Grève des profs: " Le Covid nous a mis sur les genoux "

Une grève « historique » est programmée pour ce 10 février dans l’enseignement. Covid, revalorisations barémiques, pénurie… Voici les raisons pour lesquelles les profs n’en peuvent plus.

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Le gros des troupes syndicales restera à la maison -crise sanitaire oblige @BELGAIMAGE

La dernière manifestation des profs en Fédération Wallonie-Bruxelles, c’était en 2011. Pour cette première en onze ans, le banc syndical a donc vu les choses en grand : tous les représentants du secteur (soit neuf syndicats pour les différents personnels) et tous les niveaux d’enseignement (de la maternelle au supérieur) appellent à la grève ce jeudi. Le gros des troupes restera à la maison- crise sanitaire oblige.

Plusieurs milliers de manifestants seront toutefois attendus sur le coup de 11h00 devant le siège de la FWB, place Surlet de Chokier, à Bruxelles. Difficile d’anticiper et de savoir exactement combien d’enseignants ne se rendront pas à l’école ce jeudi. Mais cette grève pourrait bien s’avérer " historique ", comme le clament les représentants des travailleurs. " De notre côté, on s’attend à ce que 1.200 personnes suivent la grève. Rien que pour nos affiliés, j’ai dû affréter 13 cars pour monter sur Bruxelles ", balise Isabelle Buchelot, permanente syndicale CSC Enseignement à Liège.

Une mobilisation qui devrait être à la hauteur du ras-le-bol des enseignants. Des protocoles qui changent incessamment, la gestion des absences, la discontinuité des apprentissages…  Isabelle Buchelot l’assure, les profs sont " sur les genoux " après une troisième année scolaire impactée par le Covid. Or, si les soignants étaient assurément en première ligne, le corps enseignant n’était pas loin derrière dans la bataille contre le virus.

La goutte de trop

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas senti de " considération " venant de la part du monde politique. De comités de concertation en comités de concertation, le mot d’ordre était pourtant répété : l’école, pour garantir la continuité des apprentissages, devait être le dernier secteur à fermer. " Mais dans les faits, on ne s’est pas vraiment senti écouté, souffle Isabelle Buchelot. On a plutôt ressenti le message comme ceci : laissons les enseignants au travail, ce qui permettra de ne pas fermer l’économie ".

Alors, quand les négociations sectorielles ont patiné cet hiver, ce fut la goutte de trop. La loi prévoit que ce grand accord, qui couvre tous les métiers de l’enseignement et qui fixe les conditions de travail du secteur, soit conclu pour deux ans. Il aurait déjà dû être bouclé, pour les années 2021 et 2022. Vu le retard, le gouvernement a proposé que les négociations sectorielles portent cette fois sur la période 2021-2024. Inacceptable, pour le front commun syndical. " Discuter une seule fois en quatre ans de nos conditions de travail, cela ne va pas. Et de toute façon, ce n’est pas légal ", balaye la permanente CSC.

Du côté du gouvernement de la FWB, on se dit prêt à dégager 32 millions d’euros supplémentaires. Une broutille, disent les travailleurs pour qui cet effort budgétaire " n’est pas un cadeau, mais simplement un rattrapage par rapport aux économies antérieures ". Ceux-ci réclament de vraies revalorisations, les salaires n’ayant plus été augmentés depuis 2010 (hors indexation).

De vraies solutions pour de vieux problèmes

Au-delà de la crise sanitaire et de la question des salaires, le monde enseignant demande des vraies solutions sur des problèmes- la pénurie de profs, l’attractivité du métier, le délabrement des bâtiments scolaires, les réformes à implémenter dans le cadre du Pacte d’excellence… – qui handicapaient l’école bien avant le Covid. Un exemple, parmi (beaucoup) d’autres ? " La taille des classes : un décret interdit de compter plus de 20 élèves dans les classes, relève Isabelle Buchelot. Mais il y a des dérogations, de sorte qu’on se retrouve souvent avec 23, 24, 25 élèves dans une classe. Pour un enseignant, apprendre à lire à 25 enfants de 6 ans, c’est tout sauf évident ".

Aussi long qu’un manuel scolaire, les syndicats ont élaboré un cahier de doléances, adressé au gouvernement francophone. Quand les profs seront sous ses fenêtres, la majorité PS/MR/Ecolo sera justement en train de débattre d’un projet de protocole sur les négociations sectorielles, et devrait recevoir une délégation de manifestants. À noter que la grève devrait logiquement impacter le fonctionnement des écoles ce jeudi, mais que celles-ci sont tenues d’organiser des garderies pour accueillir les élèves.

 

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