Le corps humain peut-il s’adapter aux vagues de chaleur?

Un mois après l'épisode caniculaire qui a touché le sud de l'Europe à la mi-juin, une nouvelle vague de chaleur frappe la région. Un phénomène appelé à devenir de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique. De quoi donner du fil à retordre au corps humain qui devra s'y habituer.

Le corps humain peut-il s’adapter aux vagues de chaleur?
© Belga Image

Après un sérieux coup de chaud au mois de juin, une nouvelle vague de chaleur frappe l’Europe occidentale.  On enregistrait déjà ce mardi 43 degrés en Espagne et au Portugal. Chez nous, les pics sont attendus autour du week-end et début de la semaine prochaine.

Des épisodes de chaleur extrême qui se répètent donc, avec toutes les problèmes qui les accompagnent. Au-delà de la sécheresse et des feux de forêts, le corps humain souffre par de pareilles températures: coups de chaleur, déshydratation, problèmes de sommeil, fatigue… Les conséquences sont nombreuses. Et en plus d’être désagréables, elles peuvent être dangereuses pour certains publics plus fragiles, comme les enfants ou les personnes âgées. Pourtant, selon Alain Froment, anthropologue spécialiste d’écologie humaine interrogé par Marianne, l’Homme peut être capable de supporter de fortes températures. "Certaines populations sont habituées à vivre des pics à 40 degrés, voire plus, à condition de bien s’hydrater. Notre espèce est davantage adaptée à la chaleur qu’au froid", assure le spécialiste à nos confrères. Pour autant, Homo Sapiens s’est aussi habitué au froid du nord du globe. Conséquence aussi d’évolutions culturelles, comme le rappelle l’anthropologue: "le fait de porter des vêtements, de vivre en intérieur, le feu…". Et aujourd’hui, les Européens ne sont pas faits pour supporter de telles vagues de chaleur. "Ils auront souvent trop chaud à partir des prochaines décennies" nous explique Caroline Nieberding, professeur à l’Ecole de Biologie de l’UCLouvain et spécialiste en biologie de l’évolution.

Quelle évolution? 

Impossible évidemment de prédire l’avenir, mais l’être humain devrait au fil des générations s’adapter au réchauffement climatique. "Il n’y a pas d’obstacles théoriques à ce que des mutations apparaissent, puis soient favorisées si elles nous permettent de nous adapter au réchauffement climatique", estime Alain Froment auprès de Marianne. "Les individus qui vont survivre et mieux résister aux températures plus chaudes vont potentiellement mieux se reproduire et survivre plus longtemps que les autres. C’est la sélection naturelle", développe pour nous Caroline Nieberding. "Génération après génération, si les pressions de sélection sont fortes (comprenez si les températures sont ingérables pour la majorité), les individus seront mieux adaptés aux plus hautes températures". 

Une adaptation qui prendra toutefois beaucoup de temps: des milliers d’années, selon Caroline Nieberding. Soit le temps nécessaire "pour qu’une mutation soit sélectionnée puis se répande", précise Alain Froment. Avant de préciser: "Or le climat peut changer d’ici là. Nous sommes dans une période interglaciaire, à la fin de laquelle le mercure redescendra, peut-être avant que ces évolutions de notre espèce aient eu lieu". 

L’anthropologue avance, dans les colonnes de Marianne, quelques pistes d’évolution possibles. "Nous savons que les climats chauds et secs ont tendance à favoriser les grandes tailles", explique-t-il. "En moyenne, les peuples nilotiques, que l’on observe en Afrique de l’Est, sont grands et minces. (…) Cela leur permet d’avoir une grande surface de peau et de transpirer davantage pour évacuer la chaleur et rester à 37 degrés. (…) Peut être que l’être humain sera de plus en plus grand pour supporter la chaleur". 

Et à court terme? 

Pour nous et les quelques prochaines générations, l’adaptation sera essentiellement comportementale, insiste Caroline Nieberding. "On va mettre au point des outils techniques ou changer de comportements comme le font déjà les populations des pays chauds: rester à l’ombre, ne rien faire quand il fait trop chaud, s’hydrater, travailler et avoir des activités de vie courante quand la température le permet".  Elle est rejointe par Alain Froment qui salue déjà les évolutions en la matière et rappelle que les vagues de chaleur font aujourd’hui "beaucoup moins de victimes". 

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