Climat: "on ne va pas y arriver" selon François Gemenne (vidéos)

Le climatologue François Gemenne est devenu très pessimiste quand aux possibilités de l’humanité à ralentir le réchauffement climatique ou face à l’avenir de l’écologie politique.

François Gemenne est devenu pessimiste
François Gemenne. (@Belga Image)

François Gemenne, chercheur pour le FNRS à l’Université de Liège, directeur de l’Observatoire Hugo, centre de recherche sur les interactions entre les changements environnementaux, les migrations humaines et la politique, mais aussi enseignant à Sciences Po et membre du Giec, est une pointure pour tout ce qui touche au climat et à l’écologie.

Ces dernières années, il est souvent intervenu dans les médias français pour aborder ces thématiques. Invité de C Ce Soir sur France 5, il en a profité pour faire part de son pessimisme, avec des termes durs qu’on entend rarement à ce sujet.

Selon lui, "c’est mort": nous n’arriverons jamais à faire reculer le réchauffement climatique pour sauver la planète.

"Pour moi, c’est mort depuis la sortie du troisième rapport du GIEC le 4 avril dernier, qui nous dit que pour atteindre les objectifs des accords de Paris, il faut baisser les émissions de gaz à effet de serre de 43% d’ici 2030. À l’heure actuelle, elles montent encore de 1% ou 1,5% par an", raconte-t-il.

Il cite en exemple l’année 2020, "la seule année dans laquelle nous nous sommes retrouvés sur une trajectoire compatible avec ce qu’il faudrait faire pour atteindre ces objectifs" puisque "l’essentiel de l’activité économique était paralysé" et que "nous étions largement confinés chez nous". Une baisse des gaz à effet de serre qui a donc été subie et pas "décidée par des politiques climatiques ambitieuses".

Pour François Gemenne, les efforts à fournir sont tellement grands face au manque d’ambition et de volonté des états. "Aujourd’hui, pour atteindre cet objectif, il faudrait réduire notre consommation de charbon de 100%, notre consommation de gaz de 70% et notre consommation de pétrole de 60%. Quand vous voyez que malgré la guerre en Ukraine, nous ne sommes même pas capables de décider au nom de la protection des Ukrainiens d’un embargo sur les hydrocarbures russes, il faut arrêter de se voiler la face, nous n’allons pas y arriver. La priorité aujourd’hui, c’est l’adaptation. Tout le reste du marketing électoral."

"Contre leurs intérêts"

Il semble également avoir perdu foi en l’écologie politique qui, selon lui, ne parviendra pas à donner l’impulsion aux changements qui diminueraient notre impact sur la planète et le climat.

"Nous sommes dans une sorte de consensus mou où tout le monde dit qu’il faut faire de l’écologie, mais où personne n’est prêt à engager les transformations qui seraient nécessaires pour atteindre les objectifs des accords de Paris. Ils deviennent donc purement théoriques et ne sont plus du tout ancrés dans la réalité."

Le professeur de Sciences Po explique ensuite qu’une écologie politique transformatrice ne peut pas réussir aux élections nationales parce qu’elle demande "aux gens de voter contre leurs intérêts".

"Elle s’adresse à des électeurs qui ne font pas partie du corps électoral. Elle s’adresse aux générations futures, à des gens qui se trouvent dans des pays très directement impactés par les effets du changement climatique. Et donc, quand vous demandez aux gens de voter pour cela, il y a une toute petite classe de la population, 5% ou 6%, qui peut le faire: les gens qui sont très urbanisés, avec un fort niveau de diplôme, qui ont un bon salaire et dont la vie ne sera pas touchée par cette politique."

Médiocrité infinie

Il était invité de l’émission de France 5, car le thème du débat était "la réconciliation des gauches". En effet, lors de cette campagne pour les présidentielles françaises, François Gemenne est passé d’observateur à participant. Il a rejoint Europe Ecologie-Les Verts en tant que président du conseil scientifique pour aider Yannick Jadot.

Une implication qui lui a laissé un goût amer et l’a découragé à en croire son ressenti sur cette première expérience en politique. "C’est un monde d’une médiocrité infinie, de petits arrangements, de trahison et d’une violence incroyable. J’ai passé toute la campagne à me faire insulter, agresser, menacer par les Insoumis. J’en sors complètement laminé. Je ne veux plus rien à voir à faire avec ce monde-là."

Pour le chercheur de l’ULiège, aujourd’hui, les démocraties n’arriveront jamais à faire changer les choses. "J’ai longtemps cru que ça pourrait passer par une sorte de majorité convaincue et conscientisée. […] Je pense désormais que si changement il y a, il viendra de minorités très déterminées dans les municipalités, les entreprises ou la société civile."

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