Bientôt l'obligation scolaire à 3 ans en Belgique ? Est-ce une bonne idée ?

Si les experts regardent d'un bon œil l'éventuel passage de l'obligation scolaire à trois ans, certains émettent des conditions pour que l'effet soit positif.

Élèves dans une école de Rotterdam
Des élèves dans une classe de Rotterdam, lors d’une visite de la princesse Laurentien des Pays-Bas ©BelgaImage

Ce lundi 27 janvier 2023, le Sénat s'est penchée sur une position de résolution déposée par le MR. Le but des libéraux: abaisser l'âge de l'obligation scolaire à trois ans en Belgique. Des experts du milieu de l'enseignement ont ainsi été amenés à donner leurs éclairages sur le sujet, afin de déterminer les tenants et aboutissants d'une telle décision. Leurs retours se sont avérés assez positifs, bien que l'idée fasse depuis très longtemps débat au sein du secteur, celle-ci ne manquant pas de créer certaines crispations.

L'objectif principal: lutter contre les inégalités

Depuis la rentrée 2020, l'obligation scolaire est établie à cinq ans. Avant cela, elle était de six ans, ce qui revenait à ne pas imposer l'entrée à l'école maternelle. Pour baisser cette barre légale d'un an, il a déjà fallu passer par de très longs débats, cette proposition ayant déjà été faite dans les années 1960. Il faudra attendre 2019 pour que la Chambre finisse par adopter la mesure à l'unanimité. Désormais, tous les jeunes Belges doivent au moins prendre le chemin des classes dès la troisième maternelle.

En édictant cette nouvelle règle, l'objectif des décideurs politiques était notamment de lutter contre les inégalités des chances dans l'enseignement. En obligeant tous les élèves à entrer plus tôt à l'école, la différence de niveau entre ceux venus des milieux riches et populaires est censée se réduire, surtout si on prend en compte les jeunes issus de l'immigration. L'initiative paraît d'autant plus importante que les enfants acquièrent justement leurs capacités de lecture autour de cet âge-là.

L'école à trois ans, une proposition intéressante avec bémol

Aujourd'hui, cette idée d'optimiser l'égalité des chances sert toujours d'incitant pour abaisser l'âge de l'obligation scolaire à trois ans, même si une bonne partie des élèves se conforme déjà à cette potentielle future loi. Selon la Ligue des familles, le taux de scolarisation en Fédération Wallonie-Bruxelles est déjà de 92,5% à 3 ans. Légiférer en la matière pourrait ainsi avoir un impact somme toute limité mais réel. L'asbl estime que ce pourcentage pourrait bondir au maximum de 3,5% en avançant l'âge de l'obligation scolaire à trois ans. Ceux qui pourraient en bénéficier pourraient notamment être les enfants de milieux défavorisés, ce qui n'est pas rien lorsque l'on sait que la Belge dispose d'un des systèmes scolaires les plus inégalitaires de l'OCDE.

Invité à s'exprimer au Sénat sur cette proposition du MR, Etienne Michel, président du SeGEC (Secrétariat général de l'enseignement catholique), donne un avis plutôt positif sur la proposition de résolution. "La fréquentation de la classe d'accueil est tout bénéfice pour le développement de l'enfant particulièrement pour les enfants qui ne maitrisent pas la langue d'enseignement et pour les enfants qui ne connaissent encore que l'univers restreint de la famille, donc tout spécialement pour les enfants de milieux défavorisés", estime-t-il. "Aujourd’hui, des experts de l'enseignement et de l'enfance comme ceux de la lutte contre la pauvreté soulignent combien l'école maternelle est fondamentale pour le développement de l'enfant, pour l'apprentissage de la langue, pour permettre l'accrochage au système scolaire et ainsi diminuer le risque d'échec en primaire, secondaire et supérieur".

Du côté de Merlin Gevers, chargé d'études spécialisé en enseignement à la Ligue des familles, le ton est assez similaire, même s'il apporte quelques bémols. Il cite notamment un rapport de 2015 qui a passé en revue toute la littérature disponible sur la question. Sa conclusion montre qu'"il n'y a jamais de situation où le fait de scolariser les enfants précocement en maternelles serait négatif".

"Par contre, dans certaines situations, il n'y a parfois pas non plus de gains constatés", précise Merlin Gevers, notamment lorsque les élèves sont scolarisés dans des écoles qualifiées de "mauvaise qualité". "Lorsque les écoles sont de 'bonne qualité', les avantages sont positifs pour la population générale, et plus particulièrement pour les enfants de milieux désavantagés. Pour ces derniers, les bénéfices sont encore plus grands quand il y a beaucoup de mixité sociale et sont à leur maximum lorsque l'enseignement est à temps plein".

Des prérequis pour rencontrer le succès

Concrètement, cela veut dire que l'abaissement de l'âge de l'obligation scolaire ne se suffit pas à elle-même afin d'optimiser l'égalité des chances. Pour que cela se concrétise, il faut aussi que la qualité de l'enseignement soit au rendez-vous. C'est pour cela que la Ligue des familles soutient l'obligation scolaire à trois ans "avec des mesures d'accompagnement".

Martins Gevers cite notamment trois critères à respecter dans cette perspective. Il faut d'abord que la qualité des structures d'accueil soit au rendez-vous (avec un nombre suffisant de structures et d'instituteurs, un bon cadre de vie, des groupes de petite taille, etc.). Idem pour la formation des instituteurs et la pédagogie du milieu scolaire (avec un bon accompagnement des élèves et de bons contenus éducatifs). Enfin, il faut des mécanismes favorisant la mixité sociale dès la maternelle.

C'est dans cette perspective qu'au-delà de la question de l'âge de l'obligation scolaire, la Ligue des familles invite les politiques à réfléchir à d'autres problématiques: l'attractivité du métier d'enseignant (autant du point de vue du cadre de travail, de la formation, etc.), le coût de l'école (matériel scolaire, des voyages, etc.) ou encore le déficit de confiance et de connaissance du milieu scolaire et de ses codes par les parents.

Lorsque la qualité de l'enseignement devient réalité, les avantages de la fréquentation de l'école maternelle sont nombreux selon le rapport de 2015. Les enfants désavantagés bénéficient d'une amélioration de leur réussite scolaire et de l'accès à l'emploi, d'une meilleure intégration sociale et d'une réduction de la criminalité. Et la liste ne s'arrête pas là ! L'étude constate plus globalement des bénéfices cognitifs, intellectuels, socio-émotionnels, mais aussi en termes de santé publique, etc. Des bienfaits qui profitent cette fois à toutes les couches de la population.

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