Le nucléaire est-il une énergie verte?

Peut-on réduire ses émissions de gaz à effet de serre et atteindre les objectifs de l'accord de Paris tout en se passant du nucléaire ? C'est la question qui se pose aujourd'hui en Belgique et en Europe.

La centrale nucléaire de Doel
@ BelgaImage

C’est une bataille France-Allemagne qui s’apprête à avoir lieu dans les couloirs du Berlaymont. La Commission européenne doit en effet décider d’une taxonomie énergétique. A savoir, établir un classement des énergies selon leurs émissions de CO2 et leurs conséquences sur l’environnement. Bref, décider de ce qui est vert et de ce qui ne l’est pas. C’est une bataille importante car, dans le cadre du Green Deal européen, les énergies vertes pourront bénéficier de financements. Les autres, pas.

Pour ou contre, France vs. Allemagne

La question qui se pose aujourd’hui est donc la suivante : le nucléaire est-il une énergie verte ? C’est la position de Paris. Le président Macron a en effet décidé de construire de nouvelles centrales de « 4e génération » pour, justement, atteindre la réduction d’émissions de gaz à effets de serre au niveau de l’accord de Paris – et, dans un même mouvement, garder son autonomie énergétique. La France est dépendante du nucléaire (70% de sa production d’électricité pour 11% de renouvelables), énergie qu’elle a elle-même développé il y a une centaine d’années via le génie de Marie Curie.

L’Allemagne a quant à elle décidé de s’en passer après la catastrophe de Fukushima. Avec les Groenen désormais au gouvernement, elle se pose comme une force anti-nucléaire, même si la décision de quitter l’atome a signifié qu’elle s’est tournée vers le charbon pendant une dizaine d’années pour compenser ses pertes de production d’électricité. Aujourd’hui, près de 45% de sa production d’électricité est renouvelable, 11% vient du nucléaire, 7% du charbon, 16% du gaz et 16% du lignite. Une production d’électricité plus équilibrée que ses voisins européens.

En Belgique, non, peut-être… Oui, sans doute

En Belgique, comme toujours, on est le cul entre les deux puissances. L’accord du gouvernement établit une sortie du nucléaire (qui compte pour 46% de notre production d’électricité pour 9% de renouvelables). Pour Ecolo, c’est une condition sine qua non, l’opposition à l’atome faisant partie de l’ADN du parti, son premier combat dès les années 70-80. Mais certains partenaires du gouvernement (le MR, notamment) s’opposent désormais à une sortie totale du nucléaire. Car la question se pose: une transition verte est-elle possible en se passant totalement du nucléaire?

Dans le combat qui se joue à l’Europe, la France a derrière elle une ribambelle de pays dépendants des énergies fossiles et qui se sentent incapables de faire la transition verte sans passer par le gaz ou le nucléaire : Pologne, Hongrie, Croatie, Slovénie, Bulgarie auxquelles pourraient s’ajouter les Pays-Bas, l’Irlande, l’Estonie et la Grèce. Derrière l’Allemagne et sa position anti-nucléaire : l’Autriche et le Luxembourg qui menacent déjà de saisir la Cour de justice.

Pour la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, on cherche un équilibre : « Il faut davantage d’énergies renouvelables propres comme l’éolien et le solaire. Mais à côté, nous avons besoin d’une source d’énergie stable : le nucléaire et, pendant une période de transition, bien entendu, le gaz ».

Où stocker les déchets nucléaires ?

Pour autant, le nucléaire est-elle une énergie propre ? Oui, dans ce sens où il s’agit d’une énergie « décarbonnée » qui émet très peu de CO2. Mais de là à dire qu’elle est propre… Le problème du nucléaire, ce sont ses déchets qui sont pour partie hautement radioactifs… Pendant des centaines voire des milliers d’années. On parle, rien que pour la France, d’environ 23.000 m3 de déchets chaque année, sans compter 1200 tonnes de combustibles usés qui sont refroidis dans des « piscines » à côté des réacteurs.

Où stocker ces déchets ? C’est une question qui n’a toujours pas trouvé de réponse convaincante. Après la Deuxième guerre mondiale, la solution était les océans. Des milliers de m3 de déchets nucléaires y gisent toujours, mais devant l’état aggravant des eaux, l’immersion a été interdite en 1993. Autre solution, le stockage en surface dans des cubes de béton et d’acier… Qui arrivent à saturation.

Quoi d’autre ? L’entreposage pour une durée limitée pour les déchets à durée de vie très courte (moins de 30 ans). Ce qui n’est pas une solution à long terme. Enfin, des projets d’enfouissement dans le sol ont lieu, comme il en existe déjà en Finlande pour une durée de… 100.000 ans. Mais ces projets n’ont (logiquement) pas l’aval de la population locale. Qui peut dire que les sols vont rester stables pendant si longtemps ?

Nucléaire vs. Energies fossiles, la peste ou le choléra

Bref, si le nucléaire ne rejette que peu de gaz à effets de serre dans l’air, pour les défenseurs de l’environnement, il n’est absolument pas une solution « propre » ! Pour Greenpeace, positionner le nucléaire pour contrer les émissions carbone, cela revient à remplacer le peste par le choléra. D’autant que les accidents nucléaires, de type Fukushima ou Tchernobyl, sont là pour nous rappeler que l’atome n’est pas sans risque, loin s’en faut.

Mais la transition énergétique doit aller vite. Le plus urgent, à l’heure actuelle, est de sortir des énergies fossiles. Dans ces conditions, peut-on se passer du nucléaire en misant tout sur le solaire et l’éolien ? C’est la question qui se pose à l’heure actuelle, non seulement en Europe, mais aussi en Chine, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Chacun y va de sa taxonomie des énergies. Et il est fort probable que l’atome ait encore de beaux jours devant lui.

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