COP 26: ce qui cloche avec l’accord sur la sortie du charbon

La COP 26 a acté l’abandon de l’utilisation du minerai combustible pour produire de l’électricité. Un engagement qui paraît, après analyse, quelque peu fumeux…

manifestation contre la cop26
À Glasgow ou ailleurs, des dizaines de milliers de manifestants dénoncent l’inaction des participants à la COP 26. @ BelgaImage

« Grande nouvelle!” s’est fendu sur Twitter le directeur exécutif de l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie. Cette organisation internationale destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays de l’OCDE avait ainsi salué l’arrêt de l’utilisation du charbon et des investissements dans l’énergie fossile. “Un moment histo­rique: la première fois que des gouvernements proposent des objectifs suffisamment ambitieux pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 2°C.” Voilà qui formellement avait coché la première case des engagements de la COP 26. La présidence britannique s’était en effet fixé quatre priorités pour cet événement environnemental majeur: le charbon, les voitures, la finance et les arbres. Première victoire. Vingt-trois nouveaux États, dont le Canada et la Pologne, s’étaient ainsi engagés à sortir du charbon, dans les années 2030 pour les pays développés et dans les années 2040 pour les autres. Vingt pays, dont le Canada et les États-Unis, et cinq banques publiques s’étaient, en sus, engagés à ­mettre un terme à leurs financements d’investissement dans la production de combustibles fossiles – charbon, gaz et pétrole – à l’international à partir de 2023.

Sauf qu’en creusant un peu, on se rend vite compte que la mine de bonnes nouvelles est moins prometteuse qu’il n’y paraît. Avant tout, parce que même si le charbon est considéré comme le principal contributeur au changement clima­tique, parmi les 23 pays qui se sont engagés à ne plus l’utiliser, ne figurent ni les États-Unis, ni l’Inde, ni la Chine. Or, ces trois pays représentent ensemble 72 % de la consommation mondiale. Qui plus est, 10 de ces 23 pays n’utiliseraient déjà plus de charbon… Ensuite, parce que la promesse d’arrêt des investissements dans la filière fossile de 20 pays ne vaut que pour l’international, pas pour l’exploitation intérieure. Enfin, parce que les engagements d’arrêt ne concernent que 2030 ou 2040, alors que la dernière évaluation des Nations unies montre que la planète est en passe d’augmenter à court terme ses émissions de 14 % d’ici à 2030 par rapport à 2010.

Or, pour maintenir la température à 1,5°C, il faudrait les réduire de 45 %. La mine de bonnes nouvelles débouche sur… un puits sans fond. Ce vide toujours croissant entre les promesses et les actes a provoqué l’ire de certains militants. À la tête d’une manifestation de plusieurs milliers de jeunes, Greta ­Thunberg a, notamment, comparé la COP 26 à une “célébration du business as usual et du blabla”. Après une semaine frénétique d’annonces, d’engagements, de prises de parole, il s’agira, durant cette deuxième semaine de COP, de concrétiser, en actes à court terme, les paroles. À moins de voir s’éloigner définitivement l’actuel enjeu principal, à savoir “maintenir en vie” l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C…

Méthane

Plus de 80 pays, dont l’UE et les États-Unis, se sont également engagés à réduire de 30 %, avant 2030, leurs émissions de méthane, deuxième gaz le plus important à effet de serre, après le CO2. Environ 40 % du méthane est d’origine naturelle, il est par exemple dû au processus de fermentation des marais. Le complément est d’origine humaine (élevage, agriculture, décomposition des décharges…).

Tendances actuelles

Selon le dernier bilan – paru le 26 ­octobre 2021 – du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), il faudrait que les efforts actuels des pays soient, dans les huit prochaines années, multipliés par ­quatre pour garder l’objectif de 2°C accessible, et par sept pour avoir l’espoir de réaliser celui de 1,5°C.

Repères

Le consensus scientifique en matière de réchauffement ­climatique est celui-ci: il est extrêmement probable, à plus de 95 %, que les activités humaines en soient la cause principale. Les pays qui émettent le plus de CO2, le gaz responsable de près de 65 % de l’effet de serre d’origine anthropique, sont la Chine (29,2 %), les États-Unis (14 %) et l’Inde (9 %). Les émissions de la Belgique représentent, elles, 0,26 % du volume total de celles de la planète. Alors que sa population représente 0,014 %.

L’anecdote

“COP” signifie “Conference of the parties”, soit “Conférence des États signataires”. La COP 1 a eu lieu à Berlin en 1995. La prochaine devrait se tenir en Égypte en novembre 2022.

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