Le refus de la centrale de Vilvorde compromet-il la sortie du nucléaire?

Le rejet flamand pose la question des projets alternatifs pour permettre la transition énergétique de la Belgique. L'occasion pour les défenseurs du nucléaire de se faire entendre.

Centrale de Doel
La centrale nucléaire de Doel le 6 mars 2020 @BelgaImage

Coup de tonnerre dans la politique belge: ce mardi soir, la ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir (N-VA), a refusé la construction d’une nouvelle centrale au gaz à Vilvorde. Auparavant, elle avait déjà refusé des projets similaires à Tessenderlo et Dilsen-Stokkem. En pleine COP26, l’annonce fait tache, surtout qu’elle pose une question essentielle, celle des conséquences de cette décision. Le projet, porté par Engie, devait aider la Belgique à préparer sa sortie programmée du nucléaire en 2025. Il va donc falloir trouver une autre solution, et celle-ci s’annonce déjà très controversée.

Trop d’ammoniac et d’oxydes d’azote

La centrale de Vilvorde faisait partie des possibilités envisagées pour le CRM (mécanisme de rémunération de capacité), afin de remédier à la fin du nucléaire à Doel et Tihange. Ce plan accordait une importance notable à Engie, chargée du site de Vilvorde mais aussi des Awirs, les deux fonctionnant au gaz avec une production comparable. La moitié de cette énergie devait donc être flamande et l’autre wallonne.

Depuis hier, le site de Vilvorde est relégué par la Flandre aux oubliettes (sauf si Engie fait appel), sous prétexte que les émissions d’ammoniac et d’oxydes d’azote de la centrale auraient excédé les seuils régionaux réglementaires. L’administration avait pourtant livré un avis positif, qui n’a donc pas été suivi. Aux Awirs, cela ne semble pas représenter un obstacle infranchissable puisque la région a justement rejeté ce mardi les recours introduits contre le permis du site. Idem pour les recours à l’encontre de la centrale wallonne d’Amercœur, d’une puissance trois fois moindre.

Un transfert de la charge de la Flandre vers la Wallonie?

De ce fait, comment pallier à la perte des 875 MW qu’aurait pu produire Vilvorde? A priori, la solution envisagée serait soit de soumettre un tout nouveau projet, soit d’augmenter la capacité d’une autre centrale au gaz existante. Cela pourrait être Amercœur, Manage, Seraing ou encore Gand (dont l’extension a été accordée hier par Zuhal Demir). Autrement dit, il se pourrait que la Wallonie se charge du manque à combler.

C’est ce que semble justement redouter l’ancienne ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR). «Comme je l’ai déjà maintes fois répété: le risque est que la Flandre, s’ils demandent la régionalisation totale de l’énergie, ait les éoliennes en mer du Nord et les centrales nucléaires alors que les francophones auront fermé leurs centrales nucléaires et auront des centrales à gaz: donc des factures et des émissions de CO2 élevées, alors qu’au nord du pays, le parc de production sera efficace, économique et pauvre en CO2», se désole-t-elle dans un message sur les réseaux sociaux.

Le nucléaire remis sur la table

Mais au MR, tout le monde ne partage pas ce même ton. Interrogé par la RTBF, le président du parti, Georges-Louis Bouchez, s’est fait l’avocat de Zuhal Demir en rappellant les émissions d’azote et de méthane qu’auraient produites la centrale de Vilvorde. Quand il lui est demandé si une autre centrale pourrait s’établir en Wallonie, il se montre aussi réticent, ne voulant pas peser sur le bilan carbone de la région. Lui préfère regarder dans une autre direction: prolonger le nucléaire. «Je n’aime pas le nucléaire mais j’aime encore moins les émissions de CO2», plaide-t-il.

Ces derniers jours, les partis de droite (MR, Open Vld, CD&V et N-VA) ont d’ailleurs multiplié les appels du pied pour reconsidérer la possibilité d’avoir des nouvelles unités nucléaires. Une perspective que refuse notamment les partis écologistes. Ce bras de fer est appelé à se prolonger pendant encore un bon bout de temps, surtout que la Belgique s’est révélée dans l’incapacité de présenter un accord sur ses objectifs climatiques à l’occasion de la COP26.

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