité de viandes, poissons et œufs que les femmes : 165g par jour, contre 114g. Et dans un sondage de l’asbl Eva, environ 5% des femmes interrogées se déclaraient végétariennes, contre 3% des hommes. Les femmes se disaient également plus disposées à changer leurs habitudes alimentaires. Mais pourquoi les hommes seraient-ils moins enclins que les femmes à abandonner un régime carné ?

7 milliards de tonnes de CO2 émises par l’élevage de bétail

Selon la journaliste Nora Bouazzouni,"tous les aliments sont chargés symboliquement. (…). La viande, elle, est associée à la virilité. Dans l’imaginaire collectif, quand on mange un animal mort, on absorbe ses vitamines, son gras… et ses vertus supposées : la force, la vigueur. Que des stéréotypes masculins. Pour être “un vrai bonhomme”, il faudrait donc manger de la viande". Un imaginaire culturel, puisque nos habitudes alimentaires " ne sont pas inné[e]s", "mais construit[e]s culturellement", qu’il s’agirait donc, pour Nora Bouazzouni, de déconstruire.

La planète ne pourrait que s’en porter mieux. Selon l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’élevage de bétail dans le monde était responsable, en 2005, de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Par an, l’élevage émet ainsi quelque 7 milliards de tonnes de CO2.

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