Arnaques aux pellets et au bois de chauffage : comment ne pas tomber dans les filets des faux marchands

Bûches, pellets, charbon,... Les fausses boutiques en ligne explosent et les victimes se multiplient. Certaines arnaques sont particulièrement bien ficelées. On vous donne des clés pour ne pas tomber dans le panneau.

Pellets ©BelgaImage
Pellets ©BelgaImage

Contrairement à l'adage, Google n'est pas toujours notre meilleur ami. En quête de bois de chauffage, on tape ces mots-clés dans le moteur de recherche. Le premier résultat est le site www.boischaud.com. A priori, rien d'alarmant. La page affiche une boutique en ligne moderne, les prix ne sont pas inférieurs à ceux du marché, il n'y a (presque) pas de fautes d’orthographe, l'adresse de la société est localisée en Belgique et le compte bancaire associé est belge lui-aussi et hébergé chez Bpost. Tranquille. On leur envoie quand même un email pour s'assurer que leur bois est bien sec et prêt à l'emploi.

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Absolument, nous répond le site qui promet une livraison endéans les 48h. Du bois sec? Le Graal! Sauf que notre fournisseur habituel, en rupture de stock, nous avait prévenus la semaine passée: «Je vends du bois depuis 30 ans, j'ai des connexions dans toute l'Europe. Si on vous promet du bois sec, on vous ment. Il n'y en a plus nulle part. Ou alors c'est du bois radioactif de la région de Tchernobyl!» On est tout de suite moins tranquille.

 Alors on géolocalise l'adresse renseignée par le site à Dendermonde, en Flandre-Orientale. Cela correspond à l'arrière d'une pharmacie et les photos fournies par Google Maps ne montrent aucun signe de la présence d'un quelconque fournisseur de bois à cette adresse. Pour en avoir le cœur net, on entre le nom du site sur le portail https://franceverif.fr , un détecteur français d'arnaques e-commerce. Et ça sent de plus en plus le souffre. On découvre en effet que le site de ce soi-disant marchand de bois a été créé très récemment – en octobre de cette année – et est relié à un État étranger. En l’occurrence le Bénin, pays qui héberge une grosse communauté de «brouteurs», ces arnaqueurs en ligne.

De quel bois se chauffe Mila Kunis?

A notre demande, la section belge du Centre européen des consommateurs (CEC) scrute alors le site en question. «Tous les feux sont au rouge, alerte William Matgen, conseiller juridique. Il n'y a pas de mentions légales, de conditions générales, on ne sait pas qui se cache derrière ce site.» Un autre détail nous avait échappé... «Si vous regardez les avis des personnes qui ont soi-disant acheté chez eux, vous voyez que le premier avis est signé Mila Kunis, comme la célèbre actrice. On peut donc présumer que ce site a été créé très rapidement.» Pas sûr, en revanche, que tous les consommateurs, dont les personnes âgées et autres fracturés numériques, remarquent ce détail. Surtout que d'autres faux sites brouillent davantage les pistes.

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«L'une des adresses frauduleuses pour lesquelles nous avons eu des plaintes est https://ifachauffage.com , poursuit William Matgen. Et ce site-là affiche bien les mentions légales, le nom de la société, son numéro Siren (l'immatriculation française de l'entreprise), son numéro de TVA, une adresse et un contact téléphonique. Ces escrocs créent donc une vraie entreprise - cela génère des coûts mais ceux-ci seront jugés démesurés par rapport aux gains espérés -, ou  usurpent l'identité d'une société avec un nom qui ressemble fort à celle-ci.» Et de rappeler le conseil d'usage valable pour tous les achats sur le net: «A l'heure de la crise énergétique, ces arnaques pullulent parce qu'elles sont dans l'air du temps. Si tous les fournisseurs de bois sont en rupture de stock, ce n'est pas sur Internet que vous allez en trouver! Même logique avec ces sites qui vous promettent une PlayStation 5 alors que les rayons des magasins sont vides.»

 Combien de Belges sont tombés dans les filets de ces faux marchands de bois et de pellets? Cet été, le SPF Économie avait déjà reçu au moins 126 signalements concernant des faux sites de vente en ligne de produits du bois. Les victimes déclaraient en moyenne une perte de 750 euros, mais l'une d’entre elles a indiqué avoir perdu 2.972 euros. Ce n'était qu'un début. «Entre le 1er juillet et le 31 octobre, nous précise Étienne Mignolet, le SPF Économie a enregistré 568 signalements concernant ces faux webshops.» Et si le préjudice moyen a baissé, il s’élève encore à 414 euros. Des Belges qui ne récupéreront probablement jamais leur argent. Alors, au moindre doute, rappelle aussi le CEC, on checke le site sur leur vérificateur (www.webshopcheck.be). Cela peut être long mais c'est imparable.

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