Polémique après le refus par la Flandre de la centrale au gaz de Vilvorde

Que ce soit du côté des écologistes ou d'Engie, la décision est «surprenante» et provoque l'incompréhension.

Polémique après le refus par la Flandre de la centrale au gaz de Vilvorde
La ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir à Bruxelles le 27 octobre 2021 @BelgaImage

La ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) a décidé de ne pas accorder de permis pour une future centrale électrique au gaz à Vilvorde (Brabant flamand), a-t-elle communiqué mardi soir. Pour la présidente de Groen, Meyrem Almaci, ce refus est «dogmatique». «C’est un nouveau, triste point culminant dans la politique de sabotage menée par la N-VA. Mme Demir joue avec la sécurité énergétique de tous les Belges», a réagi la cheffe des écologistes flamands.

Des règles en matière d’azote au cœur du conflit

La première enchère dans le cadre du Mécanisme de rémunération de capacité (CRM), censé garantir la sécurité d’approvisionnement électrique dans le cadre de la sortie du nucléaire, avait retenu ce projet de 796,25 MW ainsi que celui des Awirs, en province de Liège (805,35 MW). Ces deux nouvelles unités doivent représenter 36% des capacités prévues par le gestionnaire du réseau Elia pour assurer la transition entre le nucléaire et le renouvelable, 56% étant assurées par des installations existantes, 1% par des batteries et 7% par la gestion de la demande.

À Vilvorde, le producteur Engie-Electrabel souhaitait remplacer une ancienne installation qui fournit actuellement moins de la moitié de la nouvelle capacité qui était projetée. Mais le permis environnemental nécessaire a fait l’objet d’un rejet. La procédure de recours se termine elle aussi par un avis négatif. L’émission de 107.000 kg d’ammoniac constitue un problème, estime le gouvernement flamand.

«Ma tâche en tant que ministre de l’Environnement est de décider d’accorder ou non un permis en fonction des détails techniques des dossiers», justifie Mme Demir. «Malheureusement, j’ai dû conclure que les règles en matière d’azote ne sont pas respectées. Si je devais approuver le dossier, je mettrais en danger la sécurité juridique de nombreuses entreprises et agriculteurs. On ne peut donc pas exiger cela d’une ministre».

La ministre donne par contre un avis positif pour l’extension d’une centrale électrique au gaz à Wondelgem (Gand), exploitée par Luminus. Cette autorisation est accordée à condition que l’installation soit neutre en énergie d’ici 2040. Cette centrale électrique générerait 390 MW. Le projet de Wondelgem n’avait pas été retenu dans le cadre des enchères CRM lancées par le fédéral.

Dans les deux cas, Zuhal Demir a confirmé en appel les décisions antérieures des députations provinciales compétentes. Précédemment, les permis des projets de centrales à Tessenderlo et Dilsen-Stokkem, dans le Limbourg, avaient aussi été rejetés.

En Wallonie, le projet d’Engie aux Awirs a été retenu dans le cadre des enchères CRM. Deux autres projets étaient en lice, à Seraing et Manage, avaient obtenu leur permis. L’éventuelle prolongation de deux réacteurs nucléaires (Doel 4 et Tihange 3), qui fait l’objet d’un âpre débat politique entre les écologistes et le MR, devra être tranchée par le gouvernement fédéral d’ici la fin du mois sur la base du rapport que fournira la ministre de l’Énergie Tinne Van der Sraeten (Groen).

Des «petits jeux politiques» selon Groen, une «grosse surprise» pour Engie

Suite à la décision flamande sur la centrale de Vilvorde, les écologistes n’ont pas manqué de montrer leur frustation. Pour Mme Almaci, le refus de permis décidé par la nationaliste flamande relève de «petits jeux politiques». «Au niveau européen aussi, (la N-VA) tente de faire barrage aux ambitions» en matière environnementale, pointe la présidente de Groen. Alors que la stratégie européenne «Fit for 55» prévoit pour l’ensemble de la Belgique un effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 47% pour 2030, le plan climat de la Flandre, dévoilé jeudi, vise une diminution de ses émissions limitée à 40%. La N-VA et Mme Demir «jouent sur le dos de la sécurité énergétique de tous les Belges et du climat. Nous faisons de la politique pour trouver des solutions, pas pour faire barrage», a conclu la présidente de Groen.

Pour la ministre fédérale de l’Énergie Tinne Van der Sraeten (Groen), la décision de Zuhal Demir est «surprenante car tous les indicateurs étaient au vert». «La centrale flexible de Vilvorde avait reçu à deux reprises des avis favorables de sa propre administration flamande. Cela crée une incertitude juridique pour tous les projets industriels en Flandre», soutient la ministre écologiste. Selon la ministre fédérale de l’Énergie, des solutions existent au sein du Mécanisme de rémunération de capacité (CRM) en cas de problème avec les permis. «Le règlement du CRM prévoit également des solutions en cas de problème lié à la délivrance des permis. Nous examinerons cette question plus en détail dans les prochains jours», annonce-t-elle. «Après 20 ans de stagnation et de blocage, nous devons enfin aller de l’avant dans ce pays. Pour ce faire, la coopération est nécessaire».

Enfin, du côté d’Engie Electrabel, le refus sur cette centrale représente une «grosse surprise». «Nous venons d’apprendre, par la presse, que la ministre Demir rejetait la demande de permis. C’est pour nous une grosse surprise, étant donné que l’avis de la commission» régionale de permis environnementaux, émis le mois passé, «était favorable», a commenté Hellen Smeets, porte-parole du fournisseur d’énergie. Engie Electrabel dit vouloir d’abord se pencher sur ce refus de Mme Demir avant d’envisager un éventuel recours.

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