Zones à faibles émissions, risque de ségrégation sociale?

Outre-Quiévrain, le débat fait rage sur la balance bénéfice-risque de la création de zones à faibles émissions.

Zone à faibles émissions à Lyon
Panneau annonçant une zone à faibles émissions, à Lyon le 22 mars 2021 @BelgaImage

Elles devraient protéger mais divisent déjà: les zones à faibles émissions (ZFE) prévues dans les principales agglomérations françaises pour que les populations respirent mieux, sont aussi accusées d’exclure les précaires et ruraux des centres-villes. "Les ZFE, aujourd’hui, c’est ce qui va conduire nombre de nos concitoyens à se révolter", a par exemple récemment lancé le président LR (droite) des Hauts-de-France Xavier Bertrand.

Plus de 40.000 décès dus à la pollution de l’air

La Loi climat rend les ZFE –officiellement appelées ZFEm pour "zones à faibles émission mobilité"– obligatoires à partir du 31 décembre 2024 dans toutes les agglomérations métropolitaines françaises de plus de 150.000 habitants. Il y en aura 43. Seuls les véhicules porteurs d’une vignette Crit’Air 1, 2 ou verte seront alors autorisés à y rouler, des interdictions devant frapper auparavant les véhicules les plus polluants. Il y a en France au moins 40.000 décès prématurés liés à la pollution de l’air selon une étude de Santé publique France qui fait référence, et jusqu’à 100.000 selon une étude de Harvard. Cette pollution en grande partie due au transport routier –avec le diesel comme accusé numéro 1– touche particulièrement les grandes agglomérations.

Reims, par exemple, exclut déjà les véhicules Crit’Air 5 (diesel d’avant 2001). "Les contrôles sont effectifs depuis le 1er janvier 2022", assure-t-on à l’agglomération. Dans l’agglomération parisienne, toute la zone située à l’intérieur de l’autoroute A86 est déjà interdite aux Crit’Air 4 et 5 (diesel d’avant 2006) et aux véhicules sans vignette. L’interdiction des Crit’Air 3 (diesel d’avant 2011 et essence d’avant 2006) vient d’être repoussée d’au moins six mois, à janvier 2023 au plus tôt. En 2024 si la date ne change pas, plus aucun véhicule diesel ne pourra circuler dans la ZFE de la métropole du Grand Paris, puis en 2030 ce sera au tour des voitures essence.

"Embêter les gens"

"Quand tout le monde aura compris ce que ça veut dire, on va recréer les conditions d’une crise des ‘gilets jaunes’", a grondé Xavier Bertrand. Car en réservant fin 2024 l’accès aux ZFE des principales agglomérations aux Crit’Air 1, 2 et vignettes vertes, on l’interdit à près de 40% des voitures et véhicules légers (en prenant en compte la composition actuelle du parc). "Souvent passé sous silence et encore ignoré de la plupart des Français, l’impact de la mise en place des ZFE sera brutal pour une grande partie de la population", a résumé la Fédération de la distribution automobile (FEDA). "Leur extension trop rapide (…) constituera un facteur d’aggravation des fractures sociales et territoriales", a-t-elle ajouté. La Fédération française des motards en colère va jusqu’à fustiger un "‘Pass Mobilité’ privant de liberté de circuler les citoyens les plus démunis qui n’ont pas les moyens d’acheter des véhicules neufs ou électriques", le comparant au pass vaccinal.

"Si on les déploie, ce n’est pas pour embêter les gens", a plaidé le député LREM Jean-Marc Zulesi, alors que l’Association des maires de France juge le calendrier "intenable". "Quand on fait de la régulation environnementale, il faut que les gens en face aient les moyens de changer de véhicule", a expliqué le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari. "La logique est de se dire (…): si ne circulent à un moment que des véhicules propres dans les ZFE, il faut que les gens connaissent l’offre, que l’offre existe et qu’ils soient en capacité de l’approcher". D’où des aides "très importantes", pouvant aller "jusqu’à 17.000 à 18.000 euros à l’échelle de la métropole du Grand Paris, pour des véhicules qui commencent à 26.000 euros", a-t-il ajouté. Un prêt à taux zéro doit en outre être expérimenté pendant deux ans, à partir de 2023, pour aider les ménages les plus modestes qui vivent dans des ZFE à changer de véhicule, en complément des aides déjà prévues.

Les ZFE inquiètent aussi les professionnels. Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique, a estimé mardi qu’il ne fallait pas "aller plus vite que la musique", agitant le spectre d’un "état d’exception" en cas de blocages pour cause de réglementation inadaptée. "Nous pensons qu’il serait judicieux de ne pas interdire des véhicules pour lesquels il n’y a pas de substitution", a-t-elle indiqué, aucun poids lourd vraiment vert n’étant actuellement disponible. Le problème est le même pour les autocars de tourisme.

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