COP26: c’est maintenant ou jamais

La 26e conférence sur le climat se déroule jusqu'au 12 novembre sur fond de crise Covid et de reprise économique peut propices à des changements des politiques environnementales. Et pourtant il y a urgence.

des manifestants pour le climat
@ Belgaimage

Six ans après la Conférence de Paris, la COP26, qui commence ce dimanche, s’annonce cruciale. Mais la pandémie l’a mise à mal. Tout d’abord, elle a dû être reportée l’an dernier. Plus grave: les délégués des pays en voie de développement, de même qu’un certain nombre d’activistes, ne viennent pas car ils ne sont pas vaccinés. Mais surtout, crise énergétique et reprise économique sont bien peu propices au climat. “Cela incite à faire tourner des ­centrales au charbon comme en Pologne ou en Chine, souligne Romain Weikmans, chercheur à l’Institut finlandais des ­affaires internationales et professeur à l’ULB. Une des priorités de la présidence anglaise, c’est aussi d’avancer sur la sortie du charbon utilisé notamment pour faire tourner les centrales électriques.”

Pour François Gemenne, inside researcher de la COP26 et professeur à l’ULiège, “même si l’ambiance s’annonce morose, il reste une semaine. On aura peut-être encore des surprises. La Chine avance toute seule. Elle est prête à faire des gestes du moment qu’on ne lui impose rien. L’Arabie saoudite a annoncé la fin des gaz à effet de serre sur son territoire pour 2060 tout en restant le principal exportateur de pétrole, et donc de gaz à effet de serre. C’est du grand foutage de gueule”. L’objectif global fixé à Paris est de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel. “131 pays sont engagés et des études montrent qu’on est capable de maintenir le réchauffement à 2,2 degrés. C’est une lueur d’espoir pour 2050-2060. L’objectif annoncé de 1,5 degré sera toutefois très difficilement atteignable. Mais chaque dixième de degré compte. On est déjà à un réchauffement de 1,2 degré avec de gros problèmes à la clé, l’économie mondiale reste complètement sous addiction aux énergies fossiles”, développe Romain Weikmans. Un réchauffement se produira quoi qu’on fasse. Pour les vingt ou trente ans à venir, on ne peut plus rien faire. C’est pour après qu’il faut travailler aujourd’hui.

 

Pour y arriver, il est question de réunir 100 milliards de dollars afin d’aider les pays du Sud à faire face au réchauffement. La ­conférence démarre sans qu’on soit certain d’atteindre ce don. “100 milliards, c’est ce que les USA ont déboursé par an pour faire la guerre en Afghanistan”, explique Romain Weikmans. “On est à 80 milliards. On va arriver aux 100. Mais les pays du Sud auraient voulu du financement additionnel à ce qui existe déjà, ce que ne veulent pas offrir les pays du Nord”, précise François Gemenne. Face à la pandémie, on a été incapable d’être équitable entre le nord et le sud de la planète. Comment pourra-t-on l’être sur le climat? La question se pose avec inquiétude. Si les manifestations continuent à se multiplier, il n’y a pas de majorité dans le monde pour demander un changement radical. “Il n’y a même pas eu de vague verte en Allemagne. C’est dire”, conclut François Gemenne.

Belgique nulle

La Belgique négocie avec l’Union européenne. Mais la Belgique – ni à Paris ni cette fois à Glasgow – ne sera pas un moteur avec une Flandre qui freine. Ceci étant, d’autres pays font bien pire comme la Pologne ou la ­Hongrie, très dépendantes des énergies fos­siles. “La Belgique est nulle. Elle devrait porter de grands projets éoliens à l’étranger. Mais les régions sont désunies sur la question. C’est une des raisons pour lesquelles il faudrait refédéraliser la compétence climat”, estime François Gemenne.

USA remobilisés

L’arrivée de Joe Biden et le départ de Trump ont changé la donne climatique. Les États-Unis ont revu à la hausse leurs engagements, s’engageant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre entre 50 % et 52 % d’ici 2030. Cet objectif double quasiment l’ancien engagement d’une diminution de 26 % à 28 % à l’horizon 2025. Il doit permettre aux États-Unis d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’administration Biden a annoncé par ailleurs la mise à disposition de 5 milliards de dollars d’argent public pour “aider les États et les collectivités locales à se préparer à des catastrophes majeures” liées en particulier à des événements météorologiques extrêmes. Là où les États-Unis comptaient, entre 2000 et 2009, en moyenne 6 désastres majeurs de ce type par an, ce chiffre est passé à 13 entre 2010 et 2020.

Grands-parents

Sept grands-parents sont partis de Bruxelles pour se rendre d’abord à Édimbourg. De là, ils feront ensuite une randonnée de 100 kilo­mètres pour rejoindre Glasgow, là où va se tenir la conférence pour le climat. Lors de cette COP26, vingt grands-parents composeront la délégation qui transmettra les préoccupations des personnes âgées sur les questions climatiques. Le groupe suivra un chemin le long de canaux, symbole de la révolution industrielle et organisera une action devant la statue de James Watt, inventeur de la machine à vapeur. “On peut y voir le début de la révolution industrielle et donc aussi, involontairement, le début des émissions de gaz à effet de serre”, dit un des marcheurs.

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