Aborder les questions de genre dès 5 ans ? Le guide sur l’éducation sexuelle à l’école sera modifié

Transidentité, sextos, consentement… Les passages controversés du nouveau guide d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) seront reformulés, a assuré la ministre Caroline Désir.

La ministre de l’Education, Caroline Désir
La ministre de l’Education, Caroline Désir @BELGAIMAGE

Expliquer aux enfants de 9 ans que des envois de sextos ou de photos peuvent «être excitants et source de plaisir, dans un cadre de confiance et de consentement avec l’autre»? Prendre conscience, dès 5 ans, «que son identité de genre peut être identique ou différente, se rapprocher, s’éloigner (…) de celle assignée à la naissance» ?

Depuis quelques jours, le guide de l’EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) qui allait être utilisé par tous les acteurs de l’école (professeurs, éducateurs, mais aussi par des organismes externes comme les centres de planning familial, les centres PMS, etc.), suscite la polémique. Sur les réseaux sociaux, des parents se sont inquiétés de voir leurs enfants confrontés à des contenus qu’ils jugent inadaptés. Une pétition initiée par plusieurs pédopsychiatres et intitulée «Non à l’hypersexualisation de nos enfants au nom d'un soi-disant progressisme!» aurait ainsi récolté plus de 2.500 signatures.

Selon Sophie Dechêne, une des personnes à l’initiative de la pétition, ce guide EVRAS «comporte un risque d’intrusion psychique chez l’enfant qui est potentiellement traumatique avec un risque de conséquences sur la santé mentale au long terme et même sur la vie sexuelle d’adulte». «Nous devons protéger les jeunes enfants grâce à la prévention, mais l'éducation sexuelle, c'est uniquement pour les adolescents», ajoutait-t-elle sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche (RTL TVI).

Pour la pédopsychiatre, par ailleurs codirectrice de la branche belge de l’Observatoire la Petite Sirène (un organisme proche de La Manif pour tous, selon un article du Soir citant Mediapart), certaines parties du guide répondraient à des questions que les enfants ne se poseraient pas.

Les passages litigieux reformulés

Interrogée ce mardi à propos de la polémique, la ministre de l’Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir (PS), a affirmé devant le parlement que trois passages controversés du guide seraient reformulés. «Dans le souci de rechercher le plus grand consensus possible autour de la démarche, nous avons dès lors chargé les acteurs qui ont rédigé le guide de se pencher à nouveau sur ces parties du texte et d’envisager leur reformulation, le cas échéant en élargissant encore le champ de la consultation», a indiqué la ministre.

Pour mettre sur pied le futur guide Evras, 143 professionnelles et professionnels du secteur ainsi que 380 jeunes entre 5 et 25 ans ont en effet été interrogés par la Fédération laïque de centres de planning familial (FLCPF) et l'ASBL O'YES, mandatés par la FWB.

Cet outil ne sera pas destiné à être un programme de cours à livrer tel quel aux enfants ou aux adolescents. «Ce guide ne dit pas du tout que la transidentité doit être abordée avec tous les enfants de cinq ans ni qu’il faut apprendre aux enfants de 9 ans à écrire des sextos, expliquait à la DH Lionel Rubin, chargé de recherche au Centre d’Action Laïque (CAL). Il vise juste à aider les professionnels à répondre aux questions que des enfants pourraient leur poser. Cette panique morale ne repose sur aucun argument scientifique et représente en fait une attaque contre tout le processus qui vise à généraliser l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les écoles, comme à chaque fois que des avances sont faites en la matière».

«En aucun cas on ne devance ces questions»

«A cinq ans, les enfants sont déjà conscients des stéréotypes de genre et se posent des questions à leur sujet. Il est normal que des professionnels puissent y répondre. Certains enfants peuvent par exemple se demander si un garçon a le droit de porter des pinces dans ses cheveux. Il est essentiel de pouvoir répondre aux questions que les enfants se posent afin de ne pas en faire des sujets tabous. Mais en aucun cas on ne devance ces questions», ajoutait Lionel Rubin, tenant à rassurer les parents inquiets.

À noter qu’un accord de coopération entre entités fédérées sur l’EVRAS a été adopté en première lecture en octobre dernier. Les lignes de cet accord devraient entrer en application dans les écoles d’ici la rentrée prochaine. L’objectif est d’homogénéiser les pratiques, notamment via la publication du guide. Alors que l’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle est censée être obligatoire de la première maternelle à la dernière année de secondaire depuis 10 ans, les acteurs du secteur estiment qu’à peine 20 % des élèves ont accès à une séance d’Evras sur l’ensemble de leur scolarité.

Sur le même sujet
Plus d'actualité