Pénurie d’essence dans le nord de la France: vers un hiver à la " Mad Max " ?

Des files qui peuvent durer plus d'une heure devant les stations-essence du Pas-de-Calais pour remplir son réservoir. Pour un peu, on se croirait dans un préquel de "Mad Max". Pourquoi le nord de la France manque-t-il de carburant?

Pistolet à essence
Illustration d’un pistolet à essence @BelgaImage

Pour le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran, " il n’y a pas de pénurie de carburant " en France. Pourtant, 20% des stations hexagonales sont touchées par un manque d’essence ou de diesel. Dans le nord, c’est près de 45% des stations qui sont à sec – ou en passe de l’être. Un pompiste du Nord expliquait à nos confrères de La Libre que les livraisons ont diminué il y a deux semaines et qu’il ne reçoit plus d’essence depuis " déjà une semaine ".

Les raisons sont double. Tout d’abord, les gens du nord, en particulier les Belges, ont pris les stations françaises d’assaut pour profiter de la remise à la pompe offert par TotalEnergies: " Les gens venaient beaucoup plus nombreux que d’habitude, par rapport au prix plus bas, et en une journée on finissait le stock ", dit encore notre pompiste à La Libre. Le prix du litre d’essence est en effet 25% moins cher en France qu’en Belgique… Ironie de la situation, de l’essence est aujourd’hui acheminée depuis la Belgique pour remplir les pompes françaises… La France puise aussi dans ses stocks stratégiques – elle dispose de 18 millions de tonnes de pétrole de réserve.

Mais la situation ne devrait pas durer. Car la deuxième raison de la pénurie actuelle est liée aux grèves ont lieu dans plusieurs raffineries de TotalEnergies et Esso ExxonMobil. Face à cette situation, la ministre déléguée chargée du Commerce et des Petites Entreprises, Olivia Grégoire, a appelé " les entreprises concernées, qui, pour la plupart, ont quand même de bons résultats, à considérer aussi les demandes d’augmentation de salaires ". Le gouvernement français prônerait-il des mesures de gauche pour débloquer la situation ?

Les Européens divisés sur la gestion de la crise énergétique

De son côté, le président Macron a lancé vendredi un " appel au calme " en direction des automobilistes et à la " responsabilité " des syndicats et de la direction des groupes pétroliers en conflit social. Lui est d’ailleurs à Prague pour un sommet européen en urgence afin de s’accorder avec les 27 sur les mesures à prendre pour limiter l’inflation. Car il y a urgence, la fronde sociale augmente et il est temps d’agir pour permettre aux populations de retrouver du pouvoir d’achat et éviter ainsi un hiver de contestation.

Or, sur la question de la crise énergétique, les Européens marchent de façon plus dispersée que jamais. Le cavalier seul de l’Allemagne est notamment pointé du doigt – l’Allemagne a d’abord acheté du gaz à des prix élevés avant d’annoncer un bouclier tarifaire de 200 milliards d’euros, au risque de fragmenter le marché intérieur et de mettre à mal l’Union monétaire -, mais aussi le silence assourdissant de la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen sur la question.

" C’est le début du cannibalisme dans l’UE. Bruxelles doit agir à ce sujet, car cela va détruire l’unité européenne ", lançait le Hongrois Viktor Orban le 3 octobre dernier, pourtant fort peu enclin à appeler l’Union à la rescousse. Bref, on n’est pas encore dans " Mad Max ", mais il ne faudrait pas non plus dormir sur ses lauriers en attendant le début du film… Car comme l’explique bien le polytechnicien Jean-Marc Jancovici dans la BD de Christophe Blain " Le Monde Sans Fin "…

 

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