Des produits quasi périmés vendus en ligne jusqu’à 50% moins chers : une bonne idée ?

L'arrivée de Foodello en Belgique pourrait aider les ménages frappés de plein fouet par l'inflation, mais il n'y a pas que des bons côtés.

faire ses courses à bas prix grâce à des produits presque périmés, la solution antigaspi
Un client de supermarchés faisant ses courses, le 29 octobre 2022 à Londres ©BelgaImage

Pour consommer autrement, on connaissait déjà des applications comme Too Good To Go. Maintenant, place à Foodello ! Ce site d’origine finlandaise jouit d’un joli succès avec un concept simple : vendre essentiellement des produits quasi périmés, qu’ils soient alimentaires ou cosmétiques, à bas prix. Depuis la semaine dernière, la société livre en Flandre (depuis son usine située à Westzaan, en banlieue nord d’Amsterdam) et affirme prévoir de s’étendre rapidement au reste de la Belgique. Sur sa page internet, elle fait valoir tous les mérites de sa méthode. Pourtant, le modèle ne serait pas aussi louable qu’il en a l’air, notamment selon les banques alimentaires.

Moins cher, moins de gaspi, moins d’impact écologique

À l’instar de Too Good To Go, Foodello se prévaut de lutter contre le gaspillage alimentaire, un tiers de toute la nourriture produite finissant directement à la poubelle selon l’entreprise. Cela peut être à cause de la date de péremption mais aussi du fait d’un défaut dans l’emballage, etc. Pour parer à cela, Foodello brade les prix en fonction de ceux des supermarchés et rend les produits les plus accessibles possibles. Il suffit de commander et le colis arrive "dans un délai de 1 à 3 jours ouvrables".

Pas de problème au niveau légal, comme le précise l’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire). Les produits estampillés "à consommer de préférence avant le…" peuvent encore être consommés un bon bout de temps, contrairement à ceux notés "à consommer jusqu’au…" où la date est plus contraignante. En vendant tous ces produits, Foodello se vante ainsi de contribuer à réduire l’impact environnemental de notre société de consommation.

Les banques alimentaires directement impactées

A priori, l’initiative est donc bonne, surtout en ces temps de crise du pouvoir d’achat. Mais tout n’est pas rose non plus. Jef Mottar, administrateur délégué de la Fédération belge des Banques Alimentaires, "regrette" même de voir prospérer les sites antigaspi, ce qui se fait au détriment des associations. "Ils sont bien sûr entièrement légaux, mais ce sont des volumes qui ne nous sont plus disponibles", déplore-t-il auprès de la VRT. La télévision flamande rappelle d’ailleurs que les banques alimentaires a été victime d’une baisse des dons de 5-6% ces six derniers mois, alors que la demande a augmenté en même temps de 15,4%.

Els Breugelmans, expert en marketing à la KU Leuven, rappelle également que ceux qui ont le plus besoin d’aide alimentaire sont bien souvent des ménages qui "ont un peu plus de mal à utiliser les applications numériques" comme Too Good To Go ou Foodello. Autrement dit, les plus démunis sont perdants à deux titres: les banques alimentaires ne peuvent plus autant les soutenir, et ces personnes n’arrivent pas à exploiter les solutions alternatives. Jef Mottar espère maintenant que le gouvernement accordera à sa fédération des avantages fiscaux supplémentaires, afin "de se battre à armes égales".

Les deux côtés de la médaille

Déjà avec les autres applis antigaspi, les associations d’aide s’inquiétaient de la tendance. La RTBF donnait en 2019 l’exemple d’une asbl, La petite maison du peuple, qui déplorait de voir des magasins préférer vendre via Too Good To Go plutôt que par eux. "On pousse un cri d’alarme, car c’est de la nourriture en moins pour les pauvres! ll faut bien se rendre compte qu’en achetant un yaourt à prix cassé sur cette application sans être dans le besoin, on prive un enfant pauvre de ce yaourt", déplorait alors le président de l’asbl. "Les invendus représentent 85% de notre marchandise. Mais via Too Good To Go, il n’y a aucun contrôle ! N’importe qui peut acheter à moindre prix ! Pour moi, ce n’est pas du social ça!"

Du côté des défenseurs de ces sites, notamment chez les commerçants, on fait valoir l’intérêt écologique qui reste réel. Puis il s’agit aussi de gagner encore un peu plus sur cette marchandise. En 2019, Too Good To Go avait d’ailleurs tenu à réagir à l’article de la RTBF, en soulignant s’assurer le plus possible de ne pas prendre la place d’une association. "Si c’est le cas, nous nous assurons que TGTG est une solution complémentaire et pas de substitution. Malheureusement, nous ne pouvons pas toujours contrôler que les magasins soient honnêtes", assuraient les gérants de l’application.

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