Fin des cours de religion-morale: les asbl laïques ravies, l’Église dénonce

La proposition a suscité des réactions très diverses en évoquant une sortie de ces cours de la grille horaire de l’enseignement officiel.

Classe à Montignies-sur-Sambre
Une classe vide à Montignies-sur-Sambre, le 20 avril 2020 @BelgaImage

Six députés de la majorité francophone (PS, MR, Ecolo) ont déposé lundi une proposition de résolution visant à l’extension à deux heures de l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté dans l’enseignement officiel. En parallèle, les cours de religion et de morale seraient enlevés de la grille horaire pour en faire des enseignements optionnels, délivrés en tant qu’heures supplémentaires. Le texte provoque des sentiments contrastés: satisfaction pour les organisations laïques, goût de trop peu pour l’opposition et crainte pour l’Église catholique.

Une mesure pour 2023?

Le Centre d’action laïque (CAL), la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo), la Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente et la Fédération des amis de la morale laïque (FAML) ont accueilli «avec beaucoup de satisfaction» la proposition de résolution. «Consacrer deux heures par semaine à la philosophie et la citoyenneté est un minimum et deviendra enfin une réalité», se réjouissent les quatre organisations.

Ces dernières souhaitent maintenant que cette volonté politique se traduise dans les faits dès la rentrée scolaire 2023. Elles invitent par ailleurs le réseau libre confessionnel à «rejoindre ce nouveau cap et à organiser progressivement un vrai cours de philosophie et citoyenneté pour tous ses élèves».

DéFI reste sur sa faim

Si la proposition a, sans surprise, réjoui les organisations laïques, qui plaidaient «depuis des années» pour une extension du cours et qui espèrent dès lors la voir mise en œuvre au plus vite, elle laisse un goût de trop peu à DéFI. Le parti d’opposition «n’a jamais varié, ni tergiversé dans ses positions quant au fait que les cours de religions devaient être rendus facultatifs et proposés hors de la grille horaire des élèves», a-t-il rappelé dans un communiqué. Cependant, «un cours d’EPC étendu à deux heures hebdomadaires, ainsi que des cours de religions relégués hors de la grille obligatoire ne doivent toutefois pas rimer avec la disparition du fait religieux, de l’histoire des religions et du dialogue interconvictionnel à l’école», estime-t-il.

«La connaissance des différentes religions et grands courants de pensée, de leurs origines, pratiques, rites, ainsi qu’un dialogue et des échanges (encadrés pédagogiquement) entre élèves, constituent un socle indispensable à la connaissance de l’autre mais aussi un préalable indispensable à la cohésion sociale», poursuit la députée bruxelloise Joëlle Maison. Le parti regrette que ce dialogue qui figurait dans les recommandations du rapport du groupe de travail Philosophie et Citoyenneté en juin 2018 ait aujourd’hui totalement disparu. Le parti souhaite également l’extension à un référentiel de deux heures de cours hebdomadaires dans le réseau libre.

«Une grave erreur» pour l’Église

La conférence des évêques de Belgique considère de son côté que rendre les cours de religion ou de morale optionnels serait «une grave erreur» de son point de vue. Elle estime que «si la Constitution en son article 24 demande qu’on organise un cours, ce n’est pas pour le sortir de la grille. C’est dans l’intention du constituant de le faire dans le cadre scolaire, et non pas le mercredi après-midi ni le vendredi après 16h ou encore le samedi matin».

«Transférer de manière facultative le cours en le rendant à option, c’est laisser place à toutes sortes d’initiatives qui seront organisées en dehors des écoles et donc du contrôle d’une inspection scolaire», prévient son porte-parole Tommy Scholtès.

La proposition de résolution sera discutée dans 15 jours en commission de l’Éducation du Parlement de la Fédération.

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