Le ras-le-bol général des citoyens face à la flambée de prix de l’énergie : "Il faut se bouger"

Les syndicats dénoncent le mutisme gouvernemental et la surdité des patrons face à la crise. De plus en plus de citoyens semblent prêts à passer à l’acte sans les attendre.

la colère des syndicats contre la baisse du pouvoir d'achat
Le 9 novembre prochain, une grève générale est annoncée en Belgique. © BelgaImage

Le groupe Facebook “Citrons jaunes pressés” a été lancé il y a une quinzaine de jours et rassemble déjà près d’un millier de citoyens énervés par la flambée des prix de l’énergie. “J’ai créé ce groupe dans l’espoir que le plus de citoyens possible prennent conscience du séisme social qui va arriver et sur le politique qui ne fait rien. Nous sommes arrivés au bout de notre système économique et il faut se bouger”, tonne Cédric Fraipont qui en est à l’initiative et veut “faire crouler le système”. Même son de cloche du côté de Ludovic Leclercq qui a lancé le groupe “Don’t pay” (ne payez pas) francophone, qui trouve les attitudes des politiques irresponsables.

Une concentration de citoyens en colère se tiendra à Liège dimanche prochain. Les coups de force se multiplient avec une population aux abois. Sept Wallons et Bruxellois sur dix redoutent de ne pas arriver à payer leurs factures d’énergie, selon le Grand Baromètre Le Soir-RTL-Ipsos. Près de huit personnes interrogées sur dix disent déjà utiliser “moins d’électricité, de gaz, d’eau ou de combustible de chauffage”. Plus de 40 % des personnes interrogées disent qu’elles ont dû “puiser dans leurs économies” ou emprunter pour faire face aux dépenses énergétiques imprévues. Les gens rognent sur leurs loisirs, mais aussi leurs soins de santé.

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Dans ce contexte, politiques comme syndicats semblent arriver comme les carabiniers d’Offenbach. Leur manifestation, certes en front commun, de ce mercredi était initialement programmée (par la FGTB) concernant la norme salariale. “Nos revendications ont changé vers une prise en compte des prix de l’énergie”, explique Thierry Bodson, président de la FGTB pour qui la situation est aujourd’hui “très complexe et explosive”. Le 9 novembre prochain, une grève générale est annoncée. Les syndicats font face à un banc patronal qui revendique la négociation d’un grand plan prenant en compte certes l’énergie mais aussi les salaires, la réforme fiscale et même la Sécu au travers de l’enveloppe bien-être. “Si on doit se mettre à table sur tout ça, l’hiver sera passé. Les patrons ne veulent pas comprendre l’urgence actuelle”, dénonce Thierry Bodson qui mesure une angoisse grandissante dans la population.

Pour lui, on peut même s’étonner de la patience dont la population a manifestement fait preuve jusqu’à présent. “Pour beaucoup, les problèmes liés au pouvoir d’achat s’accumulent. Ils se retrouvent dans un cul-de-sac, entre le paiement des factures énergétiques et le prix du caddie qui a augmenté de 30 % en quelques mois”. Face aux initiatives de type Gilets jaunes, les organisations syndicales proposent de construire des revendications plus globales et structurelles. Thierry Bodson tacle ainsi les mesures trop ponctuelles prises par le gouvernement. “Il faut des solutions jusqu’à l’été et pas seulement jusqu’au 31 décembre. Mais on sera toujours dans des demi-mesures si on ne va pas chercher des moyens financiers où ils sont, au moyen d’outils fiscaux.

Mesurettes fédérales

Les 400 euros versés aux ménages pour leur gaz et leur électricité ne le seront que pour les mois de novembre et décembre. On ne sait d’ailleurs pas grand-chose des modalités pratiques, si ce n’est que ce montant sera versé avant la fin décembre, via une réduction sur la facture. Tous les particuliers qui ne disposent pas d’un contrat fixe conclu ou renouvelé à partir du 1er octobre 2021 recevront l’aide. En outre, le fédéral a décidé d’augmenter le chèque mazout, le faisant passer de 225 à 300 euros. Il sera possible de le demander jusqu’au 31 mars 2023. Ces nouvelles mesures d’aides s’ajoutent à celles déjà décidées, dont le maintien du tarif social élargi jusqu’au 31 mars 2023 et le maintien de la TVA à 6 % sur le gaz et l’électricité jusqu’à cette même date.

Cache-misère wallon

Un moratoire hivernal est mis en place pour les expulsions de logements privés jusqu’au 15 mars 2023 et les coupures d’énergie seront suspendues pour les ménages durant les mois de novembre et décembre 2022. Ensuite, les dispositions relatives au passage devant le juge de paix avant toute résiliation de contrat et de coupure entreront en vigueur. Certaines mesures prises durant la crise sanitaire seront ainsi reconduites. C’est le cas du statut de client conjoncturel protégé qui sera prolongé jusqu’au 31 août 2023. Si “ça ne va pas”, les Wallons peuvent appeler le 1718 pour toute question relative à la situation énergétique et aux aides apportées par la Région wallonne.

Sus aux surprofits

Lors de toutes les grandes crises que le monde a connues, les plans de relance ont été basés sur des réformes fiscales. “Aux USA, Eisenhower, qui n’était pas un bolchevique, a fait payer les plus riches après la Seconde Guerre”, souligne le président de la FGTB. Message reçu? Le vice-premier socialiste Jean-Yves Dermagne a assuré que la Belgique, si l’Europe ne le faisait pas, taxerait les surprofits des énergéticiens.

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