Baptêmes étudiants: stop ou encore ?

Un jeune homme de 19 ans est mort ce week-end à Gedinne lors d’un baptême étudiants organisé par des hautes écoles de la province de Namur. De quoi remettre le folklore estudiantin dans le viseur.

Baptêmes étudiants: stop ou encore?
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S’il est encore trop tôt pour connaître la cause du décès, il ne s’agit en tout cas pas de mort naturelle et la piste toxicologique est privilégiée. Selon le procureur du roi de Namur Vincent Macq, « il est difficile d’exclure (un lien enter le décès et les activités de baptême) ».

Quelques semaines plus tôt, deux jeunes filles faisant leur baptême filaient aux urgences à Louvain-la-Neuve – un des incidents a eu lieu dans la sphère privée. De quoi poser à nouveau cette question : faut-il interdire ou du moins mieux encadrer les baptêmes étudiants ? Selon Vincent Macq, en tout cas, « il faut à un moment avoir une réflexion sur le maintien d’un certain folklore estudiantin ».

Pour ou contre ?

« Pffff… Chaque année, c’est pareil. Les journalistes reviennent avec ça, interdire les baptêmes, s’exaspère Virginie, baptisée de la cuvée 2008 à l’ULB. Mais, mon baptême, ça a été une des plus belles périodes de ma vie ! Ca n’a rien à voir avec ce qu’on peut lire dans la presse, et ce n’est pas seulement que tu rencontres des gens, que tu rentres à l’unif, etc. Tout ce folklore a un sens ! Il te permet de mieux te connaître, de mieux t’accepter tel.le que tu es ».

Dans les colonnes du Soir, Edouard Delruelle, philosophe et ancien directeur du Centre pour l’Egalité des chances, a un avis divergent : « Je ne suis pas pour l’interdiction pure et simple. Le folklore et la consommation d’alcool, tant qu’elle est limitée, ne posent pas de problème. On sait que la jeunesse est une période de franchissement de certaines limites. En revanche, les formes de violence, d’emprise et les rapports de domination qui viennent s’y greffer sont, par contre, inacceptables. Ce cocktail masque des rapports de domination. Il y a des baptêmes bien cadrés où les choses se font dans le respect de chacun, et d’autres qui sont dans un total excès (…) Les autorités académiques et politiques doivent prendre leurs responsabilités ».

Baptêmes étudiants, un peu d’Histoire

La première chose à savoir sur les baptêmes étudiants, c’est qu’il s’agit d’une activité belgo-belge. Certes, le folklore étudiant existe partout depuis la création des universités, mais en Belgique, il est spécifique : c’est le baptême.

Il serait né au XIXe siècle à l’université de Louvain en même temps que la création des cercles étudiants. Ceux-ci se sont organisés et structurés pour en finir avec les vols qui avaient lieu la nuit dans l’université. Pour dévoiler les traitres, il fallait tester la loyauté de ses membres avec des rites de passage. Telle est l’origine du baptême étudiant.

Si le folklore perdure tant bien que mal au début de 1900 et durant l’entre-deux guerres, il tombe ensuite un peu en désuétude. Ce n’est que dans les années 80, alors que l’activisme politique des étudiants tombe au point zéro, que le baptême s’impose réellement. Au point de devenir une institution qui a cours chaque année dans toutes les universités et hautes écoles du pays.

L’idée ? L’intégration sociale, le passage de l’adolescence dans les jupes de sa mère au monde réel, l’appartenance à une communauté souligné par les rites de passage, mais aussi le dépassement de ses limites physiques et psychologiques… Bref, aider à grandir et à rencontrer des gens, une nouvelle « famille ».

Mais devant les controverses et les drames qui y sont liés – lesquels, il faut le noter, restent assez rares -, ce folklore est aussi remis en question. Surtout avec les dernières évolutions de la société vers plus de respect et de dignité.

Un folklore encore raccord avec l’évolution de la société ?

Première chose à savoir : l’organisation et la mise en place du baptême varie d’une école à l’autre, d’un cercle à l’autre. Certains sont très cadrés, d’autres moins. Difficile, donc, de faire des généralités. Il existe néanmoins une charte à suivre pour faire respecter certaines normes de base. Les comitards responsables des activités sont aussi formés. En théorie, il existe un encadrement pour que tout se passe bien. Qu’en est-il de la pratique ? Demandons à Camille, 19 ans, qui vient de faire son baptême.

« Franchement, j’avais plein de préjugés, du genre tu bouffes de la pâté pour chiens et on te traite comme de la merde, mais dans le cercle où j’étais à l’ULB, chaque activité avait un sens et les comitards étaient bienveillant. On sentait qu’il y a eu une remise en question et qu’ils étaient formés pour ne pas lâcher de trucs sexistes ou racistes… Même quand ils nous insultaient, c’était inclusif ! C’était bande d’idiots et d’idiotes, mais jamais de trucs comme « salopes » ou ce genre… Je me suis toujours sentie respectée ».

Et l’alcool, là-dedans? « Pendant les activités de baptême, il n’y avait pas d’alcool, sauf une fois parce que l’activité le demandait. Mais, ils coupaient à l’eau pour être sûr qu’on ne soit pas bourrés. Ils ont toujours veillé à ce qu’on garde la tête froide. Après, lors des bleusailles et des TD qui suivent l’activité, c’est différent. Là, on fait des « à fond » bière, mais il y a toujours une alternative. Ca peut être avec de l’eau aussi. Il n’y a rien d’obligé ».

Nudité, sexisme ? « Ni sexisme, ni racisme. Plutôt de la bienveillance, vraiment. On a eu une activité où on devait se foutre à poil, mais c’était les filles d’un côté, les garçons de l’autre, et le truc avait du sens. On passait devant le miroir et on devait dire ce qu’on n’aimait pas chez soi pour mieux déconstruire… Bref, ce n’était pas gratuit. Lors des bleusailles, on a dû se mettre nues ou en sous-vêtements quelques fois, c’est vrai. Je sais pas ce qu’ils avaient avec ça, mais c’était pas bien méchant ».

En résumé, « jamais je ne me suis sentie humiliée ou rejetée parce que je refusais de faire un truc. Je n’ai jamais été forcée à faire quoi que ce soit. Il y a eu une seule activité qui était difficile, on a dû rester dans une caisse dans le noir et là, je me suis posée la question : c’est quoi le but ? Mais sinon, j’ai vraiment bien aimé. J’ai même été surprise de manière positive ».

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