Plan énergie: rendez-vous dans dix ans…

La Vivaldi a enfin accouché du grand plan énergétique censé garantir l’approvisionnement en électricité pour la décennie à venir et au-delà. Un horizon lointain, d’ores et déjà semé d’embûches…

nucléaire
Au rythme actuel, il faudrait 83 ans pour parvenir au “100 % renouvelable”. © Adobe Stock

Accélération verte” d’un côté, “Succès libéral” de l’autre. Personne n’a vraiment gagné dans l’accord énergétique crucial trouvé pour notre pays. Le “100 % renouvelable” de 2050 se glisse sur la même marche du podium que la prolongation pour dix ans de deux réacteurs nucléaires et la construction de deux centrales au gaz. Sauf que la prolongation des deux réacteurs nucléaires n’est pas du ressort du gouvernement fédéral mais de celui d’Engie. Qui avait toujours prévenu que la décision de ­prolonger devait se prendre en 2020. D’ailleurs, une interrogation perdure quant à la faisabilité technique de l’opération. Ainsi la transition énergétique dont on parlait déjà au siècle dernier et qui fut l’objet d’une loi en 2003 actant la fin du nucléaire aura débouché sur une solution suspendue aux conditions d’un opérateur privé. Engie, dès la fin de la déclaration du gouvernement de prolonger le nucléaire jusque 2035, a clairement annoncé la couleur par voie de communiqué de presse. L’opération “dépasse par son caractère imprévisible et par son ampleur l’activité normale d’un opérateur privé”. Engie prévient: l’opération “devra permettre un ­alignement structurel des intérêts des parties prenantes”. Voilà qui promet dix années de chaudes et coûteuses négociations. Et oblige notre pays à faire beaucoup mieux. Car se rendre à ce point dépendant d’un fournisseur nucléaire nous condamne à devoir accepter toutes ses conditions. Parce que se rendre dépendant d’une fourniture de gaz pour faire fonctionner les futures centrales, c’est potentiellement nous lier davantage à Poutine et financer ses lubies guerrières. Voire se tourner vers d’autres dictatures finançant le terrorisme anti-occidental avec nos propres dollars…

À l’heure actuelle, 76,4 % de notre électricité est produite par le nucléaire et l’énergie fossile. En 28 ans, il s’agirait ainsi de remplacer ces 76,4 % par de l’énergie renouvelable. Ces cinq dernières années, la part du renouvelable a augmenté de moins de un pour cent par an. Au rythme actuel, il faudrait 83 ans pour parvenir au “100 % renouvelable”. À moins de modérer notre consommation d’électricité. Or la disparition annoncée du moteur thermique et l’électrification des transports suggèrent tout le contraire. On estime que la généralisation de la voiture électrique augmenterait le besoin en électricité de 50 %. Impensable avec les données actuelles du modèle. Cette impossibilité croque paradoxalement un schéma de sortie. Il faut donc précisément s’attaquer aux “données actuelles”. Ne pas échanger, voiture pour voiture, le parc automobile thermique contre un parc électrique. Diminuer ­drastiquement le nombre de véhicules. Les partager. Diminuer les trajets. Augmenter les transports en commun. Et encore, on ne vous parlait que de l’électricité, qui ne représente finalement que 22 % de la ­consommation énergétique belge totale. Revoir de fond en comble notre manière de vivre? Rendez-vous dans dix ans…

300 millions par jour

On estimait en début d’année que la facture payée par l’Union européenne à la Russie ­contre la fourniture du gaz était de 300 millions par jour. Une somme suffisante pour fabriquer au moins 150 “T-72B ”, le char qui équipe l’armée russe. Depuis, les prix ont flambé. Début mars, le think tank “Bruegel” estimait que cette facture s’élevait dorénavant à 689 millions d’euros par jour…

400 grammes pour 1 kWh

La production d’un kWh d’électricité par une centrale au gaz génère 400 grammes de CO2. Les deux centrales à gaz faisant partie du plan énergétique fédéral – qu’il reste à construire – ont une capacité totale de 1,6 GW. Elles peuvent donc produire jusqu’à 1,6 GWh. Par heure, elles peuvent donc émettre jusqu’à 640 tonnes de CO2.

Éoliennes vs nucléaire

La production d’un kWh d’électricité par de l’éolien terrestre génère 14 grammes de CO2. Mais il faut pallier le manque de vent avec des alternatives souvent fossiles. Pour une centrale nucléaire, c’est plus compliqué. Les chiffres vont de 1,4 à… 288 g par KWh. Des chiffres qui dépendent de la vétusté des ­installations (les arrêts de réacteurs néces­sitent aussi des alternatives fossiles), mais aussi de la difficulté croissante de l’extraction d’uranium. Hors nucléaire, le mode de ­production d’énergie le plus “propre” (si on excepte les destructions de l’écosystème) est la génération d’électricité par des centrales hydroélectriques (barrages): six grammes par kWh. Mais sans déchets nucléaires à devoir retraiter ou stocker.

Sur le même sujet
Plus d'actualité