Comment la Belgique a déjà atteint son "jour du dépassement écologique"

La Belgique figure parmi les pays avec la pire empreinte écologique par habitant, ce qui apparaît de façon claire en décortiquant le sujet en détail.

Représentation de la Terre à Bruxelles
Une montgolfière miniature représentant la Terre, à Bruxelles le 10 décembre 2020 @BelgaImage

Si toute l’humanité vivait comme les Belges, ce 26 mars marquerait le jour où la planète n’aurait plus assez de ressources naturelles pour subvenir aux besoins du monde entier. Sur une année complète, il faudrait à ce rythme 4,1 Terres. C’est ce qui ressort d’un calcul établi par l’organisation WWF sur base des données des Nations-Unies. En 2021, le "jour mondial du dépassement de la Terre" était tombé le 29 juillet. Comble de l’histoire: ce 26 mars est aussi le jour de l’Earth Hour, une extinction annuelle des lumières pendant une heure destinée à sensibiliser sur la dégradation de l’environnement. Pour enfoncer définitivement le clou, WWF a fait une liste de ces fameux "jours du dépassement de la Terre" pour chaque pays. Il en ressort que la Belgique détient la septième date la plus précoce dans ce triste calendrier. Un résultat qui s’explique facilement quand on regarde à la composition détaillée de l’empreinte écologique des Belges.

Le décalage entre les besoins des Belges et ce qu’offre leur pays

Premier constat: le WWF a calculé que la biocapacité belge était de 0,8 hectare par personne. En d’autres termes, il s’agit du nombre d’hectares de terres et de mers biologiquement productifs. Problème: pour mener leur train de vie actuel, les Belges ont besoin de 6,5 hectares. C’est 8,5 fois plus que ce que n’offre la biocapacité du pays.

Autre souci: cette dernière consiste essentiellement en terres cultivables (39%) et destinées au pâturage (34%). Or en analysant la composition de l’empreinte écologique belge, il apparaît que ces deux domaines ne représentent qu’une part minoritaire du total (respectivement 18% et 5%). Le gros problème de la Belgique, c’est son empreinte carbone, c’est-à-dire ses émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine (65%). Pour séquestrer tout le CO² produit par les Belges, il faudrait 5,5 fois la surface biologique du pays, dédiée rien qu’à cela. Si on analyse l’empreinte écologique belge par activité de consommation, il apparaît cette fois que 21% du total est issu de l’alimentation. 20% sont liés à la mobilité.

L’empreinte écologique belge à l’étranger

La Belgique consomme donc beaucoup trop par rapport à ce que son propre territoire lui permet de faire. Logiquement, elle dépend donc d’autres pays. Le WWF s’est donc attelé à identifier ces derniers. Résultat: la moitié de son empreinte écologique importée dépend de seulement cinq pays. La Chine arrive en première place, suivie par la France, les USA, l’Allemagne et l’Inde.

Si on ne prend en compte que les terres agricoles utilisées pour nourrir les Belges, le classement change un peu mais nous dépendons toujours de cinq pays pour la moitié de notre empreinte cultures importée. Cette fois, la France arrive au sommet du podium. Suivent l’Allemagne, la Chine, le Brésil et les États-Unis.

La Belgique stagne

Pour savoir si la Belgique s’est améliorée dans le temps, le WWF a également repris sa calculatrice et a repris toutes les données depuis 1990. Mauvaise nouvelle: notre pays ne s’est pas amélioré. Son empreinte écologique a grimpé pour atteindre un summum vers 2008, puis a rebaissé jusqu’environ 2016. Depuis, la Belgique stagne, à un niveau similaire à il y a 30 ans.

Le plus inquiétant dans cette perspective historique, c’est quand on regarde à l’étranger. Le Brésil a perdu les deux tiers de sa biocapacité depuis les années 1960. En République démocratique du Congo, ce sont les quatre cinquièmes de sa biocapacité qui ont disparu. Dans les deux cas, la déforestation est un facteur majeur de ce changement, elle-même en bonne partie motivée par le besoin en terres agricoles.

En quête de solutions

La question maintenant, c’est de savoir comment repousser un maximum le "jour du dépassement" belge. Comme le note le WWF, "la situation de la Belgique est particulièrement délicate, car elle a moins de biocapacité par personne que le reste du monde". Notre pays peut toutefois jouer sur plusieurs variables pour réduire son empreinte écologique.

Sur le plan de l’alimentation, l’organisation suggère de faire en sorte que les plans comme la Politique agricole commune (PAC) se calquent aux objectifs du Pacte vert pour l’Europe. Cela permettrait de réduire les pesticides et donc de restaurer la biodiversité. Les éleveurs peuvent s’assurer des bénéfices viables tout en préservant l’environnement, par exemple en remplaçant le soja brésilien par des fourrages locaux pour nourrir leurs animaux. Sur le plan individuel, le WWF a établi une suggestion de panier durable (qui ne coûte pas plus cher qu’une alimentation moyenne) et redirige vers le projet Eat4Change.

L’ONG pointe d’autre part le fait que "la Belgique est en retard dans l’élaboration de plans d’action ou la mise en œuvre de mesures d’atténuation et d’adaptation" pour lutter contre les gaz à effet de serre. Le WWF demande ainsi la fin des avantages fiscaux pour les combustibles fossiles (dont 11 milliards de subventions par an) et en parallèle d’investir dans l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique. Sur le plan individuel, l’organisation a fait une liste de recommandations pour réduire son empreinte carbone.

Pour sauver les forêts et les écosystèmes naturels en péril, l’idée est d’avoir "une loi forte qui contribuera à empêcher la déforestation et la conversion d’autres écosystèmes naturels tels que les savanes, les tourbières, les mangroves et les prairies dans nos assiettes". Là aussi, le WWF a établi une liste de conseils pour agir à sa propre échelle, sans oublier un outil expliquant où se trouve le soja caché dans nos aliments.

Après les terres, l’ONG attire aussi l’attention sur les océans en plaidant "pour une meilleure politique commune de la pêche au niveau européen" contre la surpêcje et "pour une révision de la loi belge sur l’environnement marin qui impose des limitations strictes à toutes les activités industrielles, afin de renforcer la biodiversité marine". Il faudrait aussi trouver des méthodes de pêche plus durables pour remplacer celles très destructrices qui existent actuellement. Chaque Belge est également invité à suivre quelques recommandations quant à ses achats de produits de la mer.

Enfin, pour la biodiversité, la WWF voudrait que la Belgique s’aligne sur l’objectif européen de protection de 30% des zones naturelles, dont 10% strictement protégées, notamment avec des "espèces parapluie" comme le lynx, la loutre ou le loup. L’organisation prône aussi la restauration de zones humides, de forêts, etc., via une loi au niveau européen et une nouvelle stratégie nationale belge. Au niveau individuel, chacun peut participer en attirant la biodiversité près chez soi (dans son jardin, sur son balcon, etc.).

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