Mobilité: de meilleurs transports publics plutôt que des voitures électriques partout

Remplacer notre parc automobile par de l’électrique n’est pas la solution miracle vers moins d’émissions de CO2. Il faut aussi améliorer les transports en commun et revoir nos habitudes.

Il faut moins utiliser la voiture
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L’ensemble de la planète doit impérativement réduire ses émissions de gaz à effet de serre au plus vite pour éviter de perturber le climat plus qu’il ne l’est déjà. Plus aucun doute n’est permis à ce sujet.

Plusieurs coupables sont pointés du doigt, certains depuis très longtemps et doivent absolument évoluer ou se transformer dans les prochaines années. Parmi ceux-ci, la voiture, qui, selon de nombreuses institutions et nations, doit devenir électrique.

D’ici une quinzaine d’années, il sera interdit de vendre des véhicules à moteur thermique dans l’Union européenne. En Flandre, cela pourrait même être pour 2027. Dernièrement, le Royaume-Uni va obliger toute nouvelle construction, qu’il s’agisse d’une maison, d’appartements, de bureaux ou un bâtiment public, de se doter d’une borne de recharge. Nos sociétés se dirigent donc tout doucement vers cet idéal du tout à l’électrique.

Mais comme l’explique Vera O’Riordan, chercheuse à l’Institut des Énergies renouvelables de l’Université de Cork, en Irlande, abandonner les moteurs essence ne sera pas une solution miracle. D’autres changements parallèles sont nécessaires.

Arrêter la voiture

Selon une étude américaine récente, remplacer le parc automobile d’un pays par de l’électrique d’ici 2050 serait non seulement très ardu, mais nécessiterait une quantité d’électricité extraordinaire (aux USA, cela représenterait 50% de la consommation actuelle) et produire tous ces véhicules demanderait énormément de matériaux rares et difficiles à obtenir aujourd’hui.

L’idéal serait donc également d’utiliser moins la voiture. On note déjà de nos jours dans les pays occidentaux une croissance de l’urbanisation et un manque d’espace, rendant les prix des logements toujours plus élevés. Une des raisons de ce manque de place : les routes, les parkings… Moins de voitures, c’est aussi plus d’espace pour d’autres choses : des habitations, des parcs, etc.

Puisque nous devons nous passer des voitures à moteur thermique, pourquoi ne pas en profiter pour nous diriger vers d’autres solutions, d’autres moyens de transport, plutôt que simplement les remplacer ?

C’est en tout cas ce que préconise le groupe d’experts intergouvernemental sur le changement climatique de l’ONU.

Pour ces spécialistes de la question, il faut donc repenser la mobilité dans nos pays et nos villes pour éviter d’avoir besoin sans arrêt de nos autos. Ce groupe d’experts recommande une stratégie en trois points nommée « Avoid, Shift, Improve », ou « Éviter, Transformer, Améliorer ».

Avoid – éviter

Tout d’abord, éviter les transports tout court. L’idée est de repenser la ville, les zones urbaines afin de les réorganiser, de les rendre plus efficientes en matière de mobilité. Le but : que le plus de personnes possible n’aient pas besoin de quelconque moyen de transport pour aller faire des courses, se rendre au travail, au cinéma, au sport, etc.

Cela peut être difficile à imaginer dans certaines métropoles où la voiture est reine depuis longtemps, déjà quadrillées de routes, mais pour d’autres, en pleine expansion, cela vaut peine d’y songer.

Éviter les transports, c’est aussi télétravailler un maximum et pour cela, offrir une connexion internet décente dans les zones rurales et les entités décentrées. Une façon de laisser les routes à ceux qui ont vraiment besoin de les emprunter.

Shift – transformer

Ensuite, transformer les habitudes. Beaucoup de nos déplacements en voiture pourraient être réalisés avec des modes de transport plus doux. De plus en plus de pays encouragent à l’utilisation du vélo électrique, véhicule qui a réussi à convaincre beaucoup d’usagers réfractaires à la traditionnelle bicyclette.

D’autres voyages, plus longs ou moins pratiques, peuvent être remplacés par des trajets en transports publics. Pour cela, il faut des offres solides et intelligentes qui répondent aux besoins de tous. Il est donc nécessaire d’améliorer ceux qui existent aujourd’hui, en s’inspirant notamment de modèles de réussite.

Dans son article, Vera O’Riordan cite Bogota, en Colombie, où on retrouve le réseau de bus TransMilenio, un des plus importants au monde. Ses très nombreux arrêts, ses voies rapides dédiées et ses prix abordables en font une solution particulièrement accessible et exemplaire. Entre 1 et 2 millions de personnes l’utilisent quotidiennement.

Malheureusement, il est souvent nécessaire de forcer un peu la main aux citoyens pour qu’ils se dirigent plus facilement vers la marche, le vélo, le bus ou le métro. De plus en plus de villes rendent leurs centres-villes piétonniers par exemple ou interdisent complètement les voitures. Une bonne chose, puisqu’il a été montré que sans cela, promouvoir des modes de transport alternatifs ne change pas grand-chose.

Improve – améliorer

C’est seulement maintenant qu’on vient aux voitures électriques. Selon ce plan préconisé par les experts de l’ONU, passer à des véhicules plus écologiques, plus durables n’est donc pas la solution en soi, mais un des trois axes qui nous permettra d’atteindre nos objectifs climatiques. Et pas seulement les autos, mais également, les bus, les camions, les trains, etc.

La mobilité, la façon dont nous nous déplaçons peut jouer un immense rôle dans la réduction des gaz à effet de serre et la limitation du réchauffement climatique. Mais uniquement si les trajets en voiture ne restent pas notre mode de transport par défaut, mais bien notre dernier choix quand les autres solutions ne conviennent pas.

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