Voici le nouveau matériel scolaire pour capter l’attention des élèves

Casques antibruit, balles antistress, coussins de concentration, colliers de mastication… Tous les moyens sont bons pour capter l’attention des élèves à l'école.

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© Cäät

Dans cette classe de 5e primaire, des enfants portent des casques réducteurs de bruit, d’autres malaxent des balles antistress, se balancent sur des coussins d’équilibre ou des ballons de ­gymnastique. Pour éliminer les ­sources de distraction durant les évaluations, certains logopèdes et psychologues recommandent également la mise en place d’“écrans de concentration amovibles” sur les ­pupitres. Sur le Net, ces boutiques spécialisées en produits pédagogiques se multiplient. Tout est bon pour capter l’attention des élèves et maximiser leur concentration en classe. L’offre est pléthorique. À l’image de ces “fidgets” (“gigoter”, “frétiller” en français), ces gadgets destinés à servir d’exutoires moteurs aux tensions et désirs de mouvement des enfants afin de focaliser leur attention sur le professeur. Anneaux, ressorts, cubes, balles-puzzles, boules antistress, hand spinners, stylos à mordiller, colliers de mastication… Sans oublier le fameux Pop it, ce jeu de logique en plastique souple multicolore exfiltré des cours de récré et désormais autorisé en classe.

Pour ceux qui ne tiennent toujours pas en place, il existe des solutions plus radicales. Les vélos-bureaux, équipés d’un pédalier sous la table, sont déjà présents dans 500 écoles européennes. “Ils apportent une meilleure concentration, la perception du temps et permettent aux enfants impulsifs-remuants de bouger en cours et aux élèves angoissés de se relaxer grâce à la libération d’endorphines, vante un fabricant français. L’enfant améliore ainsi ses résultats pendant les évaluations mais aussi sa confiance dans sa capacité à réussir à l’école.” La multiplication de ces boules, balles, ­ressorts ou pédaliers ne risque-t-elle pas de faire de nos classes des cages à hamsters? Ce nouveau marché répond-il au moins à un réel besoin?

Pour Pascale De Coster, auteure et directrice de TDA/H Belgique, qui vient en aide aux personnes souffrant de troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), cela ne fait aucun doute. “Je me réjouis de voir que certaines écoles tentent enfin de répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant. Un coussin dynamique qui permet de gigoter sans déranger les autres ou un élastique tendu entre les pieds du bureau pour occuper ses jambes sont de très bons outils. Mais ils sont encore beaucoup trop rares dans nos écoles. Déjà, il faudrait loger chaque pied de chaise dans une balle de tennis. Cela réduit la pollution sonore et c’est aussi bénéfique pour les élèves que pour le professeur qui doit moins hausser le ton. Mais ce simple aménagement semble parfois compliqué à mettre en place. Avec mes troubles de l’attention, j’aurais adoré pouvoir bénéficier de ces outils lorsque j’étais enfant.” Mais ces objets ne s’adressent pas uniquement aux “hauts potentiels” ou atteints de TDA/H (soit 7,2 % des Belges). “De nombreux enfants ont besoin d’aide pour canaliser leur nervosité ou mieux se concentrer.

Mémoire doublée

Des gadgets pédagogiques à l’efficacité scientifiquement prouvée. “Contrairement à ce qu’on nous martèle depuis des décennies, confirme Cindy Magnin, logopède et neuropsychologue, le mouvement permet la concentration. Certains jeunes que je suis en consultation ont une mémoire à court terme deux fois meilleure si je leur permets de bouger. De nombreuses personnes ont d’ailleurs besoin de se lever pour réfléchir ou de dessiner pendant les réunions.” Présidente de l’Association scientifique et éthique des logopèdes francophones (ASELF), Cindy Magnin rappelle aussi que les pôles territoriaux, créés dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence, doivent soutenir les écoles d’enseignement ordinaire dans l’intégration des élèves à besoins spécifiques. “C’est obligatoire depuis 2017. Lorsqu’un médecin certifie qu’un enfant a besoin d’un “aménagement raison­nable” (listé sur le site Enseignement.be), l’école a l’obligation de le mettre en place. Ce qui est loin d’être systématiquement le cas.” Et la logopède de confirmer que ces objets ne s’adressent pas uniquement aux kids à besoins spécifiques. “Ce sont les élèves “dys” (dys­lexiques, dysorthographiques, dysgraphiques, etc. – NDLR) qui ont permis d’amener ces outils à l’école, mais quand on connaît le développement neuropsychologique des enfants, on se rend compte que de nombreux élèves en ont également besoin.

Environnements incohérents

Encore faut-il pouvoir les utiliser correctement. “On impose parfois ces outils sans les documenter, les expliquer, regrette la neuropsychologue. Les pôles territoriaux vont donc devoir former les professeurs à ce nouveau matériel. Il faut aussi dépasser les seules réponses individuelles pour apporter une restructuration ­globale.” Et l’environnement d’apprentissage n’est qu’une partie de la solution. “Outre ces outils, la ­diffusion de bruits blancs pour atténuer la pollution sonore ou la pose de tentures aux fenêtres afin d’éviter la distraction, ajoute Pascale De Coster, il faut aussi penser aux aménagements organisationnels, pédagogiques, relationnels, comportementaux. Et s’assurer que ceux-ci apportent une réelle aide à l’enfant. Cela doit se faire en concertation avec l’élève, le professeur et les parents. Il faut tester chaque aménagement et voir si cela fonctionne car même deux enfants atteints de TDA/H n’auront pas forcément des besoins identiques. Placés au premier rang, par exemple, le premier sera moins distrait alors que le second n’arrêtera pas de se retourner pour voir ce qui se passe derrière lui.

Enfin, remarquons aussi que ces dispositifs sont ­parfois utilisés pour pallier l’incohérence de certains environnements d’apprentissage. Comme ces classes beaucoup trop exiguës pour le nombre d’élèves qu’elles contiennent, séparées par de simples cloisons, donnant sur le secrétariat, les toilettes ou un couloir très fréquenté. “Il faudrait bien sûr commencer par revoir l’agencement de ces classes, conclut Cindy Magnin, mais c’est un objectif inatteignable à court terme. Dans ces lieux très perturbés, il paraît ­évident que le casque antibruit, par exemple, est indispensable. Mais ces outils doivent également être mis à ­disposition dans les autres classes.” On l’a dit, c’est même une obligation. Rappelons d’ailleurs que la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d’être condamnée par le Comité européen des droits sociaux pour ses lacunes en matière d’inclusion scolaire.

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