COP 26 : vers une sortie de l’ère du charbon… Vraiment ?

Une quarantaine de pays ont signé un accord (non contraignant) pour sortir progressivement du charbon. Parmi eux, de gros consommateurs comme la Pologne, le Vietnam ou encore le Canada. Mais les poids lourd manquent à l'appel.

Vers la fin de l'ère du charbon?
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Ce sera peut-être une des grandes promesses de la COP26. Sortir du charbon. Au niveau mondial. A l’horizon 2050. Et qu’on n’en parle plus ! Concrètement, il s’agit avant tout de mettre un terme aux investissements dans toute nouvelle centrale au charbon.

Une quarantaine de pays ont signé un accord en deux temps. Premier temps : sortie des pays riche dans les années 2030 (l’Allemagne visant de se débarrasser du charbon en 2038, ce sera plutôt 2040) ; deuxième temps : sortie des pays émergents dans les années 2040 (mais la Chine ne visant rien du tout avant 2050, disons plutôt 2050…).

Problème avec cet accord. Pour l’instant, ni la Chine, ni l’Inde, ni même les Etats-Unis ne sont parties prenantes. Deuxième problème, en 2021, la production et la consommation de charbon sont en plein boum.

Terril en Gohelle

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Sortie du charbon, où en est-on ?

Depuis des décennies qu’on annonce la mort du « King Coal », celui-ci est toujours bon pied bon oeil. Le charbon compte en effet toujours pour 35% de la production d’électricité mondiale. C’est aussi l’énergie la plus polluante, responsable à elle seule de 40% des émissions de CO2. Autant dire que si on veut respecter l’accord de Paris, l’abandon du charbon est nécessaire.

Pire, la demande d’énergie post-Covid est telle que le charbon est en plein boum. Tirée par la Chine et l’Inde, sa consommation a augmenté de 16% en 2021 et devrait encore augmenter de 3% en 2022.

Centrale à charbon

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Un clivage Est-Ouest

En fait, on est face à un clivage Est-Ouest dans la géopolitique charbonneuse. En Europe, sa consommation ne cesse de diminuer. Le charbon ne compte que pour 2% de l’électricité en France et 5,6% en Belgique.

L’Allemagne, qui avait dû se tourner vers « King Coal » pour palier sa sortie du nucléaire, lui a de nouveau tourné le dos. Sa consommation est en chute libre et le charbon devrait être de l’histoire ancienne en 2038. Reste le cas polonais, hyper dépendant du combustible. Mais suite à sa tentative de putsch échoué face à l’Union européenne, la Pologne ne peut que suivre le mouvement si elle veut toucher le pactole du plan de relance.

Aux Etats-Unis, les choses sont moins limpides. La demande de charbon fluctue selon les lois du marché. Ainsi, durant l’ère Trump (grand défenseur de « King Coal »), sa demande n’a cessé de diminuer, tout simplement car son prix n’était pas compétitif face aux énergies vertes et, surtout, au gaz. Avec l’explosion du prix du gaz, les Américains se tournent de nouveau vers le charbon. D’autant que quelques Etats en sont dépendants. De plus, le grand plan de renouvellement des infrastructures de Joe Biden s’appuiera lui aussi sur le charbon. Car en plus de créer de l’électricité, celui-ci sert à fabriquer du ciment et de l’acier…

Mais le gros problème a lieu en Asie. Là, le charbon est roi. Pourquoi ? Parce qu’il est rapide à produire et peu cher. La Chine seule est responsable de 48% de consommation de charbon dans le monde. Et 1/4 de la production mondiale de charbon est chinoise.

Face à une demande qui ne cesse de grandir, la Chine a construit des centaines de centrales à charbon il y a une dizaine d’années – sur son sol et chez ses voisins. Ces centrales toutes neuves ne fermeront pas avant 40 ans. Au moins…

Manifestation en marge de la COP26

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Des raisons d’être positif…

Cet accord à la COP26 n’en est pas moins un pas en avant. Parce que, pour la première fois, des pays qui dépendent fortement du charbon comme la Pologne, le Vietnam, le Chili, l’Egypte ou le Canada font la promesse de passer à autre chose. Evidemment, tant que la Chine, l’Inde et les USA ne se joindront pas à la danse…

L’autre raison d’espérer, c’est le secteur financier. Depuis des années, il se détourne du charbon et des autres énergies fossiles pour leur préférer les énergies vertes. Plus d’investissement sonnera le glas du charbon. D’un autre côté, on sait à quel point le secteur financier est volatile…

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