Sécheresse: à quoi ressembleront les paysages belges face au changement climatique?

La sécheresse que l'on connaît nous propose des paysages bien tristes. La nature souffre, et elle pourrait agoniser plus vite que prévu.

Forêts malades
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Au coeur des forêts, la quiétude est rompue.  Un craquement. Un crissement. Sous les pieds, les feuilles tombées avant même la fin de l’été nous parlent. Ce murmure sous forme de grésillement nous fait baisser la tête, puis lever les yeux vers ces quelques feuillus déjà bien orangés et presque nus. Plus loin, les pommes de pin se fracassent la tête au sol, complètement sèches. Les épicéas déjà arborent cette trogne automnale, pour ceux qui ne sont déjà pas mort sur pied. Et dans les prés, ça beugle. L’herbe grillée n’a jamais fait saliver.

Ce décor qui s’étend bien au-delà des frontières de l’horizon laissent pantois. Où sont donc passés ces paysages ? Ceux qui nous servaient de bouffée d’oxygène ? Ceux où l’on se perdait à contempler des heures durant la vie parfois immobile de la nature ? Sommes-nous déjà dans l’autre chose ? Dans ce nouveau monde qui nous ouvre ses bras trop chauds, trop secs. Trop, tout court ?

" Pas une transition mais une révolution ! "

"Il va falloir nous adapter. Nos paysages vont changer, et rapidement. Il est évidemment difficile de réaliser des projections précises car il y a trop d’incertitudes sur l’accélération du dérèglement climatique. Mais à ce rythme-là, nous devons nous préparer à devoir contempler de larges étendues de végétations mortes", confesse Grégory Mahy, professeur en écologie et en biodiversité à Gembloux Agro-bio Tech.

Sur les 500.000 hectares de forêt que compte la Wallonie, la moitié est constituée d’épicéas. Dans la fournaise que nous promet le climat méditerranéen attendu dans les prochaines décennies, il ne devrait en rester que des troncs décharnés. Les périodes de sécheresse seront plus fortes et plus longues. Mais pas de quoi rêver de palmiers, de lavande ou d’oliviers. "La végétation que l’on a aujourd’hui n’aura pas le temps de s’adapter aux changements qui s’annoncent. Durant des décennies, nous avons privilégié la monoculture intensive, tant dans les forêts que dans les prés. Les sols se sont appauvris, la nature est moins résistante et moins résiliente. Des paysages morts sur des milliers d’hectares, c’est ce qui nous attend si rien ne s’opère rapidement", constate encore amer Grégory Mahy.

Mais n’est-il pas déjà trop tard ? "Il n’est jamais trop tard. Il suffit de se mettre d’accord sur ce que l’on est prêt à mettre en place pour changer les choses et ce que l’on est prêt à accepter comme conséquences si l’on ne met pas l’énergie nécessaire au changement. Mais il faut être clair : aujourd’hui, ce n’est pas une transition qu’il nous faut pour sauver nos paysages. C’est une révolution ! Il y a quatre ou cinq ans, je ne tenais pas encore ces discours alarmistes et négatifs. Mais là, le temps presse."

Des solutions structurelles 

Derrière ce marasme dessiné de traits apocalyptiques, il existe pourtant des solutions. Ou du moins des pistes de réflexions à implémenter sur le terrain. Mais notre interlocuteur prévient : "Ce changement sera global ou il ne sera pas. Il y a une pression économique énorme au-dessus de laquelle il va falloir passer. L’épicéa n’est pas une essence endogène. Elle a été importée pour des raisons strictement économique. Les paysages que l’on a sous les yeux ne sont pas représentatifs de ce qu’est la nature. C’est une construction façonnée par l’homme. Pour s’en sortir, il faut quitter ce schéma. La nature doit reprendre ses droits. La forêt de demain devra être composée essentiellement de feuillus, comme il y a 3.000 ans. Il faudra que les parcelles soient diversifiées. Que les sols puissent s’enrichir d’un humus indispensable à la régularisation de l’humidité des sols. Les prés doivent quant à eux être morcelés, arborés. Des haies doivent être plantées et c’est tout l’écosystème qui doit être remis en marche. Ces changements, nous devons tous y réfléchir. De l’industriel au citoyen dans son jardin."

Pour voir nos paysages se transformer et non se décimer, les solutions sont donc structurelles. Personne ne parviendra seul à bouleverser l’industrie du bois, ou celle de l’agriculture. "C’est la raison pour laquelle l’impact le plus important que peut avoir la population sur ces changements, c’est de faire pression sur les décideurs. Lorsque je vois où vont les 300 milliards du plan de relance européen, non, on n’a pas compris l’ampleur du problème. Lorsque j’entends qu’en Gironde on veut replanter la même essence mais plus résistante, non, on n’a pas compris. Nos paysages passeront par une prise de conscience collective. Et si l’on est d’accord de mettre la pression sur le politique, il faudra également le soutenir lorsque des décisions fortes seront prises. Mais est-ce que le citoyen est lui-même prêt à accepter les conséquences que ces décisions politiques peuvent avoir sur son quotidien ? Ça, je n’en suis pas certain du tout."

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