Nucléaire: partir quand même?

La ministre fédérale de l’Énergie a présenté vendredi dernier un rapport positif quant à la possibilité de sortir entièrement, et comme prévu, de l’atome en 2025. Sauf que le dossier continue de s’enliser.

centrale nucléaire
La question est en suspens depuis vingt ans: faudra-t-il prolonger deux réacteurs belges après 2025? © BelgaImage

Vendredi dernier, le programme du gouvernement fédéral était pour le moins chargé. Après un énième Comité de concertation réuni en urgence le matin pour décider de nouvelles mesures sanitaires, les ministres se retrouvaient en Conseil restreint l’après-midi pour parler nucléaire. Presque 19 ans après la loi du 16 janvier 2003 actant la fermeture des centrales nucléaires entre 2015 et 2025, le débat sent le réchauffé. La date butoir approche à grands pas et une question reste toujours en suspens. Peut-on se passer totalement de l’énergie nucléaire d’ici quatre ans, ou faut-il prolonger deux des sept réacteurs belges? Le rapport d’évaluation du SPF Économie sous le bras, la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) affichait d’emblée vendredi sa préférence aux autres membres du Kern: sortie complète, point. Au sein de la Vivaldi, tout le monde n’est pas de cet avis.

Avant de parler politique, parlons faisabilité. Le rapport du SPF rassure sur deux grands points. La sécurité d’approvisionnement en électricité d’abord: une fois les sept réacteurs à l’arrêt, les Belges pourront compter sur l’énergie produite par deux nouvelles centrales au gaz actuellement en projet. En ajoutant dans le bouquet du renouvelable et des technologies permettant la gestion de la demande, les longues soirées hivernales devraient se dérouler sans encombre, même après 2025. Encore faut-il que le gaz puisse arriver jusqu’en Belgique pour alimenter les centrales, crainte une nouvelle fois balayée par le rapport. Des “mécanismes de coopération” permettront de faire face en cas de perte d’une des routes d’approvisionnement, précise le document. Restent les conséquences sur la facture: selon l’UGent, la sortie du nucléaire n’impacterait que très peu le portefeuille des citoyens. D’après les prévisions, l’électricité reviendra 5 à 15 euros plus cher par an au ménage moyen, soit un effet “limité”.

Les voyants semblent au vert? Les Bleus mettent le holà. Georges-Louis Bouchez en tête défend l’atome et s’oppose à ­prendre une décision sur la seule base du rapport fourni par l’administration. “Ce serait une faute”, clame-t-il. Le président du MR conteste l’idée de construire des centrales à gaz émettrices de CO2 pour assurer la transition énergétique et écologique, quand le nucléaire en rejette très peu. Du côté d’Écolo, l’argument irrite. Il y a deux ans, le mouvement réformateur mettait dans son programme la construction de neuf centrales au gaz. Aujourd’hui surtout, le recours temporaire et limité au gaz s’inscrit dans une phase transitoire nécessaire pour aller vers du 100 % renouvelable, tout en stoppant la production de déchets radioactifs, soutiennent les Verts. Rien n’est décidé, donc, et les discussions s’annoncent agitées. Dans tous les cas, aucune solution ne sera idéale. La meilleure électricité, (re)disons-le, c’est encore celle qu’on ne consomme pas.

Tinne Van der Straeten ministre fédérale de l'Energie

Tinne Van der Straeten © BelgaImage

Prolongation compromise

Le scénario d’une prolongation de deux réacteurs nucléaires au-delà de 2025, prônée par le MR, souffre aussi d’une épine dans le pied: le fournisseur d’énergie français Engie, en charge des centrales belges, a déjà annoncé que ces dernières fermeront boutique dans quatre ans, comme le prévoit la loi. Augmenter la durée de vie des installations exis­tantes demande du temps et de l’argent, que l’incertitude du gouvernement fédérale quant à l’avenir du nucléaire ne donne plus envie au groupe d’investir.

Permis bloqué

Première entorse dans le plan de sortie du nucléaire tel qu’imaginé par Tinne Van der Straeten: le projet de construction d’une des deux centrales au gaz, déposé par Engie à ­Vilvorde, a été refusé par la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) mi-novembre. En cause, des émissions d’ammoniac et d’oxydes d’azote trop importantes au regard des seuils régionaux réglementaires. Si ce refus se confirme dans le temps, il faudra donc trouver une autre solution pour produire les 870 MW espérés à Vilvorde, sous peine de connaître des soucis d’approvisionnement en électricité. Sont envisagées la soumission d’un nouveau projet ou l’augmentation de la capacité d’une centrale au gaz existante.

Nucléaire du futur

Au cœur du débat sur la sortie du nucléaire vient se greffer… l’idée de construire de nouvelles centrales nucléaires. Des petits réacteurs modulaires (SMR), plus précisément, présentés comme la technologie du futur pour le secteur. Moins grands que les réacteurs traditionnels, moins chers et plus sûrs, les SMR séduisent une partie de la classe politique. Même Jean-Marc Nollet, coprésident d’Écolo, se dit ouvert à examiner cette alternative pour assurer la transition. Seul problème de ces mini-réacteurs, et de taille: les déchets radioactifs n’ont pas disparu de l’équation. D’autres technologies futures sont également envisagées, comme la géothermie profonde ou l’utilisation de la force des marées.

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