Patinoires, illuminations…. Sobriété énergétique et fêtes de fin d’année sont-elles incompatibles?

Pas de patinoire et moins d’illuminations de Noël : vu la crise énergétique, certaines villes et communes ont décidé de montrer l’exemple.

Patinoires, illuminations…. Sobriété énergétique et fêtes de fin d’année sont-elles incompatibles?
En France aussi, les autorités réfléchissent aussi à limiter les illuminations des fêtes de fin d’année @BELGAIMAGE

"Les pouvoirs locaux peuvent et doivent se montrer exemplaires en maîtrisant plus encore leur consommation de gaz et d’électricité. C’est pourquoi, nous faisons appel à votre sens des responsabilités et vous invitons à tout mettre en œuvre pour contribuer à l’effort collectif d’une consommation énergétique responsable", commentait le ministre wallon des Pouvoirs locaux, Christophe Collignon (PS), en marge d’une circulaire ministérielle qu’il a récemment édictée. Suivant ladite circulaire, à Wavre, on entend s’inscrire, pour les fêtes de fin d’année, dans une démarche de sobriété énergétique.

Selon la DH, la ville a en effet décidé d’imprimer aux illuminations de Noël une sévère cure d’austérité. Le périmètre des installations ainsi que les horaires des illuminations dans le centre-ville pourraient donc être réduits. Quant à la traditionnelle patinoire, elle sera tout simplement supprimée.

À Bruxelles aussi, on compte réaliser des économies d’énergie pour la fin de l’année. Toujours selon la DH, les illuminations de Noël devraient être réduites de moitié, à l’exception des Plaisirs d’hiver. Dans le quotidien, Damien Ernst a fustigé ce qu’il considère être une "fausse bonne idée".

Effet inverse à celui recherché?

L’expert en énergie pointait en effet l’impact psychologique positif des festivités de fin d’année, bienvenues dans un contexte de morosité importante (avec la crise énergétique, qui est venu prendre le relais du Covid-19). Ensuite, parce que selon l’expert, les Led utilisées pour les guirlandes lumineuses ne consomment pas grand-chose.

Mais aussi parce qu’interdire ou restreindre les festivités de fin d’année produirait un effet inverse à celui recherché, à savoir une hausse de la consommation d’énergie. "Prenons l’exemple d’un marché de Noël qui disposerait de 100 000 ampoules Led, ce qui est beaucoup, calculait le professeur de l’université de Liège. On serait à une consommation de 4 000 kWh pour ces ampoules. Soit l’équivalent du chauffage de 140 ménages durant quatre heures alors que plusieurs milliers de personnes peuvent fréquenter ce marché en une journée. Il n’y a pas débat : sur le plan énergétique, il vaut mieux que ces milliers sortent de chez eux plutôt que d’y rester et de chauffer leur habitation".

Une thèse que nuançait toutefois Francesco Contino, professeur à l’UCLouvain et spécialiste dans le domaine de l’Énergie, en pointant l’inertie thermique des bâtiments. "Si l’on sort deux ou trois heures et que l’on coupe son chauffage, une habitation peut perdre énormément de chaleur emmagasinée et il faudra re-chauffer cette masse pour arriver à la température de départ. Surtout dans les bâtiments mal isolés. Ce qui peut être contreproductif", avançait-il.

Mais les deux professeurs tombaient tout de même d’accord pour ne pas interdire les festivités, arguant notamment du fait qu’il faudrait plutôt conscientiser les ménages "sur la charge chauffage", en incitant par exemple les particuliers à diminuer la température intérieure de leur habitation.

Noël, plus que des guirlandes ou des cabanons

En France aussi, les autorités réfléchissent aussi à limiter les illuminations des fêtes de fin d’année. À Paris, les guirlandes des Champs-Élysées s’éteindront plus tôt que d’ordinaire lors des fêtes 2022. À Strasbourg, où le célèbre marché de Noël attire chaque année plus de deux millions de visiteurs, la mairie a déjà annoncé vouloir miser sur la "sobriété", et pourrait éteindre les lampadaires des rues éclairées par les décorations.

Au risque de perdre la féérie de Noël ? "Si Noël est toujours Noël aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il y a de la lumière ou des achats dans le cabanon, mais c’est parce que c’est le moment où l’on se pose, où l’on prend le temps pour être généreux et partager des moments avec les autres", jugeait Jean-Paul Vanderlinden, professeur en économie écologique et études de l’environnement, à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. "Face à cette crise de l’énergie qui nous amène à faire preuve de sobriété, il sera bon que chacun se dise : “qu’est-ce qu’on garde et qu’est-ce qu’on laisse ?”", proposait-il.

 

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