L’Europe prête à considérer le gaz et le nucléaire comme énergies durables ? " Il le faut pour récupérer notre indépendance géostratégique "

La sortie des énergies fossiles peut-elle passer par un financement accru des énergies fossiles ? Voilà la question à laquelle devra répondre le Parlement.

Centrale nucléaire
©Belgaimage

Début juillet, le Parlement européen décidera si le gaz et le nucléaire font parties des énergies considérées comme " vertes " par l’Union européenne.

Cette question ne sera pas sans effets. L’ONG WWF le redoute : si le gaz et le nucléaire intègrent le label " vert " jusque-là réservé aux énergies renouvelables, ce sont des milliards qui seront détournés des technologies vertes.

Fin 2021, les commissaires européens approuvaient ce projet en brandissant l’objectif d’une Europe décarbonée d’ici 2050. Un véritable coup de force qui a eu le don de diviser les pays membres.

Une option indispensable ? 

La Commission a appuyé sur le fait que les énergies renouvelables ne suffiront pas, dû à leur caractère intermittent, à répondre à la demande croissante d’électricité. De ce fait, il serait alors nécessaire d’investir, à titre transitoire, dans des technologies stables et pilotables.

La Commission conditionne ces potentiels investissement dans ces énergies fossiles. Pour bénéficier de financements, les centrales nucléaires devraient obtenir leur permis de construire avant 2045. Les centrales à gaz, elles, devraient émettre moins de 100 grammes de CO2 par kWh. Elles sont aujourd’hui à plus de 400 grammes par kWh.

L’indépendance géostratégique en point de mire

Etonnant lorsque l’on sait que l’Europe veut accélérer la transition énergétique. Mais pour Damien Ernst, professeur à l’ULiège et spécialiste du secteur de l’énergie, cette prise de position relève du bon sens : "Aujourd’hui, l’Union européenne se doit de cocher la case de la sécurité géostratégique avant de cocher celle du durable. L’inscription du gaz et du nucléaire dans ce texte n’aura pour effet que de débloquer des moyens pour investir dans ces domaines. Nous sommes face à une crise profonde et nous ne pouvons pas nous passer de ces énergies. En Europe, nous consommons 45.000 térawatts de gaz par an, dont 1.500 sont importés de Russie. Si l’on voulait remplacer cette consommation par des panneaux photovoltaïques, il faudrait couvrir l’équivalent de la Belgique. C’est insensé."

L’Italie, la Norvège ou encore la Bulgarie ont pris les devant en débloquant des moyens pour la recherche de champs gaziers. "L’Europe a fait le choix de se désinvestir dans ce secteur en risquant de négocier notre indépendance énergétique avec des régimes autoritaires dont les normes environnementales sont bien plus laxistes que chez nous. Je ne vois pas d’autres moyens que de réinvestir dans ce domaine afin d’assurer la transition. À moins de rouvrir les mines à charbon qui dégagent plus de 1.000 grammes de CO2/kWh, comme le fait l’Allemagne. Mais d’un point de vue écologique, c’est la moins bonne des idées."

Des pays déjà apposés à ce texte, mais la Belgique…

Il poursuit : "Il ne faut pas s’y tromper. Si le gaz et le nucléaire ont été inclus dans un même texte, ce n’est pas le fruit du hasard. La France veut réinvestir dans le nucléaire et l’Allemagne est une grosse consommatrice de gaz. Nous sommes ici dans un jeu de pouvoirs où l’un ne pourra aller sans l’autre. Pourtant, il est bien question de deux choses très différentes. Si les centrales à gaz sont de grosses émettrices de CO2, le nucléaire est bas carbone (6gCO2/kWh). Il pose d’autres questions. Mais pour assurer rapidement l’indépendance énergétique et la neutralité carbone, c’est la seule solution."

Le député européen Philippe Lamberts (Les verts) se montrait quant à lui très pondéré ce jeudi au micro de DH Radio : "Aujourd’hui, on ne peut pas se passer du nucléaire. Il va falloir en sortir mais de manière réfléchie. Là où le nucléaire a été installé, là il faut penser à gérer la sortie de manière un peu plus phasée. Mais ce qu’il ne faut certainement pas faire, c’est investir dans du nouveau nucléaire."

Une majorité simple du Parlement suffira à rejeter le texte. Si vingt Etats membres parviennent à s’unir, le Conseil européen pourrait lui aussi lever son véto à ce projet. Si l’Autriche, le Danemark, le Luxembourg ou encore le Portugal se sont d’ores et déjà opposés à ce texte, la Belgique, elle, ne s’est pas encore positionnée.

Le 14 juin dernier, la commission Environnement et la commission Affaires économiques et financières ont déjà rejeté cette idée d’inclure le gaz ainsi que le nucléaire dans le label " vert ".

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