Quelles solutions face à la pénurie d’enseignants?

Les études pour devenir prof attirent de moins en moins d’étudiants.

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L’enseignement est-il toujours le plus beau métier du monde ? Sans doute pas, en tout cas si on considère la crise du recrutement des professeurs, un peu partout en Europe. En Fédération Wallonie-Bruxelles, le problème n’est pas numériquement objectivé. Mais on peut l’esquisser, à travers l’observation de certains indicateurs. Comme celui des inscriptions en première année des bacheliers pédagogiques.

Selon Le Soir, entre les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021, le nombre d’inscrits en première année de bachelier a baissé de 17 % (depuis 10 ans, la tendance était plutôt à la stabilisation). La diminution est plus marquée pour les instituteurs primaires (- 21,5 %) que ceux du maternel (-12,3 %). Salaires pas assez attractifs, conditions de travail, perte du prestige de la fonction… Expérimentées depuis des années par les directions des établissements scolaires, la pénurie d’enseignants a de multiples causes.

Pour tenter d’enrayer le phénomène, la ministre de l’Education, Caroline Désir (PS), a fait valider en juin un avant-projet de décret qui reprenait plusieurs mesures : création d’un pool de profs remplaçants composé de 48 personnes, valorisation de l’ancienneté pour les profs de langues modernes et mutualisation de l’ancienneté entre les réseaux officiels… Sans doute pas suffisant pour inverser une tendance profonde. D’autres pistes sont depuis longtemps sur la table, sans toujours recueillir l’unanimité.

Le salaire, pas le problème principal?

La première est la question salariale. Pour les syndicats, c’est un des leviers de base sur lesquels pousser. Les profs "n’ont plus été augmentés depuis 2010, hors indexation", soulignait dans Le Soir Roland Lahaye, de la CSC Enseignement (syndicat chrétien ). Mais à en croire Jean-Paul Lambert, ancien recteur de l’Université Saint-Louis Bruxelles, "la rémunération n’est pas le moteur principal, surtout pour les nouvelles générations", avançait-il dans le même quotidien.

Après le Luxembourg, l’Allemagne est le pays de l’OCDE où les enseignants gagnent le mieux leur vie, avec un revenu annuel moyen de 65 000 euros pour un instituteur. Or l’Allemagne fait également face à beaucoup de difficultés pour attirer des candidats vers un métier jugé peu attractif, notamment à cause des faibles perspectives d’évolution au cours de la carrière.

Améliorer les conditions de travail

Travailler sur l’entrée de carrière des professeurs semble également capital. En début de carrière, les enseignants sont confrontés à de multiples contraintes ; pour se garantir un emploi à temps plein, ils doivent souvent cumuler les remplacements dans le même réseau. Et sont sur un siège éjectable lorsque le professeur nommé revient récupérer son poste.

Face à la perte de prestige du métier (en 2018, 30 % à peine des enseignants en moyenne dans l’OCDE s’estimaient valorisés dans leur fonction par la société), certains plaident pour rehausser le niveau d’exigence et le niveau de formation pour les instituteurs maternels, primaires ainsi que les professeurs du secondaire inférieur.

Reste que si le salaire ne fait pas tout, les problèmes de recrutement peuvent aussi être la conséquence de choix budgétaires. Réduire les dépenses (et donc le nombre de professeurs, comme l’Irlande l’a fait jusqu’en 2009), augmente le nombre d’enfants par classe, ce qui finit par peser sur les conditions de travail des enseignants. Même avec des salaires plus attractifs que leurs collègues européens, les profs allemands font ainsi face à une lourde charge de travail administratif, de quoi réduire l’attractivité "du plus beau métier du monde".

 

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