Richesse : les chiffres ahurissants d'Oxfam pour alerter sur les inégalités croissantes dans le monde

En marge de l’ouverture du forum de Davos, l’association Oxfam vient de publier son dernier rapport. Intitulé « Survival of the Richest » (La survie des plus riches en français dans le texte), il met en exergue la hausse des inégalités. Et appelle à nos gouvernements à l’action.

Pour Oxfam, un monde plus juste passe par l’imposition plus stricte des grandes fortunes © Belga Image

Le Forum économique mondial s’ouvre ce matin. Tourné cette année autour du thème de réflexion « Coopérer dans un monde fragmenté », des leaders politiques et économiques du monde entier se retrouveront dans la petite ville des montagnes suisses jusqu’au 20 janvier. Mercredi dernier, le Forum a présenté son nouveau rapport sur les risques mondiaux dans lequel il prévoit "une zone de turbulences" et un "environnement de polycrises" pour les prochaines années.

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Des inégalités toujours plus marquées

Et c’est dans ce cadre que l’association Oxfam a sorti son traditionnel rapport sur les inégalités. De ce dernier, il ressort plusieurs choses. Déjà, c’est la première fois en 25 ans que l’extrême pauvreté et l’extrême richesse progressent en même temps.

«Alors que le pouvoir d’achat de l’immense majorité de la population mondiale est en baisse, la concentration des richesses aux mains des super-riches atteint des niveaux inégalés. En seulement deux ans, cette décennie s'annonce comme la meilleure pour les milliardaires», observe Julien Desiderio, chargé de plaidoyer en justice fiscale pour Oxfam Belgique.

En effet, les 1% les plus riches ont accaparé près des deux tiers de l’ensemble des nouvelles richesses créées depuis 2020, soit 42.000 milliards de dollars. Globalement, la fortune des milliardaires a augmenté de 2,7 milliards de dollars par jour. Alors qu'au moins 1,7 milliard de travailleurs vivent désormais dans des pays où l'inflation dépasse la hausse des salaires.

Oxfam n’est pas la seule organisation à tirer sur la sonnette d’alarme. Selon la Banque mondiale, nous assistons probablement à la plus forte augmentation des inégalités et de la pauvreté dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale.

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La faillite menace de plus en plus de nations. Les pays les plus pauvres consacrent désormais quatre fois plus de budget au remboursement de la dette qu’aux soins de santé. Les trois quarts des gouvernements du monde prévoient de réduire les dépenses publiques en raison de l'austérité - notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Tout cela a un impact estimé par Oxfam à 7.800 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Et qui risque de creuser, un peu plus, le gouffre des inégalités.

2022, année charnière ?

Les inégalités ont toujours existé. Cependant, ces dernières années, l’écart s’est creusé, énormément. En 10 ans, le nombre de milliardaires a doublé. Ils sont désormais 81 à posséder plus de richesses que la moitié de la population mondiale.

Et les crises successives de ces dernières années, couplée à la situation socio-politique de 2022 ont eu un effet quelque peu catalyseur sur les plus grandes richesses de ce monde. En effet, selon Oxfam, «la fortune des milliardaires a bondi en 2022, notamment grâce à des profits exceptionnels dans les secteurs de l'alimentation et de l'énergie. Le rapport montre que 95 entreprises actives dans ces deux secteurs ont plus que doublé leurs bénéfices en 2022. 84% de ces derniers ont été reversés à leurs actionnaires, soit 257 milliards de dollars.»

La situation en Belgique

Et la Belgique n’échappe pas à cette situation. Chez nous, les 1% des plus riches du pays possèdent près d’un quart de toutes les richesses du Royaume. Soit environ plus que 70% de la population nationale. En parallèle, on estime que  19 % de la population est potentiellement exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2021. Un chiffre qui devrait augmenter en raison de la crise du coût de la vie.

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Par exemple, Eric Wittouck, le Belge le plus riche (résidant à Monaco), a reçu un dividende record de plus de 2 milliards d'euros d'une de ses sociétés basées au Luxembourg. Mais cette concentration des richesses ne concernent que les plus aisés. En effet, seulement 10% des Belges possèdent 80% du total des actions.

Un impôt sur la fortune plus grand ? 

Pour plus de justice, notamment en Belgique, Oxfam appelle à un impôt sur la fortune. L’organisation estime que l’on protège trop les riches et qu’il est grand temps de changer cela. Au micro de la première ce matin, Julien Desiderio s’exprime sur le sujet : «En Belgique, on est fortement taxé sur le travail. Mais assez peu sur le capital. Si on regarde les 10 milliardaires les plus riches de Belgique, ils n’ont certainement pas bâti leur fortune sur le travail. On ne devient pas milliardaire à la sueur de son front. Mais plutôt grâce à un système économique mais surtout fiscal qui est bâti à son avantage.»

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Pour cette raison, et dans une idée d’atténuer le grand écart qui se creuse de plus en plus, Oxfam estime que le gouvernement belge devrait taxer le patrimoine des 1% des plus riches de Belgique. «Taxer le patrimoine des 1% les plus riches à des taux progressifs pourrait rapporter jusqu’à 20 milliards d’euros par ans qui pourraient être utiliser afin financer la relance, la transition écologique et les services publics par exemple», explique Julien Desiderio.

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