Cours d’eau à sec: voici comment cette situation bouleverse la vie aquatique

La situation devient critique dans les cours d'eau. Les poissons doivent user de ruse pour sauver leur peau.

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Sous un soleil brûlant, les sols craquellent, les fleurs s’assèchent et les cours d’eau se vident prenant aux pièges des centaines d’espèces. Mais l’évolution est ainsi faite qu’elle prend son temps. Un temps précieux que les poissons navigant à travers un dernier filet d’eau n’ont pas. Sans jambes et sans poumons, les voilà obligés de patauger avec leurs nageoires et leurs branchies.

Ces derniers jours, les niveaux des cours d’eau sont bas à l’extrême, et c’est toute la vie aquatique se retrouve en situation de stress. Toutes les courbes montrent qu’en Wallonie les niveaux d’eau dépassent des points bas jamais atteints, même durant les sécheresses de 1976, de 2011 ou de 2020 ", constate Frédéric Dumonceau, responsable de la pêche au service public de Wallonie.

Comme dans un grenier surchauffé 

Face au jamais vu, les poissons s’adaptent. Tentent de s’adapter. Ou meurent. Cette dernière solution – la moins grisante -, tous tentent de l’éviter. " D’ailleurs, nous ne constatons pas de surmortalité à l’heure actuelle dans nos rivières ", assure l’expert wallon. Pas de surmortalité, mais à quel prix ?

Les poissons se retrouvent au coeur d’une bataille, assaillis sur tous les fronts, et dont la seule échappatoire demeure la fuite.  Un véritable cercle vicieux duquel il est bien difficile de se départir. Le soleil frappe l’eau. La réchauffe. La fait s’évaporer. Réduit le débit. Et voilà les poissons dans une quantité d’eau largement diminuée et largement surchauffée. Mais plus l’eau est chaude, et moins elle contient d’oxygène. Les poissons doivent alors se rassembler dans les dernières cavités des rivières et espérer voir le niveau remonter rapidement.

Mais si le sort de ces poissons dans un univers aquatique en perdition nous paraît bien peu palpable, il suffit de fermer les yeux. Imaginez-vous un instant être en plein cagnard, enfermé dans le grenier surchauffé de votre voisin, sous oxygéné, et en compagnie de sa famille, de la vôtre, de ses amis et d’une ribambelle d’inconnus. Les relations cordiales ne devraient durer qu’un temps très limité.

"Le poisson se retrouve dans un habitat réduit à l’extrême. Et dans la plupart des cas, nous nous retrouvons démunis. Il n’est évidemment pas pensable de renflouer artificiellement les cours d’eau. Nous ne pouvons que constater les dégâts. Pour l’instant, ils restent limités. Nous avons procédé à un seul sauvetage, dans La Lomme. Il faut que la situation soit véritablement critique, que les poissons se retrouvent pris au piège, pour prévoir une intervention. Nous recevons beaucoup d’appels nous demandant de passer à l’action. Mais bien souvent les conditions ne s’y prêtent pas. Il faut savoir qu’un sauvetage est particulièrement stressant pour ces animaux et que ça peut leur être fatal ", poursuit l’expert wallon.

" Vive la pluie ! ", disent les poissons

La seule véritable solution ne dépend que du ciel. Mais d’ici là, ce sera du chacun pour soi. Certaines eaux perdent une telle concentration en oxygène que cela pousse des espèces de poisson à migrer. C’est tout l’écosystème qui est alerte rouge pour tenter de sauver sa peau. " La truite ou l’ombre commun sont particulièrement fragiles à ce phénomène de réchauffement. Ils disparaissent petit à petit des zones qu’ils colonisaient actuellement pour trouver des endroits plus oxygénés en amont, là où l’eau est plus abondante. Le barbeau, moins sensible à ces variations le remplace. Et cette transition pourrait s’accentuer pour finalement voir apparaître de nouveaux poissons."

Mais finalement, jusqu’à présent, rien d’irréversible ne s’est produit. Le retour des averses devrait suffire pour rétablir la biodiversité. " Les poissons ne sont pas sans ressource. Ils parviennent à s’adapter et à trouver des lieux pour se protéger de la situation actuelle. Nos rivières ne devraient pas être trop chamboulées et les poissons pourront rapidement recoloniser leur habitat naturel. Par contre, si la situation devait se répéter chaque année, il est clair que certaines zones pourraient voir disparaître certains poissons pour en accueillir d’autres ", anticipe Frédéric Dumonceau. 

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