Inflation: quand les agriculteurs sacrifient leur production de fruits et légumes

Vu l'inflation, des producteurs de fruits et légumes européens laissent tomber leurs cultures. Une tendance qui pose la question d'une éventuelle pénurie.

Fruits et légumes
Fruits et légumes mélangés ©BelgaImage

Les étals de légumes seront-ils réduits dans les mois à venir? C’est la question qui se pose après un article du Financial Times (FT). Il apparaît qu’à travers toute l’Europe, les agriculteurs sont face à un dilemme. Soit ils produisent des légumes avec un coût énorme à cause de l’inflation, soit ils abandonnent purement et simplement l’idée de les cultiver afin d’éviter de travailler pour trois fois rien. La deuxième option représente la solution extrême et pourtant, elle est de plus en plus choisie. Une mauvaise nouvelle qui s’ajoute au fait que toute une série d’autres produits sont déjà sous tension dans les magasins.

Une facture énergétique de plus en plus prohibitive

Le FT liste toute une série de conséquences de l’inflation qui pèsent sur les agriculteurs. Sans surprise, il y a d’abord la facture d’électricité. En atteste l’exemple d’un producteur anglais qui a vu le montant multiplié par cinq en un an, mais il n’est pas le seul. De part et d’autre du continent, "la hausse des coûts de réfrigération, de chauffage et de transport a dissuadé les agriculteurs de commencer à planter". Il y a aussi la hausse du prix des engrais. La Russie et la Biélorussie représentent en effet les deuxième et troisième producteurs mondiaux de potasse, l’un des principaux engrais utilisés. Même tendance du côté des aliments pour animaux.

En additionnant tous ces problèmes, les agriculteurs réfléchissent à deux fois avant de se lancer de leurs cultures. Une remise en cause de la rentabilité perceptible aussi en Belgique, comme le montre le cas des pommes. La production est déjà en baisse, passant de 50 tonnes par hectare pour une bonne année à une estimation de 35-40 tonnes en 2022. La faute à la sécheresse. Mais avec en plus l’inflation liée à la guerre en Ukraine, un autre souci se pose. Il est nécessaire de tenir les pommes au frais pour que leur durée de vie s’allonge et soit adaptée à la grande distribution. Sauf qu’avec la hausse des prix de l’énergie, la note finit par être salée.

Du Nord au Sud de l’Europe

La tension est encore plus forte dans d’autres pays, surtout pour des cultures bien précises. "Les cultures qui nécessitent un chauffage intensif dans les climats froids, comme les concombres, les tomates et la laitue, sont les plus directement touchées", constate le FT. En atteste l’exemple de la production de tomates aux Pays-Bas, qui représente un important exportateur mondial. Là-bas, jusqu’à récemment selon Reuters, 8% du gaz consommé au niveau national est lié aux serres. L’éclairage et le chauffage devenant trop chers, il va falloir les éteindre. Idem en Suède et au Danemark, où l’entreprise Nordic Greens Trelleborg a annoncé renoncer à sa culture cet hiver, une première. "C’est comme si nous retournions dans le temps, avec l’Espagne produisant en hiver et les pays d’Europe du Nord produisant leurs propres légumes en été", a déclaré à Reuters Cindy van Rijswick, analyste chez Rabobank. "Certaines personnes disent que c’est peut-être comme cela que cela devrait être".

Au sud, la situation n’est pas beaucoup plus réjouissante. La sécheresse s’ajoute à l’inflation, ce qui amène notamment des agriculteurs italiens à préférer revendre leur électricité à prix fixe au lieu de s’en servir pour les cultures. En France, la période de récolte de betteraves à sucre a dû être avancée pour éviter de voir la facture de gaz continuer de s’envoler, le secteur ayant besoin de cette source d’énergie.

Quel avenir pour les prix?

Pour l’instant, le prix global des fruits et légumes n’a pas tant grimpé que cela. Selon les derniers relevés de Test-Achats menés en août, la hausse n’est que de 4% sur un an, soit moins que la moyenne de 12% qui vaut pour l’ensemble des produits vendus en magasin. Mais combien de temps cela durera-t-il? Cela sera probablement du cas par cas, le marché étant tiraillé par des signaux contradictoires. Pour les tomates par exemple, RTL Info citait en juillet dernier le cas d’un vendeur qui a dû tripler son prix en un week-end. En août, ce même média parle d’une récolte de tomates en hausse de 10-20% en Belgique grâce à un ensoleillement exceptionnel. Problème: les consommateurs ne sont pas au rendez-vous, ce qui a amené les producteurs à brader leurs prix.

Il faudra donc regarder à différents paramètres pour prévoir la suite. S’il y a pénurie, les prix vont forcément augmenter. Mais si les acheteurs continuent de ne pas être au rendez-vous, cela provoquerait une tendance inverse.

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