Le Pacte d’Excellence en 5 idées reçues

Avec la rentrée qui approche à grand pas, le fameux Pacte pour un Enseignement d’Excellence est sur toutes les lèvres. Mais de quoi s’agit-il vraiment ? On a saisi l’occasion pour tordre le cou à ces 5 idées reçues.

Pacte d'Excellence
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Pour cette reprise 2022, première rentrée (presque) débarrassée du spectre du Covid, de profonds changements sont opérés. Celui du rythme scolaire notamment, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Mais c’est aussi l’arrivée de nouveaux référentiels en première primaire. Et toutes ces modifications ne sont pas faites au hasard. Elles font partie du Pacte pour un Enseignement d’Excellence.

Lancé en 2015, il s’agit d’une ambitieuse réforme de notre système scolaire en fédération Wallonie-Bruxelles. L’objectif de ce pacte est clair, il veut " renforcer la qualité de l’enseignement pour tous les élèves ". C’est un programme de réformes profond et systémique qui s’inscrit dans la durée et se fera progressivement, la rentrée 2022 n’étant que le point de départ.

Concrètement, le Pacte d’Excellence s’oriente autour de 5 axes ou objectifs principaux.

Premièrement, l’implémentation d’un tronc commun généralisé dans le but de créer des compétences de base solides pour tous et de combattre les inégalités d’enseignement et de combler les lacunes.

Deuxièmement, il vise à rendre le métier d’enseignant plus collectif en valorisant leur rôle et en favorisant le leadership des directeurs d’école.

Troisièmement, le pacte d’excellence souhaite valoriser le parcours qualifiant et en faire une filière enrichissante, où l’élève y trouve son compte.

Ensuite, il entend rendre l’école plus inclusive, en valorisant la mixité, modifiant ses référentiels et en mettant en place des stratégies effectives pour lutter contre le redoublement et l’échec scolaire.

Et enfin, le pacte d’excellence fait de l’école un endroit plus attentif au bien-être des élèves et adapté à leurs besoins.

Un programme somme toute, très ambitieux qui ne manque pas de faire réagir ses nombreux détracteurs pour qui le pacte d’excellence rime avec nivellement par le bas, réforme utopique ou semble infaisable. Dans un document répondant à leurs opposants, l’équipe du pacte répond aux idées reçues que la réforme entraine, on a repris les 5 plus coriaces et on a tenté de les décrypter.

Le Pacte va créer un nivèlement par le bas et diminuer la qualité de l’enseignement

C’est peut-être l’une des idées les plus coriaces de ce fameux programme. Le Pacte d’Excellence entend créer un tronc commun jusqu’en troisième secondaire dans lequel il est impossible de redoubler et la réussite est quasi automatique. Et pour beaucoup, cela va se traduire par une baisse d’exigence et du nivèlement par le bas.

Mais selon les défenseurs du Pacte, c’est complétement faux. Ils argumentent même que " les  différentes  mesures  du  Pacte  visent non seulement à améliorer l’équité de notre système éducatif, mais aussi son efficacité, et partant sa capacité à tirer tous les acteurs " vers le haut ". " Et quant à ce fameux non-redoublement, pour eux le pacte met justement en place des système préventifs permettant de mieux cadrer l’élève. Ces garde-fous ont pour objectif de diagnostiquer plus rapidement des possibles difficultés d’apprentissage, visent à renforcer l’évaluation continue et permettent de mieux orienter l’élève.

Le Pacte fragilise le personnel enseignant et le transforme en automate.

Autre volet du tronc commun, c’est forcément, l’uniformisation des enseignements et donc des méthodes d’évaluations. Ainsi, selon certains, l’enseignant se retrouve cadenassé dans des programmes exigus et imperméables et les méthodes d’évaluations sont toutes faites, On s’interroge donc, quel est le rôle de l’enseignant dans tout cela ?

Pour l’équipe du Pacte, c’est justement l’inverse que la réforme défend. " L’un des objectifs du Pacte est de transformer profondément le métier, de le revaloriser. Une série de mesures proposées concernent directement l’amélioration des conditions de travail de ces derniers mais aussi leur formation qui est renforcée, notamment par rapport à la formation continue. "

Le Pacte vise plutôt l’élitisme que l’émancipation des élèves.

Pour beaucoup, en plus d’entrainer un nivèlement par le bas, le Pacte d’Excellence s’intègre également dans une démarche élitiste. En effet, à la suite du tronc commun (qui se terminera en 3E) l’élève est libre de s’orienter vers deux filières, une filière générale qui lui permettra de poursuivre des études universitaires ou alors une filière professionnelle qui l’orientera vers un métier. Mais en fonction des systèmes mis en place, le choix d’autodétermination de l’élève ne serait pas si libre que ça.

Face à cet argument, l’équipe du Pacte répond que l’objectif de ces réformes est de " valoriser tous les élèves " mais surtout entend " faire du qualifiant une filière beaucoup plus orientée vers le monde des entreprises ".

Le Pacte est trop ambitieux, il va dans tous les sens.

C’est vrai que de prime abord, le Pacte d’excellence peut faire peur. Il englobe la quasi-totalité de l’enseignement et des systèmes mis en place. Il touche tant au fond, qu’à la forme. Se soucie du bien-être des élèves mais aussi du corps professoral. Intègre davantage de représentations et de mixité dans ses référentiels tout en s’attaquant au numérique… C’est ambitieux.

Mais quand on s’attaque à l’Éducation, ne devrait-on pas voir grand ? De plus, 20 ans après le décret " Mission ", il était plus qu’urgent de mettre sur pied un plan de restructuration complet qui répond aux problématique actuelles auxquelles l’enseignement fait face.

Le Pacte va couter trop cher, on ne pourra jamais le financer.

275 millions d’euro. C’est environ le coût estimé de ce plan de restructuration profond de notre système d’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Et pour beaucoup, cela sera impayable.

Cependant, comme mentionné par l’équipe du Pacte, celui-ci est un processus qui s’inscrit dans le temps. Il transcende les législatures (c’est déjà la troisième qui le pilote) et si il a un certain coût, ce dernier est amorti par cette vision à long terme. De plus, toutes les mesures ne sont pas mises en œuvre en même temps, chacune est mise en place progressivement et par priorité.

La suite nous le dira

Il paraissait nécessaire de revoir notre enseignement. En effet, selon une étude sortie en 2011, dont les chiffres ont plus que probablement augmenté, le coût annuel d’un élève du secondaire francophone était de 3750 euros, bien au-dessus de la moyenne (un étudiant français coûte lui 1700€, à titre indicatif), alors que les performances de ces élèves (évaluées lors du dernier test Pisa) étaient à peine au dessus de la moyenne des pays formant l’OCDE.

Un enseignement couteux donc, pour des résultats peu probants. Dans ce contexte morose, une réforme profonde semble, effectivement, nécessaire. Mais nous assistons actuellement aux balbutiements de ce Pacte d’Excellence. Et s’il parait, dans ses grandes lignes, être prometteur, il reste à voir comment il sera traduit sur le terrain. Quels seront les moyens réellement mis à disposition pour le réaliser.

Et puis, dernier obstacle de taille : les élèves. Fragilisés par la pandémie, et alors que les résultats sont en baisse, ces derniers sont à la fois le plus grand enjeu et obstacle de ce pacte. Car comme le dit le célèbre proverbe, " on peut amener le cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas le forcer à boire. " . Au final, dans ce pacte d’Excellence, la balle est dans le camp des élèves, et seul le temps nous dira ce qu’il en est réellement… En attendant, la Ministre de l’Education, Caroline Désir répondait à nos questions juste ici.

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