La pollution sonore, ce mal insidieux qui nous ronge

Dans un rapport récent relayé par le Soir, Inter-Environnement Wallonie (IEW ou Canopea) dresse le bilan de la pollution sonore dans nos régions. Et c’est loin d’être réjouissant.

trafic routier
Le trafic routier, le plus souvent pointé du doigt comme le responsable de la pollution sonore © Belga Image

Lorsque l’on pense pollution, on imagine souvent des cheminées noires de fumées, des pots d’échappements crachant des nuages de pollution, à des eaux sales, des déchets partout… Néanmoins, d’autres types de pollutions existent. Certes moins palpables, moins médiatisées, mais tout autant nuisibles et nocives. Parmi ces " autres " pollutions figure le bruit.

Déjà en 2018, le bruit représentait le second facteur environnemental provoquant le plus de dommages sanitaires en Europe, derrière la pollution atmosphérique, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Et la situation se dégrade d’année en année avec l’augmentation des activités humaines. Car il faut distinguer le son du bruit. Dans sa Directive relative au bruit environnemental, la Commission Européenne le " bruit dans l’environnement " est un " son extérieur non désiré ou nuisible résultant d’activités humaines, y compris le bruit émis par les moyens de transports, le trafic routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites d’activité industrielle ". Pour compléter cette définition, un bruit peut-être qualifié de " nuisible " lorsqu’il présente des " effets néfastes pour la santé humaine ".

Un constat alarmant

Dans son dernier rapport, intitulé Frontières 2022 : bruit, flammes et décalages, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement consacre une partie entièrement dédiée à la pollution sonore. Le chapitre intitulé Écouter les villes : ses environnements bruyants aux paysages sonores agréables attire l’attention sur la pollution sonore et ses effets à long terme sur la santé physique et mentale, ainsi que sur les mesures qui peuvent être mises en œuvre pour créer des paysages sonores positifs et réparateurs dans les zones urbaines.

Rien qu’en Europe, l’exposition au bruit à long terme contribue à 12 000 décès prématurés et à 48 000 nouveaux cas de cardiopathie ischémique, selon le rapport du PNUE.Et cette pollution sonore, elle concerne plus de 20% de la population européenne, soit plus de 100 millions de personnes, et coûte des milliards d’euros chaque année aux gouvernements. En France, plus de neuf millions de personnes sont exposées de manière chronique à des niveaux de bruit préjudiciables à la santé humaine.

Plus récemment, Inter-Environnement Wallonie a réalisé une enquête sur le bruit dans nos régions. Près de 1300 personnes ont été sondées et pour 1/4 d’entre elles, le bruit est une agression insupportable au quotidien. Plus de la moitié des sondés sont insatisfaits de l’environnement sonore dans lequel ils se trouvent, et se disent gênée par le bruit. La source principale de la pollution sonore, selon les sondés, c’est le trafic routier, et notamment celui des motards qui est pointé du doigt.

Quelles conséquences sur notre santé ?

Concrètement, une exposition prolongée au bruit entraine une flopée d’effets néfastes sur notre santé. Cela peut provoquer des troubles du sommeil et des maux de tête, par exemple.

Cette exposition prolongée à long terme est également considérée comme un facteur de risque contribuant au développement de l’hypertension, de maladies coronariennes, du diabète et de lésions auditives irréversibles. Sans parler du stress potentiellement engendré.

Quelles solutions ?

Dans son rapport, IEW met sur la table différentes solutions possibles pour lutter contre la pollution sonore et ainsi inverser la tendance. Parmi celles-ci, on retient les suivantes :

  • Baisser de la vitesse en voies rapides
  • Mettre en place des subventions pour l’achat de véhicules électriques et déploiement de bornes de recharge électrique. Cependant cette solution présente également de nombreuses limites. (en terme d’énergie, de réduction effective du bruit et de la technique)
  • Développer l’isolation thermique ET acoustique des bâtiments pour limiter les consommations d’énergie en empêchant les transferts de chaleur tout en renforçant la performance acoustique en évitant la propagation des bruits.
  • Favoriser la mise en place de charte " chantier propre " ou " chantier à faible nuisance " visant à limiter les nuisances sonores causées aux riverains par le bruit ainsi que les émissions de poussières des chantiers (environ 15% des émissions de PM10 sont attribuables au secteur chantier BTP).

De son côté, l’ONU, va un cran plus loin. Elle propose de reverdir les villes, ce qui étouffe le bruit. De réduire l’espace dédié au trafic routier,  et d’encourager la mobilité douce. Selon elle, des dispositifs doivent également être mis en place par les gouvernements pour réguler le trafic aérien et ferroviaire, les activités et bruits de voisinage, ainsi que la construction des nouvelles infrastructures selon des normes strictes d’isolation du bruit.

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