Cette boulangerie voit sa facture d’énergie augmenter de 500% et est obligée de fermer

«Si nous appliquons la même hausse à nos pains, votre carré blanc devrait être vendu 16,80€ pour permettre notre survie», a expliqué la boulangerie Dumont, à Vencimont, avant de fermer ses portes. Le secteur est particulièrement frappé par la hausse des prix de l'énergie.

36 boulangeries-pâtisseries artisanales avaient déclaré faillite de janvier à juillet 2022
36 boulangeries-pâtisseries artisanales avaient déclaré faillite de janvier à juillet 2022/ photo-prétexte @BELGAIMAGE

"Voilà, le dur moment est arrivé, annonçaient ce week-end les gérants de la boulangerie Dumont, à Vencimont (commune de Godinne, province de Namur). Comme déjà quelques collègues avant nous, il est temps, à notre tour, de remercier notre gouvernement pour son inaction et son indifférence, il est temps de vous remercier, vous, pour votre fidélité, et il est temps, enfin, de tirer notre révérence. Si le monde politique ne pose pas de limites et ne prend pas de décisions à la hauteur du cataclysme dans lequel nous nous trouvons, vous n’aurez bientôt plus aucune boulangerie ouverte en Belgique", alertaient-ils.

En un an, les gérants avaient déjà vu leurs factures énergétiques augmenter de 500 euros par an. "Début 2021, nous payions 1.342 €/mois pour notre consommation d’électricité. Eh oui, une boulangerie ça consomme : au quotidien, c’est entre 14h et 17h d’utilisation du four et des machines, 24h/24 de chambre froide, 20h de lumières allumées… Début 2022, nous étions passés à 1.860 €/mois. Cinq cents euros d’augmentation, donc, couplée à l’augmentation des matières premières (farine, beurre…), vous vous en souvenez, cela avait engendré une augmentation de 0,20 € de votre pain", listaient-ils sur Facebook.

Des coûts impossibles à répercuter sur le client

Il y a quelques jours, les commerçants consultent l’application de leur fournisseur d’électricité pour avoir une idée du montant à débourser lors de leur prochaine facture de régularisation. Celle-ci est estimée à… "46.000 euros" et la "réadaptation de [leurs] acomptes mensuels fixée à 11.836 euros", découvrent-ils avec stupeur. "Oui, oui, nous parlons bien de +500 % de notre facture mensuelle d’électricité".

Des coûts impossibles à répercuter sur les clients : "Si nous appliquons la même hausse à nos pains, votre carré blanc devrait être vendu 16,80 euros pour permettre notre survie. C’est une aberration ! Ce n’est pas une “augmentation "… c’est un assassinat ! La fin d’une profession… et des vies qui vont avec !", se désolaient-ils.

Le pain à 5 euros?

Comme cette boulangerie, ce sont de (très) nombreux indépendants et petites entreprises qui prennent de plein fouet la hausse des prix de l’énergie. Contrairement aux ménages ou à d’autres secteurs, un boulanger ne peut diminuer la température de son four, ni augmenter celle de sa chambre froide. S’ajoutent aux économies d’énergie difficilement réalisables, les effets de la conjoncture (sortie du covid, guerre en Ukraine), qui ont également fait envoler les prix des matières premières (farine, beurre, etc.).

Des coûts qui finissent inévitablement par se répercuter sur les tarifs proposés. Il y a quelques jours, Albert Denoncin, président de la fédération francophone des boulangers expliquait à Sudinfo : "le pain normal, blanc, était[jusqu’alors, ndlr] affiché à 2,45-2,48 €. Je suis convaincu qu’il dépassera rapidement les 3 € dans bon nombre de boulangeries. Je ne serais pas étonné que, à court terme, il arrive à 5 € si nous voulons continuer à miser sur la qualité". Avec le risque de voir les consommateurs ne plus pouvoir suivre, et se tourner vers la grande distribution ?

À noter que selon les chiffres de Statbel avancés par Le Soir, 36 boulangeries-pâtisseries artisanales avaient déclaré faillite de janvier à juillet 2022. Soit à peine trois de moins… que sur l’ensemble de l’année 2021.

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