Que faire des déchets ultimes?

Nous exploitons, nous produisons, nous consommons. Nous jetons. Depuis peu, nous recyclons. Une partie de nos rebuts ne sont cependant pas récupérables. Ce sont les “déchets ultimes”.

traitement des déchets plastique
Le site de traitement des déchets en plastique Indaver, à Willebroek, le plus moderne au monde. © BelgaImage

Chaque jour, un kilo. Voilà la quantité de déchets ménagers que chaque Belge produit. À peu de choses près. Mais très loin du poids que l’on obtiendrait si l’on ramenait l’ensemble des déchets produits par l’activité humaine en Belgique à ses habitants. L’ensemble s’élève à 6 tonnes par personne. Parmi lesquels 3.000 kg proviennent des déchets industriels, 2.000 kilos de déchets de construction, 50 kg pour les déchets agricoles, 500 kg pour les déchets de services et 500 kg pour les déchets ménagers. Ceux-ci sont constitués par les sacs collectés devant nos habitations et ce que nous rapportons dans les différentes déchetteries et bulles à verre. “Via la filière des collectes et des parcs à conteneurs, on essaye de regrouper au maximum les déchets ménagers selon leurs caractéristiques”, explique Laurent Dupond, le président du comité de direction d’Ipalle, l’intercommunale de gestion de l’environnement, active en Wallonie picarde et dans le Sud-Hainaut. Cette intercommunale gère les déchets ménagers de plus de 400.000 habitants. “De manière à augmenter leur recyclabilité. Ce qui est recyclable en tant que produit, on le recycle (un vélo, par exemple). Ce qu’on ne peut pas recycler en tant que produit, on va le recycler en tant que matière (des métaux, par exemple) ou matière organique (compost). Si on n’arrive pas à le valoriser en tant que matière, on va utiliser son contenu énergétique en incinération. Mais si on ne peut rien en faire, c’est la décharge. C’est ce qu’on appelle un déchet ultime.”

Les Belges, champions de la poubelle

Mais ce concept de déchet ultime évolue en fonction des technologies et des modes de tri. “Le conteneur “encombrants” de la déchetterie ou du recyparc n’est, aujourd’hui, plus le même que celui d’il y a cinq ans. On essaye de limiter au maximum les déchets résiduels. On vient d’inaugurer un centre de traitement de déchets de plâtre. Auparavant, ceux-ci étaient enfouis. Maintenant, le plâtre est isolé, séparé et envoyé dans des filières de recyclage vers l’industrie cimentière ou l’industrie du plâtre en direct.” La typologie du déchet ultime peut même évoluer en fonction des changements de la conception du produit. L’idée est au cœur d’une réflexion menée par le ministère de l’Environnement et reprise dans le plan d’économie circulaire fédéral: concevoir un produit ou un objet de telle manière qu’il soit le plus recyclable possible. Et cet exemple du plâtre est valable pour d’autres filières: les matières composites, le plastique, les métaux…

Ainsi, en Belgique francophone, près de 53 % des déchets ménagers et assimilés collectés en 2020 étaient dirigés pour recyclage vers des centres de valorisation “matière” et de valorisation organique (compostage ou biométhanisation). Un peu plus de 45 % de nos poubelles étaient dirigées vers des unités de valorisation énergétique. Et le reste, à peu près 2 %, les déchets ultimes donc, étaient conduits en site d’enfouissement technique. Il faut d’ailleurs souligner la performance belge, au même niveau que la Suède, les Pays-Bas ou le Danemark. En France ce taux d’enfouissement monte à 22 %. Au Royaume-Uni et en Italie à 28 %. En Roumanie on s’envole vers les 80 %, en Grèce vers les 82 % et à Malte, on culmine à 92 %!

Au fil des progrès dans les techniques de recyclage et de récupération de matière et d’énergie, on est parvenu à atteindre ce taux très bas”, confirme Laurent Mafa, directeur du département Déchets de l’intercommunale Inbw qui gère les déchets dans le Brabant wallon. “En gros, maintenant, les deux choses qui constituent encore le “déchet ultime”, ce sont les amiantes et les “refiom”, les résidus des traitements de fumées de l’incinération d’ordures ménagères. Ce sont les résidus qu’on trouve sous forme de poudre qui sont captés par différents filtres de l’incinérateur.” Ces captations sont le résultat de l’évolution d’un processus qui s’étale sur plus de cinquante ans. “L’incinérateur est un bel exemple de progrès technique. Le nôtre a été construit en 1971. C’était un four. Un gros barbecue. On y déversait les déchets dessus, on y boutait le feu, il y avait un système pour retirer le plus gros des poussières… C’était très basique. À l’époque, on ne savait ce qu’étaient les dioxines, on ne connaissait pas l’effet des métaux lourds. L’environnement n’était pas un sujet. Ni le coût de l’énergie. Le but, à l’époque, c’était tout simplement de réduire le volume des déchets.

