Qu’est-ce que le double jet-stream, cause de l’augmentation des canicules?

Une nouvelle étude montre comment le dérèglement du jet-stream peut expliquer une grande partie des vagues de chaleur en Europe.

40°C à Toulouse
Enseigne de pharmacie affichant 40°C à Toulouse le 15 juin 2022 @BelgaImage

Cette semaine, rebelote, l’IRM (Institut royal météorologique) prévoit des températures élevées pour la Belgique, avec jusqu’à 35°C de vendredi à dimanche. D’ici là, les chances de voir ne serait-ce qu’une petite goutte de pluie apparaissent bien minces, tout ça après un été déjà globalement sec voire torride par moments. Dernièrement, les météorologues ont approfondi leurs connaissances sur la récurrence de ces chaleurs frappant le continent européen. Le mois dernier, une étude de Nature a identifié en ce sens un mécanisme essentiel de ce phénomène: le double jet-stream. Selon les auteurs, l’apparition de plus en plus récurrente de ce dernier "explique la quasi-totalité de l’accélération des vagues de chaleur en Europe occidentale, et environ 30 % pour l’Europe élargie". Explications.

Comment apparaît un jet-stream

La plupart du temps, l’Europe n’est concernée que par un seul jet-stream, ce courant situé à environ 10 km au-dessus du niveau de la mer et pouvant circuler à plusieurs centaines de km/h. Il résulte de la rencontre des masses d’air froides venues du pôle Nord (surnommées cellules polaires) et chaudes venues des tropiques (les cellules de Ferrel). La rotation de la Terre donne ensuite à ces vents la forme de fins mais puissants "tubes" par la force de Coriolis. Normalement, ce jet-stream est censé balayer l’air chaud venu du sud. L’Europe bénéficie ainsi de la fraîcheur de l’Atlantique et jouit d’un climat modéré.

Avec le réchauffement climatique, les cartes sont redistribuées. Le pôle Nord se réchauffe plus vite que le reste de la planète. Le Groenland suit une tendance similaire. Logiquement, la cellule polaire s’affaiblit et la différence entre les masses d’air froides et chaudes se réduit. Conséquence: le jet-stream se ramollit et ondule de plus en plus en fonction des poussées d’air venues des pôles ou des tropiques. À force d’être mis sous pression, le jet-stream peut finir par se casser, notamment dans l’Atlantique Nord où se trouve le Groenland. La branche principale continue de circuler au niveau de l’Europe centrale ou de la Scandinavie mais une branche secondaire s’en détache pour partir en direction de la Méditerranée. Le double jet-stream est né.

La répétition des vagues de chaleur "made in jet-stream"

Lorsque cela arrive, les masses d’air qui se trouvent à ce moment-là sur notre continent, surtout en Europe de l’Ouest, se retrouvent prises en sandwich entre les deux courants. Au nord, il y a le jet-stream principal et au sud, le jet-stream secondaire. Lorsque cette zone atmosphérique est un anticyclone, "les doubles jets vont créer un blocage au-dessus de l’Europe et ce blocage empêche la formation des orages, il réchauffe l’air en augmentant les radiations du soleil, et cela peut provoquer une vague de chaleur", explique à TF1 Goratz Beobide, co-auteur de l’étude de Nature.

La publication explique de cette façon plusieurs canicules qui ont marqué l’Europe de l’Ouest les deux dernières décennies. C’était déjà le cas de celle d’août 2003, qui a causé la mort d’environ 70.000 personnes. Sont également citées le vagues de chaleur de 2018, 2019 et 2020.

Cette année, ce serait pareil selon la climatologue Efi Rousi, auteure principale de l’étude. Comme le relaye le New York Times, elle estime que les fortes chaleurs constatées chez nous en juillet dernier sont bien le fait d’un double jet-stream. Pour être plus précis, le jet-stream secondaire prenait encore la forme d’une goutte froide au large de la péninsule ibérique, incitant par un principe mécanique à faire remonter l’air chaud du Sahara vers l’Europe. Un vent torride bloqué au nord par le jet-stream principal.

L’Europe pas à l’abri réchauffement climatique

En Europe, comparé à d’autres régions du monde, ce type de double jet-stream est particulièrement susceptible de se produire. Non seulement le pôle Nord et le Groenland se réchauffent mais en plus, l’Europe est directement exposée à la grosse réserve de chaleur située au Sahara, ce qui ne se retrouve guère ailleurs. Que ce soit en Amérique du Nord ou en Asie, il n’y a pas d’équivalents aussi puissants. "Les jours de canicule montrent une augmentation moyenne sur l’Europe de +0,61 jour par décennie, contre +0,21 jour par décennie pour le reste des latitudes moyennes, ce qui constitue un taux environ trois fois plus rapide pour l’Europe", note l’étude de Nature.

De plus, comme l’a montré dans une étude de 2021 Matthew Osman, chercheur au Climate Systems Center de l’université de l’Arizona, le jet-stream (principal) tend à migrer vers le nord vu que la cellule polaire se refroidit, et ce déjà aujourd’hui. "L’Europe, située en aval du courant-jet de l’Atlantique Nord, ressentira ces effets de manière plus aiguë", explique-t-il.

L’Europe est de plus exposée à d’autres périls qui pèsent sur son avenir climatique. L’année passée, Efi Rousi publiait un autre article sur l’affaiblissement de la "circulation méridienne de renversement de l’Atlantique" (Amoc), un ensemble de courants marins atlantiques dont fait partie le fameux Gulf Stream. En cause: la fonte des glaces au pôle Nord qui apporte d’énormes quantités d’eau douce, et la chaleur des tropiques rendant l’eau moins dense. Un double facteur qui amène ces courants à perdre en vigueur, ce qui, selon Efi Rousi, devrait provoquer des étés encore plus secs en Europe.

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