Crise de l’énergie : pourquoi la Belgique ne plafonne-t-elle pas les prix du gaz ?

Les prix de l’énergies continuent leur course folle. Et c’est avec appréhension que tous les mois, le consommateur attend ses factures de gaz et d’électricité. Si quelques aides ont été mises en place, une question demeure : Pourquoi ne pas fixer un plafond sur le prix du gaz ?

save gaz for a safe winter
© Belga Image

Malgré un chèque énergie – qui a connu une entrée en vigueur quelque peu mouvementée- de nombreux ménages craignent les fins de mois et les factures d’énergies. Tous les moyens sont bons pour ne pas trop chauffer son chez-soi. La sobriété énergétique se transforme de plus en plus en frugalité énergétique, le long des circonvolutions des prix de l’énergie toujours plus haut, et couplé à une inflation galopante (qui a atteint les 12,27% le mois dernier, son taux le plus haut depuis juin 1975).

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Alors pourquoi l’État Belge ne se décide pas à plafonner les prix de l’énergie, comme la France l’a fait ? Qu’est-ce qui empêche la Belgique de faire de même ?

Déjà, il faut bien se rendre compte de ce qu’une telle mesure entrainerait. Dans les colonnes de RTL, Bertrand Candelon, économiste au sein de l’UCLouvain explique la problématique : " Plafonner, ça veut dire qu’on met les prix de vente en-dessous des prix du marché, donc si le consommateur achète à un prix en-dessous de celui du marché, finalement c’est l’État qui va devoir subsidier, compenser donc il y aura une dette publique, c’est ce qu’on voit en France. "

Concrètement, si ce plafonnement serait une aide " apparente " de prime abord et sur le court-terme, sur la durée, cette aide deviendrait un cadeau empoisonné, faisant gonfler encore plus la dette publique.

De plus, les prix de l’énergie, et du gaz notamment, sont décidés à un niveau européen. En regroupant l’ensemble des marchés de l’énergie en un seul marché européen, cela permet à l’Europe d’avoir plus de poids et d’être plus crédible lors des négociations avec les pays producteurs de gaz.

Qu’est-ce qui coince au niveau européen ?

La solution sera européenne ou ne sera pas donc. Mais force est de constater qu’avec des pourparlers entamés en septembre, il n’y a pas encore de solution concrète convaincante mise en place . Et ce malgré le travail intense en faveur d’un plafonnement des prix européens menés par Alexander de Cro et Tinne Van der Streaten, ministre de l’Énergie.

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Déjà, certains pays ne sont pas favorables à une telle mesure. C’est le cas de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark par exemple, qui craignent qu’un plafonnement des prix de l’énergie, et du gaz, chassent et détournent les fournisseurs de gaz du marché européens. Les 27 sont divisés et les discussions sont plus qu’houleuses.

Une mesure qui n’en est pas une

La dernière solution mise sur la table par la Commission européenne ? Un mécanisme des blocages des prix qui se mettrait automatiquement en place lorsque les prix du mégawattheure dépasseraient les 275 euros pendant deux semaines.

Mais ce n’est pas tout. En plus de ce cap à dépasser, il faudra également que le prix du gaz dépasse de 58 euros le prix du gaz naturel liquéfié sur le marché mondial pendant dix jours consécutifs et ce, durant ces deux semaines.

A titre comparatif, la dernière fois que les prix de l’énergie ont dépassé ce montant c’était en août dernier et les prix de ces derniers jours flirtaient avec les 125 euros du mégawattheure.

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”La Commission européenne est allée mettre un plafond qui est quasi inatteignable alors que ce qu’il faudrait faire, c’est changer le fonctionnement du marché. 275 euros le mégawattheure, c’est un plafond que l’on ne va jamais atteindre. Ça ou rien, c’est pareil”, désespère Marie-Christine Marghem (MR), ancienne ministre fédérale de l’Énergie dans les colonnes de la DH.

Cette mesure qui en déçoit certains et agace les pays en faveur d’un plafonnement des prix de l’énergie sera cependant rediscutée lors de la prochaine réunion des ministres européens de l’Energie, le 19 décembre. Les ministres essayeront de faire évolution cette proposition émanant de la Commission européenne mais il s’agit pour le moment de la seule piste européenne proposée. En attendant, c’est chacun pour soi, bon gré mal gré.

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