COP26 : un bilan faible, mais pas nul

Le 26e sommet mondial sur le climat s'est refermé samedi sur « Le Pacte de Glasgow ». Encore un autre « green washing » ou réel plan pour le futur ?

COP26
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La COP26 a-t-elle réglé les problèmes liés au climat ? Certes, non. On en est même loin, très loin. La COP26 n’a-t-elle pour autant rien apporté à la lutte contre le changement climatique ? Ce serait exagéré. En fait, il y a même eu des avancées, certes minimes et peu concrètes, mais tout de même, ce n’est pas rien. Surtout, alors que des doutes pouvaient subsister, tout le monde semble désormais avoir pris conscience de la gravité de la situation. On fait le point.

Les accords de Paris sont toujours vivants

C’était un enjeu de cette COP26 : où en est-on par rapport aux objectifs de la COP21 et comment aller plus loin ? Il semblerait que tout le monde ait pris conscience que les accords de Paris ne sont qu’une base qu’il faut sans cesse améliorer. Un nouveau slogan est ainsi né lors de cette COP26 : « Keep 1,5°C alive ». En référence aux objectifs de 2015 de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C.

Certes, dans les faits, on en est loin ! Avec la trajectoire actuelle, on va vers un réchauffement de 2,4°C à la fin du siècle. Selon le Giec, il faut diminuer les émissions des gaz à effet de serre (GES) de 45% pour atteindre les objectifs de Paris. On est parti pour les augmenter de 13,7% en 2030 par rapport à 2010. Il y a du boulot. Reste que le chiffre de 1,5°C est désormais la référence pour tout le monde (alors qu’il y a cinq ans, devant les réticences, on parlait de 2°C et « si possible » 1,5°C).

Du blabla ? Pas faux. On attend désormais les choses concrètes. Pour cela, rendez-vous l’an prochain, à la COP27 de Sharm-el-Sheik en Egypte. Pourquoi faire aujourd’hui ce qu’on peut repousser à demain ?

A noter aussi que la COP26 a mis en avant la nécessité de diminuer toutes les émissions de GES. Pas seulement le CO2, donc, mais aussi le méthane, souvent oublié. Et les émissions de méthane concernent surtout l’agriculture intensive et notre consommation de viande. Qui émet le plus de méthane ? Les bovins… Quand ils pètent.

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Le multilatéralisme est renforcé

Les accords de Paris n’étaient pas contraignants. Mais il stipulait que tous les cinq ans, on passerait les troupes en revue en examinant leur plan de réduction des GES. Dont acte à Glasgow et la conclusion s’est imposée : trop peu a été fait. De nombreux pays n’ont toujours pas de plan climat. Parmi eux, tiens, la Belgique… Pour ces cancres, rendez-vous l’an prochain à la COP27 pour une remise de leur copie. Sinon… C’est la question.

Pour avoir un semblant de sentiment d’obligation d’agir, la COP26 a fait appel à l’ONU qui va établir un « programme de travail » au niveau mondial et mettre la pression sur les pays réticents à agir. Car c’est peut-être ce qu’il y a à retenir de ce sommet de Glasgow : la prise de conscience qu’il faut agir tous ensemble. On est tous dans la même mouise. Qu’on se le dise. Le multilatéralisme climatique sort renforcé de la COP26.

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Sortie du charbon et abandon des investissements dans les énergies fossiles

Quid des choses concrètes ? Cette décision d’une quarantaine de pays de sortir de l’ère du charbon pour la production électrique. Problème, cet accord n’inclut ni la Chine, ni les Etats-Unis, ni l’Inde. Pour inclure tout le monde, il a donc fallu faire des concessions. C’est ainsi qu’en fin de course, dans les arrêts de jeu, l’Inde a réussi à faire changer la phrase « sortie progressive » par « réduction progressive ».

Tout ça pour ça ? Certes, c’est ridicule. Mais l’ère du charbon semble néanmoins courir à sa fin. Car dans le même temps, de nombreux pays ont accepté d’arrêter de financer les énergies fossiles « à l’international ». Là aussi, on joue sur les mots. Mais dans le fond, qu’est-ce que tout cela signifie ? Que pour le secteur privé, financer le charbon, le gaz ou le pétrole n’est plus un bon plan d’investissement. Sans l’argent du secteur de la finance, les énergies fossiles, et le charbon en premier lieu, courent vers leur fin. La réduction des GES se fera aussi (surtout?) avec l’aide des financiers !

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Financement du climat Nord-Sud

L’argent est le nerf de la guerre climatique. Les pays riches s’étaient engagés à aider financièrement les pays en développement pour leur transition verte. Il s’agit d’une dette historique (les pays industrialisés étant historiquement les plus responsables du dérèglement climatique) et prise en compte réaliste (les pays en développement n’ont pas les fonds pour changer de modèle). Or, les pays du sud sont venus rappeler à Glasgow que les pays du nord n’avaient pas tenu leur promesse de financement de 100 milliards de dollars par an. Rendez-vous a été pris en 2025 pour refaire les comptes.

Une autre question a été soulevée. Parmi ces fonds, rien n’est prévu pour l’adaptation aux catastrophes naturelles, les mesures de protection de la population face au dérèglement climatique : construction de digues, amélioration des services sanitaires, construction d’infrastructures… La demande a été faite et les pays riches ont promis de doubler leur aide à l’adaptation en 2025 par rapport à 2019. Le risque de clash nord-sud était réel, mais le dialogue est maintenu.

Manifestation en marge de la COP26

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Conclusion

Est-ce que tout cela nous sortira du marasme ? Certes non. Les militants climatiques ont-ils raison de hurler au blabla du « green washing » ? Sans aucun doute, les mesures pour réduire les émissions de GES restent par trop faibles et tardent à se concrétiser. Y a-t-il pour autant des raisons d’espérer ? Oui, car on a évité le pire (l’abandon de tout dialogue) et les objectifs de Paris sont renforcés. Surtout, plus personne ne peut désormais faire semblant de regarder ailleurs tandis que notre maison brûle. Toute une génération (et plus) leur dit avec insistance: « Nous vous regardons ».

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