Des experts expliquent comment revitaliser les forêts wallonnes

Constatant que plus de 60% des essences forestières wallonnes dépérissent, les experts proposent des solutions pour avoir une forêt plus résiliente.

Arbre
Illustration d’une forêt @BelgaImage

Les changements climatiques, et la sécheresse et les canicules qui les accompagnent, mettent la forêt wallonne à rude épreuve. Plusieurs experts ont plaidé mardi, dans le cadre des journées forestières de la Foire agricole de Libramont, pour une plus grande diversité comme planche de salut pour une forêt qui souffre en silence.

Migration assistée et forêt mosaïque

"Plus de 60% des essences qui peuplent nos forêts montrent des signes de dépérissement", constate la ministre wallonne compétente, Céline Tellier, estimant urgent de "construire une forêt plus résiliente", ce qui impose de "faire évoluer nos modes de gestion pour garder une forêt en vie pour les générations futures". Pour Brigitte Musch, généticienne à l’Office national des forêts (ONF), en France, il ne fait pas de doute que "le changement climatique porte atteinte à nos forêts et à leur productivité. Dès 1995, sécheresse et canicules à répétition ont fait chuter leur productivité. Le hêtre, l’épicéa, le sapin pectiné sont en difficulté. La prochaine crise touchera peut-être le chêne qui a du mal en ce moment".

La situation française est peu ou prou la même qu’en Wallonie, qui a notamment été touchée de plein fouet par la crise des scolytes qui ont décimé les épicéas, essence omniprésente en Ardenne, affaiblis par le stress hydrique. Les chercheurs, les administrations compétentes et les forestiers tentent diverses approches comme autant de tentatives de parades au dérèglement climatique. L’une d’elle est la migration assistée, qui consiste à planter dans nos contrées des espèces d’arbres plus méridionales ou à choisir au sein d’une espèce, comme le chêne par exemple, des sous-espèces plus adaptées à la nouvelle donne climatique.

Une autre réponse est la "forêt mosaïque" qui passe par une diversification des essences d’arbres, des provenances, des écosystèmes mais aussi des modes de sylviculture. Une façon, en quelque sorte, de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. "Un concept important pour mettre en place des îlots d’avenir", juge Brigitte Musch. "C’est dans cette diversification, j’en suis persuadée, que l’on trouvera des solutions", affirme la généticienne.

La bataille pour sauver la forêt a commencé

Cette vision est partagée par Alain Servais, responsable du Comptoir forestier (comptoir à graines) de Marche-en-Famenne. L’organisme a d’ailleurs été précurseur, dès sa création en 1995, dans la recherche de graines locales de provenances les plus diverses possibles. Mais d’autres problèmes se présentent car tout le monde en Europe est engagé dans la même voie, face au changement climatique, et "il n’y a pas de semences pour tout le monde", constate-t-il, louant les échanges et la bonne collaboration avec ses homologues français.

La question de la recherche appliquée est également jugée cruciale. Mme Tellier a profité de sa présence dans les bois de Bertrix pour rappeler l’existence du programme "forêt résiliente" qui vise à aider les propriétaires, publics et privés, à régénérer leurs parcelles forestières. Des aides sont possibles à condition de replanter des essences variées et adaptées. Les aides peuvent être majorées par exemple en cas d’aménagement de mares, de lisières, etc. "La première année, 15% des parcelles touchées par les scolytes ont obtenu la prime, ce qui démontre un intérêt très clair. Le projet se poursuit avec un deuxième appel à projet et continuera aussi en 2023 et 2024".

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