Des diplômés en agronomie appellent à "déserter" des "jobs destructeurs" (vidéo)

Des étudiants d'AgroParisTech ont dénoncé la responsabilité écologique de leur école et de l'agro-industrie. Depuis, la politique s'invite au débat.

Discours du collectif «Des agros qui bifurquent»
Discours du collectif «Des agros qui bifurquent» à AgroParisTech @Capture d’écran Youtube

C’est la crème des écoles d’ingénierie agronomique françaises. Mais ce samedi, la remise des diplômes d’AgroParisTech a donné lieu à un coup de théâtre. Un collectif d’étudiants, "Des agros qui bifurquent", ont appelé leurs camarades à "déserter" les débouchés offerts par leur formation. Après une dénonciation fracassante du secteur auquel ils étaient pourtant prédestinés, ces jeunes appellent au contraire leurs camarades à soutenir l’écologie et le milieu paysan.

"Ces jobs sont destructeurs et les choisir, c’est nuire"

Le ton est donné dès le début par Lola Keraron, diplômée en 2021 d’AgroParisTech. Elle dénonce ainsi une formation de 3-4 ans "qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours". "AgroParisTech forme chaque année des centaines d’élèves à travailler pour l’industrie de diverses manières", ajoute un autre membre du collectif avant de faire une longue liste de reproches liés à ces dérives universitaires: "Trafiquer en labo des plantes pour des multinationales qui renforcent l’asservissement des agricultrices et des agriculteurs. Concevoir des plats préparés et ensuite des chimiothérapies pour soigner les maladies causées. Inventer des labels ‘bonne conscience’ pour permettre aux cadres de se croire héroïque en mangeant mieux que les autres. Développer des énergies dites ‘vertes’ qui permettent d’accélérer la numérisation de la société tout en polluant et en exploitant à l’autre bout du monde. Prendre des rapports RSE d’autant plus longs et délirants que les crimes qu’ils masquent sont scandaleux. Ou encore compter des grenouilles et des papillons pour que les bétonneurs puissent les faire disparaître légalement". "Ces jobs sont destructeurs et les choisir, c’est nuire en servant les intérêts de quelques-uns".

"Désertons avant d’être coincés par des obligations financières", clame un autre étudiant. "N’attendons pas le 12e rapport du Giec qui démontrera que les États et les multinationales n’ont jamais fait qu’aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. […] Quelle vie voulons-nous? Un patron cynique, un salaire qui permet de prendre l’avion, un emprunt sur 30 ans pour un pavillon, même pas cinq semaines par un pour souffler dans un gîte insolite, un SUV électrique, un Fairphone et une carte de fidélité à la Biocoop, et puis un burnout à 40 ans? Ne perdons pas notre temps et surtout, ne laissons pas filer cette énergie qui court quelque part en nous".

Quand la politique s’invite à AgroParisTech

Après ce coup de gueule, la vidéo a été mise en ligne ce lundi sur les réseaux sociaux, en mettant au passage plusieurs "ressources pour trouver des voies de sortie" à la crise écologique. Depuis, elle a suscité un véritable engouement. Sur Youtube, en date de ce mercredi début d’après-midi, le compteur atteignait les 125.000 vues. Ce discours s’invite même dans la campagne des élections législatives françaises depuis que le leader de la gauche, Jean-Luc Mélenchon, l’a partagé sur Twitter. "Écoutez ça. L’espoir le plus grand. Que la nouvelle génération ‘déserte’ le monde absurde et cruel dans lequel nous vivons", écrit-il.

En Belgique, le président du MR Georges-Louis Bouchez a lui aussi réagi, mais pas pour applaudir ces étudiants. "De petits privilégiés qui jouent aux révolutionnaires le temps d’une soirée avant de devenir cadre chez Danone mais juré, ce sera pour développer le programme fair trade… S’il veulent vivre en auto suffisance, c’est leur droit mais affamer le monde n’est pas un projet de société", s’exclame-t-il.

Ces dernières années, plusieurs contestations écologiques ont eu lieu dans le milieu des étudiants d’ingénierie. C’était par exemple le cas en 2018, lorsqu’un étudiant de l’École Centrale de Nantes a fait un discours similaire lors d’une remise de diplôme. À AgroParisTech, c’est la vente de leur campus de Grignon, dans les Yvelines, qui a créé la polémique. Un promoteur immobilier, Altarea Cogedim, voulait changer le plan local d’urbanisme pour y construire des logements. La nouvelle avait suscité une fronde des étudiants qui ont bloqué le site, ce qui a abouti à la suspension de la vente fin 2021 par la préfecture. Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, issu d’AgroParisTech, déclarait alors qu’"une nouvelle procédure de cession du site d’AgroParisTech de Grignon sera lancée au second semestre 2022. Cela ne remet pas en cause l’installation à Saclay mais doit permettre de s’accorder sur le meilleur projet possible".

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