L’autre pratique de l’époque, encore moins chère, c’était d’enterrer les déchets dans des trous au sein d’une sablière. Depuis, les choses ont évolué. Les trous sont devenus des centres d’enfouissement technique c’est-à-dire qu’ils sont conçus de manière à ne pas polluer les nappes phréatiques. Les incinérateurs sont devenus petit à petit des centres de valorisation énergétique: on a récupéré l’énergie produite lors de l’incinération tout en traitant les fumées. Et ces traitements sont devenus de plus en plus stricts.

traitement des déchets

Le traitement des déchets coûte environ 1,20 euro à chaque Belge par semaine. © BelgaImage

Coût économique contre coût environnemental

Les nouvelles normes européennes en termes de qualité de l’air vont encore faire évoluer ces nettoyages de fumée. Il s’agit d’utiliser des réactifs qui vont capter les polluants: acide sulfurique, acide chlorhydrique, métaux lourds – plomb, mercure, chrome… -, les dioxines, les furanes… Tout ceci et les réactifs vont constituer les fameux “refiom”. Ce refiom est un concentré de polluants, une matière ultra-toxique. Mais qu’en fait-on?

On l’envoie dans des centres spécialisés et agréés. Par exemple dans le centre Suez de Roulers ou dans le centre Revatech de l’île Monsin à Liège, où il sera “inerté”. Une fois inerté, il va en centre d’enfouissement technique.” Ce refiom fait l’objet de recherches parce qu’il constitue d’une certaine manière une source de matières premières. Des laboratoires tentent ainsi de trouver un mode d’exploitation du chrome – notamment – qu’il contient. Cette volonté s’inscrit pleinement dans la logique des différents plans d’action pour une économie circulaire prônés et déclinés à différents échelons: du niveau européen au niveau local. Le plan d’action fédéral en la matière a été approuvé par le gouvernement en décembre 2021. Il contient 25 mesures qui favorisent principalement les niveaux supérieurs de la hiérarchie du déchet: par exemple, la suppression progressive de l’utilisation d’emballages jetables, l’introduction d’un score de réparation et l’imposition d’exigences minimales en termes de contenu recyclé. Mais les niveaux inférieurs sont également encouragés notamment les tentatives de recycler les déchets ultimes.

L’évolution du traitement des déchets vers la diminution des résidus à enfouir a un corollaire inévitable. “Depuis 50 ans, la moyenne des déchets ménagers annuels tourne autour des 500 kg. Ça ne bouge presque pas. La grosse différence, c’est qu’il y a 50 ans, on les mettait dans un trou ou on les brûlait presque sans aucun filtre. Ce n’était pas cher. Sauf que le coût n’était pas économique mais environnemental.” Maintenant, les équilibres sont inversés. Le tri, le recyclage, la valorisation de matière, la valorisation organique et énergétique, la limitation des déchets ultimes, le traitement et la gestion de l’enfouissement de ceux-ci ont un coût. Et les subventions régionales ont pratiquement disparu. Ce qui fait que les taxes communales augmentent; la gestion des déchets coûte de plus en plus cher à l’habitant. Cette réalité devrait permettre à l’habitant – qui est un consommateur – de modérer ou adapter sa consommation. Moins consommer ou consommer différemment, c’est limiter sa production de déchets et faire baisser ces 500 kg et in fine la quantité des déchets ultimes.

Le traitement des déchets coûte environ 1,20 euro par habitant et par semaine. Le Belge dépense en moyenne deux fois plus en cigarettes, cinq fois plus en alcool, dix fois plus pour ses communications, trente-quatre fois plus pour son transport et cent fois plus pour son énergie. Et peu de filières de recyclage sont économiquement rentables, comme le papier/carton, les métaux, les huiles de friteuse et le textile. Tous les autres déchets ont une balance de traitement négative. Et tous les déchets ont, ultimement, un coût environnemental…

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