Jusqu’où la température pourrait-elle grimper en Belgique?

Selon les projections climatiques, le climat belge pourrait se réchauffer considérablement, avec de nouveaux records en vue.

Jusqu’où la température pourrait-elle grimper en Belgique?
Illustration d’un record de chaleur @BelgaImage

Le premier pic de chaleur arriver en Belgique cette semaine, avec des températures qui vont grimper jusqu’à 25°C. Une évolution déjà bien visible aujourd’hui, avec des records qui pourraient être prochainement battus.

Des moyennes en hausse

Pourtant, il ne faut pas remonter très loin pour avoir ces fameux records. En termes absolus, la plus haute température observée en Belgique est de 41,8°C. C’était dans le nord-est du Brabant flamand, à Begijnendijk, le 25 juillet 2019. Pour ce qui est de la moyenne annuelle, c’est 2020 qui remporte la palme avec 12,1°C (sur base des relevés d’Uccle, siège de l’Institut royal de météorologie, ou IRM). Preuve que la tendance est lourde: les 10 années les plus chaudes enregistrées chez nous sont toutes du XXIe siècle, alors que les données sont disponibles jusqu’en 1833.

Depuis 1890, la température annuelle moyenne a déjà augmenté de 1,9°C en Belgique, soit plus que le réchauffement global de 1,1°C (les océans tempérant cette élévation au niveau mondial). Mais ça, ce ne serait qu’un avant-goût. L’IRM a ainsi établi un graphique imaginant ce qui pourrait arriver jusqu’en 2100. Pour l’instant, les années les plus chaudes dépassaient légèrement la barre des 2°C supplémentaires par rapport à la normale 1961-1990. Selon le pire scénario (intitulé RCP8.5), la température moyenne grimper en Belgique de quasi 5°C. Une projection médiane prévoit environ 2,5°C supplémentaire. Cela reviendrait à avoir une situation similaire à celle des années belges les plus chaudes, mais presque tout le temps et même en réhaussant un peu le thermomètre.

Evolution de la température moyenne en Belgique (représentée par l’écart à la normale 1961-1990) pour la période 1951-2100 @IRM

Selon les saisons, des résultats différents

Pour imaginer plus concrètement à quoi ressembleraient nos températures de demain, cela se complique, car ce réchauffement climatique ne se fera pas sentir de la même façon selon les saisons. D’après l’IRM, en optant pour la projection à 2,5°C, la hausse la plus importante est prévue pour l’été. On pourrait ainsi avoir +3°C en moyenne durant les canicules estivales d’ici 2100. En d’autres termes, c’est comme si l’été 2018, l’un des plus torrides de l’histoire de Belgique, devenait la norme (avec certaines années des températures encore plus élevées).

Avec le scénario à 5°C, paradoxalement, ce n’est pas l’été qui verrait la plus grande hausse de température. Ce sont les autres saisons qui pâtiraient le plus, l’hiver en tête en passant au-dessus de ces 5°C. Autant dire que la neige se ferait rare. Quant à nos journées estivales, elles gagneraient 4°C. Autrement dit, la normale ressemblerait à une année 2018 à laquelle on ajouterait 2°C supplémentaires.

Ça, c’est pour les moyennes. Mais qu’en serait-il des valeurs absolues? Difficile d’établir un chiffre précis. En France, Aurélien Ribes, chercheur au Centre National de Recherches Météorologiques (CNRM), explique au Parisien qu’"il n’est pas à exclure qu’on atteigne les 50°C" dans l’Hexagone selon les pires scénarios. Pour l’instant, le record outre-Quiévrain est de 46°C (établi à Vérargues, dans l’Hérault, le 28 juin 2019). Cela ferait une augmentation de 4°C de plus. En Belgique, selon Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’UCLouvain et ex-vice-président du GIEC, "on est dans les mêmes ordres de grandeur". "50°C, vu que le sud de la France, ce n’est pas la même chose, même si on ne reste pas si loin de ces valeurs-là pour les valeurs extrêmes".

Un scénario du pire écarté?

Jean-Pascal van Ypersele tempère toutefois sur point: a priori, la possibilité que le scénario RCP8.5 se réalise, c’est-à-dire la projection la plus élevée du GIEC, tend à s’éloigner. "Au vu des différents engagements pris lors des COP, il semble que l’on ne soit plus dans cette perspective, en tout cas dans les années qui viennent. On n’est pas énormément en-dessous non plus mais il y a eu quand même quelques progrès, ce qui fait qui éviterait ce scénario du pire dans lequel on était il y a encore 5 ans".

Une note moyennement positive donc, mais il faut aussi voir si les engagements vont être tenus par les États. "Il faut quand même rester prudent", prévient le climatologue qui rappelle que par la suite, les décideurs politiques au pouvoir changeront. Est-ce qu’ils rempliront les engagements pris par leurs prédécesseurs? Ce n’est pas certain. En collaboration avec l’association Les Shifters, franceinfo avait par exemple montré qu’outre-Quiévrain, le programme électoral de Marine Le Pen était "très éloigné voire contraire aux objectifs climatiques de la France" (à cause du démantèlement prévu des éoliennes, du moratoire sur le solaire, etc.), là où Emmanuel Macron était "éloigné" (analyse faite avant l’entre-deux-tours où il a pris des engagements supplémentaires).

Des conséquences multiples

Qu’est-ce que ces hausses de températures auraient comme conséquences en Belgique? Du point de vue des précipitations, en 2085 selon le pire scénario, l’hiver serait beaucoup plus humide selon l’IRM, surtout dans le nord-ouest du pays. En été, une sécheresse accrue serait à redouter dans les Ardennes, pour le plus grand malheur des arbres, mais généralement pas ailleurs.

Une évolution qui n’empêcherait pas des inondations dues à des averses abondantes en un temps restreint, surtout si les sols n’arrivent plus à absorber l’eau du fait de ce climat déréglé. Même avec un scénario modéré, toute la zone côtière serait beaucoup plus exposée aux risques de submersion (que ce soit du fait de la montée du niveau de la mer, des tempêtes, etc.).

Pour ce qui est des vagues de chaleur, il y en aurait au moins une par été à partir de la seconde moitié du XXIe siècle, que ce soit en ville ou à la campagne. "À Bruxelles en particulier, du fait de la bétonisation (accroissement des surfaces dures telles que l’asphalte ou le béton), les vagues de chaleur tripleraient en 2100, leur intensité doublerait et leur durée augmenterait de moitié", ajoute l’IRM. Il faudra aussi s’occuper du refroidissement des centrales électriques et de la gestion des canaux en été, la disponibilité de l’eau étant généralement moindre. Pour l’agriculture, le bilan serait mitigé, le rendement étant amélioré pour les prairies, le blé et l’orge, mais diminué pour des cultures comme le maïs.

La biodiversité belge subirait pour sa part une réduction plus ou moins importante de 25 à 75 % des espèces présentes dans notre pays selon l’IRM. L’éclosion des bourgeons arriverait 5 à 15 jours plus tôt qu’il y a 50 ans, et certains événements automnaux seraient plus tardifs. Des espèces du sud de l’Europe (libellules méridionales, araignées de Méditerranée, certains moustiques, sardines et anchois à la mer) pourraient s’installer chez nous alors que d’autres espèces aujourd’hui présentes en Belgique pourraient migrer vers le nord (à l’instar du cabillaud, de certains oiseaux comme le pinson du nord ou le sizerin flammé). Idem pour les arbres, les hêtres belges étant particulièrement menacés.

Sur le même sujet
Plus d'actualité