La Belgique est-elle équipée pour faire face à des incendies de grande ampleur ?

Alors qu'une nouvelle vague de sécheresse s'annonce, la question se pose de plus en plus pressante. Et si la Belgique prenait feu ?

Incendies Arte

En juillet, tandis que la Gironde brûlait, la Belgique était épargnée par les incendies. Pourtant, plusieurs feux ont eu lieu dans les champs et les broussailles, à Ecaussinnes, Couvin, Beauraing ou dans le Limbourg. Des incendies qui ont été gérés, mais qui posent aussi la question : y a-t-il des risques de grands incendies en Belgique comme il y en a eu en France ?

Y a-t-il des risques de grands feux en Belgique ?

Oui et non. Interrogé par La Libre, Mathieu Jonard, spécialiste de l’impact du réchauffement climatique sur les forêts à l’UCLouvain expliquait ainsi que " les risques d’avoir des incendies de cette ampleur-là en Belgique sont faibles, voire très faibles ". Plusieurs raisons à cela : d’abord, notre pays ne fait pas (encore) face à une " méditerranéisation " de son climat comme c’est le cas en France. Ensuite, le massif forestier belge est morcelé, entre-coupé par des routes qui jouent aussi le rôle de " coupe-feu ". Pour autant, le risque " n’est pas nul ".

Pour le climatologue et membre du GIEC Jean-Pascal Van Ypersele, le risque est bien réel. Il avance que le réchauffement climatique ne s’arrêtera pas à la frontière et que la " méditerranéisation " du territoire arrivera vers le Nord, certes un peu plus tard qu’en France, certes de manière peut-être moins forte, mais elle arrivera. Il annonce déjà des températures avoisinant les 50° au cour du siècle. Bref, ce ne sera peut-être pas tout de suite de l’ampleur de ce qui s’est passé en France, mais " des feux agricoles, des feux de paille et des choses comme ça, déjà observés en Belgique, montrent bien que les conditions météo sont favorables aux feux. Chez nous, on peut avoir des incendies de forêt aussi ".

France Gard Ardèche Alès incendie feux forêt pompiers

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La Belgique est-elle équipée pour faire face ?

Là-dessus, l’autre question qui se pose est de savoir si la Belgique est prête. Là aussi, la réponse est dans les pointillés… Interrogé par La Libre, Eric Labourdette, sapeur-pompier à Bruxelles et négociateur du Syndicat libre de la fonction publique pour les questions de sécurité civile, se veut plutôt alarmiste.

"On n’a rien, c’est aussi simple que ça: on n’a rien. J’ai tiré la sonnette d’alarme, comme plusieurs pompiers ou commandants de zone, mais comme d’habitude chez nous les appels au secours résonnent dans le vide. C’est comme pour les inondations, c’est toujours quand il y a un drame qu’on va se rendre compte que…"

Concrètement, selon lui, le pays manque de matériels et de personnel. Il y a quelques grosses autopompes 4X4 qui peuvent aller en forêt et dans les broussailles en Province de Luxembourg et un seul hélicoptère de la police fédérale avec une poche d’eau – un achat qui a fait suite aux incendies dans les Hautes Fagnes en 2011.

incendie gironde

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Au niveau du personnel, la Belgique compte 17.500 pompiers dont un tiers de volontaires. Les gardes-forestiers et agents de nature n’ont pas la compétence pour gérer des feux, mais ils jouent le rôle de surveillant et de guide. De manière générale, dit le sapeur-pompier de Bruxelles, "nous ne sommes pas formés pour faire face à un gros incendie de forêt".

Du point de vue du ministère de l’Intérieur, toujours dans La Libre, on tempère ces propos. Il y a des points de surveillance fixes et un plan d’intervention spécifique en cas d’incendie dans les Fagnes et dans les autres zones où il y a le plus de risques. En cas de crise, la gestion est d’abord communale, puis provinciale et, si nécessaire, fédérale. Les gouverneurs des provinces les plus sujettes à ce genre d’incendies ont pris des dispositions en cas de crise.

Au niveau du personnel, l’Intérieur assure que "l’aspect ‘feux de forêt’ a reçu l’attention nécessaire ces dernières années" au niveau de la formation. Enfin, sur le matériel, le ministère rappelle que les zones de secours ont eu l’opportunité de s’équiper de camions spécifiques " feux de forêt " dans le cadre d’un marché fédéral qui a couru entre juin 2017 et juin 2022, que des accords bilatéraux ont été passés avec la France en cas de besoin d’avions bombardiers d’eau et au niveau européens en cas de "brasier de grande ampleur".

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