Chaleur en ville: des différences énormes entre les quartiers

Si la différence de température est flagrante entre ville et campagne, elle l'est aussi entre les quartiers en milieu urbain, voire d'une rue à l'autre.

Thermomètre au parc du Cinquantenaire
Thermomètre frôlant les 40°C près du parc du Cinquantenaire à Bruxelles, le 19 juillet 2022 @BelgaImage

19 juillet 2022: la Belgique fait face à une chaleur extrême avoisinant les 40°C. Une température étouffante qui a impacté bien différemment villes et campagnes. Un exemple: ce jour-là, à minuit à Gand. Entre le centre (ou plus précisément la Maison provinciale) et la banlieue (la commune de Melle), la différence était de 8°C, comme le montrent les données de l’université de Gand relayées par la VRT. Pire encore: en août 2020, un écart exceptionnel de 10°C est relevé entre Bruxelles et ses alentours. Mais même au sein des villes, il existe une mosaïque d’îlots de chaleur et d’îlots de fraîcheur qui font varier le niveau du thermomètre en seulement quelques mètres.

De 58°C à 23,7°C… en moins de 100 mètres

En France, Le Parisien a fait un test éloquent dans la capitale française lors des fortes chaleurs de mi-juillet 2022. Le quotidien a alors suivi un professeur de l’École Supérieure d’Architecture des Jardins, armé de son thermomètre à infrarouge. La température de l’air était à ce moment-là aux alentours de 35-36°C en moyenne. Mais en surface, cela monte parfois beaucoup plus haut. Devant l’Opéra Garnier, l’appareil affiche par moments 58°C.

L’enseignant s’est ensuite déplacé de moins de 100 mètres, à une des sorties de la place de l’Opéra. Même bitume, même type de trottoir mais une nuance majeure: il y a des arbres. Il retente l’expérience et cette fois, le résultat tombe à… 23,7°C. Une différence assez forte pour que l’air semble tout de suite beaucoup plus respirable.

À Bruxelles, vive les arbres et les plans d’eau!

Chez nous, Bruxelles-Environnement a commandé en 2018 une étude montrant également de grandes différences de chaleur sur de très petites distances dans la capitale belge. En atteste la carte ci-dessous qui montre où se situent les îlots de chaleur (en orange et rouge) et de fraîcheur (en bleu) dans le centre-ville. On remarque tout de suite en bleu où se situent les plans d’eau (étangs d’Ixelles, Square Marie-Louise, canal de la Senne) et les espaces verts (parc Royal, Cinquantenaire, Josaphat, Forest). Plusieurs grandes avenues du centre se parent au contraire d’orange voire de rouge.

En faisant un peu plus attention, on voit aussi l’importance de la présence d’arbres. Les axes boisés se distinguent ainsi, notamment une portion de la Petite Ceinture de Bruxelles. La différence est encore plus flagrante sur l’Avenue Louise où sa portion nord est en orange alors que sa partie arborée, au sud de la place Stéphanie, tire même vers le bleu. L’écart entre les quartiers plus aisés (à l’est) et plus pauvres (à l’ouest) apparaît lui aussi du fait de la présence de multiples jardins (ici visibles en bleu) là où se trouvent les quartiers riches. On repère même un bleu très foncé à certains points, comme au campus universitaire de La Plaine. Par contre, du côté de Molenbeek, les jardins se font rares et minuscules, d’où l’omniprésence de l’orange et du rouge. Seuls de rares petits parcs, comme celui de la Fonderie, permettent aux Molenbeekois de respirer un peu.

Carte des îlots de chaleur et de fraîcheur à Bruxelles

Carte des îlots de chaleur et de fraîcheur à Bruxelles @Bruxelles-Environnement

D’autres observations sont encore plus étonnantes. Un exemple: le parc de la Porte de Ninove, à l’ouest du centre de Bruxelles. Contrairement aux autres espaces verts, il apparaît au mieux en jaune, au pire en rouge. Paradoxal a priori mais beaucoup moins surprenant si on sait qu’il n’y a que très peu d’arbres. Une grande pelouse, insuffisante pour créer un îlot de fraîcheur. Idem à moins grande échelle pour la friche Josaphat. Autre élément intriguant: la Senne. Avant de disparaître sous l’asphalte, la rivière crée un petit bassin de fraîcheur dans un milieu pourtant hostile: chemins de fer à proximité, parkings, zones industrielles, etc. Dernière observation: les cités-jardins font baisser la température, comme en atteste les quartiers Terdelt à Schaerbeek et Tuinbouw à Evere.

Puis si on dézoome avec une carte à l’échelle de la région bruxelloise, on retrouve les îlots de fraîcheur comme celui du Cinquantenaire mais clairement, ce qui apparaît tout de suite, c’est la forêt de Soignes (et le bois de la Cambre dans sa continuité). Aucun autre espace ne fait mieux en terme de fraîcheur. En milieu urbain, c’est Uccle qui tire son épingle du jeu avec une prédominance absolue du bleu. Pareil pour les communes de l’est. Encore une fois, des quartiers plus aisés.

Carte des îlots de chaleur et de fraîcheur à Bruxelles

Carte des îlots de chaleur et de fraîcheur à Bruxelles @Bruxelles-Environnement

Plus d’"espaces verts et bleus" et un urbanisme repensé

Bruxelles-Environnement retient de ces cartes que "l’effet rafraîchissant des espaces verts et bleus est très local". Un arbre aide à faire baisser la température grâce à l’ombre produite et à son évapotranspiration, qui augmente au fil de sa vie. Le Parisien montre d’ailleurs des différences significatives de température en surface en fonction de l’âge de l’arbre: 34°C mi-juillet sous un arbre à peine planté, 28-31°C pour un autre bien installé, et même 26-28°C sous un arbre centenaire. Mais pour rafraîchir toute une place, il en faut plusieurs. "Il est donc nécessaire d’appliquer les mesures ‘vertes et bleues’ à grande échelle et de préférence, les combiner", conclut Bruxelles-Environnement malgré la difficulté à mettre parfois en application ces résolutions.

Au regard des données de l’université de Gand, la VRT donne d’autres éléments qui influencent la température en milieu urbain. Il y a d’une part les matériaux qui emmagasinent la chaleur et qui ne la restituent que lentement le soir, comme la pierre, le béton et l’asphalte. Il y a aussi la géométrie des bâtiments: plus les immeubles sont grands, plus la chaleur est piégée dans la rue. Enfin, il y a la climatisation en été et le chauffage en hiver, surtout si les habitations sont mal isolées. D’où l’intérêt de veiller à veiller à renforcer l’isolation de tous les bâtiments urbains.

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